Sur une musique de Philip Glass se succèdent des images de nature, de vies sociales, d’individus, de paysages somptueux arrachés à la paix de la Création par des bulldozers, des brouillards de pollution…
Fruit de la collaboration entre Godfrey Reggio et Philip Glass Koyaanisqatsi: Life out of Balance (« la vie en déséquilibre », en hopi) aura été, en 1982, un véritable événement dans l’histoire des rapports entre musique et cinéma : le montage des images danse au rythme lancinant des formules mélodiques répétitives, dans l’alternance entre les visions d’une nature imposante et la folie des flux urbains.
Douze personnes racontent puis interprètent le souvenir d’un rêve de travail. Ces âmes que l’on malmène décrivent, de façon poétique et politique, leur souffrance subjective au travail. Petit à petit, les rêveurs et leurs rêves font le portrait d’un monde dominé par le capitalisme néolibéral.
A-t-on rêvé quand le bruit de la pluie se mue en pluie de pas et de voix, quand le brouhaha de la cantine laisse place au bruissement du vent dans la cour, quand un faisceau de veilleurs de nuit suggère une chorégraphie, ou quand un motif rythmique de cris des mouettes s’estompe pour laisser entendre une trace d’humanité ? Par de longues pauses entre les témoignages des rêveurs, Sophie Bruneau nous fait aussi sentir un « rêver sous le capitalisme » éveillé, au travail : une façon de dominer ses propres sens pour échapper aux pressions omniprésentes de l’ordre hiérarchique avant les cauchemars de la nuit.
– François Waledisch, Ingénieur du son
Durée totale : 1h20
Le mouvement surréaliste, officialisé par le Manifeste du surréalisme d’André Breton en 1924, investit la poésie, la littérature et la peinture. Moins connue du public, son aventure cinématographique est fondamentale, car elle apporte au cinéma une réflexion et une écriture nouvelle des films qui repose sur l’inconscient, le symbolisme et l’invisible… Cette séance propose d’explorer les formes cinématographiques de cet onirisme, tout en mettant en lumière l’héritage durable du surréalisme dans l’histoire du cinéma, à travers trois chefs-d’œuvre.
Programme complet :
Un Chien Andalou, de Luis Buñuel (ES | 1929 | 21’),
Meshes of the Afternoon de Maya Deren (US | 1943 | 17’)
Le Sang d’un Poète, de Jean Cocteau (FR | 1930 | 49’).
« Le privilège du cinématographe, c’est qu’il permet à un grand nombre de personnes de rêver ensemble le même rêve et de montrer en outre, avec la rigueur du réalisme, les fantasmes de l’irréalité, bref c’est un admirable véhicule de poésie. » – Jean Cocteau
Monstropolis est une petite ville peuplée de monstres dont la principale source d’énergie provient des cris des enfants. Monstres & Cie est la plus grande usine de traitement de cris de la ville. Grâce au nombre impressionnant de portes de placards dont dispose l’usine, une équipe de monstres d’élite pénètre dans le monde des humains pour terrifier durant la nuit les enfants et récolter leurs hurlements.
à partir de 5 ans
A-t-on déjà vu une souris voler comme un oiseau ? « Impossible », dirait-on. C’est pourtant ce qu’entreprend Sam, petit rongeur aux grandes aspirations, bien décidé à rejoindre dans le ciel ses compagnons à plumes.
Quatre courts métrages d’animation composent ce joli programme :
Le Renard et la baleine
de Robin Joseph – Canada – 2017 – 12 min
Un renard s’embarque sur les flots à la recherche d’une baleine légendaire.
Jonas et la mer
de Marlies Van Der Wel – Pays-Bas – 2016 – 11 min
Depuis son enfance, Jonas rêve de vivre dans la mer, comme un poisson dans l’eau.
Home sweet home
de Pierre Clenet, Alejandro Diaz, Romain Mazevet et Stéphane Paccolat – France – 2013 – 10 min
Un jour, une maison décide de quitter sa banlieue pour partir à l’aventure.
Le Rêve de Sam
de Nölwenn Roberts – France – 2018 – 8 min
Sam, une petite souris, se lance dans la réalisation de son plus grand rêve : voler comme un oiseau.
Little Nemo est un petit garçon comme les autres : chaque soir, il s’endort tranquillement dans son lit. Mais une nuit, le Roi Morphé, maître des rêves, a décidé de l’accueillir dans son royaume de Slumberland : le voici entraîné sur le lit magique pour une extraordinaire aventure au pays des rêves…
à partir de 8 ans
Alors qu’elle se repose sous un arbre, Alice voit passer un lapin blanc criant » Je suis en retard « . Curieuse, elle le suit et tombe dans un puits. Elle se retrouve dans un monde étrange où se côtoient diverses créatures, certaines amusantes, d’autres terrifiantes, comme la Reine de Coeur qui coupe la tête à tout le monde.
à partir de 6 ans
Vivant seul avec sa mère, Max trompe l’ennui en s’inventant des histoires, et en construisant des grottes sous la neige… Après une dispute avec sa mère, il s’enfuit de chez lui et rejoint, en bateau, le royaume des Maximonstres. Une tribu étrange de monstres à poils, qui se cherchent désespérement un chef. Max, trop heureux de se faire des amis, accepte de régner sur eux… Mais le métier de roi est compliqué, et les Maximonstres turbulents.
à partir de 7 ans
Des soldats atteints d’une mystérieuse maladie du sommeil sont transférés dans un hôpital provisoire installé dans une école abandonnée. Jenjira se porte volontaire pour s’occuper de Itt, un beau soldat auquel personne ne rend visite. Elle se lie d’amitié avec Keng, une jeune médium qui utilise ses pouvoirs pour aider les proches à communiquer avec les hommes endormis. Un jour, Jenjira trouve le journal intime de Itt, couvert d’écrits et de croquis étranges. Peut-être existe-t-il une connexion entre l’énigmatique syndrome des soldats et le site ancien mythique qui s’étend sous l’école ? La magie, la guérison, la romance et les rêves se mêlent sur la fragile route de Jenjira vers une conscience profonde d’elle-même et du monde qui l’entoure.
Par-delà le rêve et la réalité, Cemetery of Splendour est l’exploration poétique d’un monde à la fois immuable et en perpétuelle anamorphose. Le motif du palimpseste constitue la structure à la fois narrative et architecturale d’un film qui célèbre la puissance de l’imaginaire face à un régime politique oppresseur. En abolissant les frontières entre l’humain et le divin, le sommeil et l’éveil ou encore l’immensément grand et l’immensément petit, Weerasethakul appelle le spectateur à simplement contempler ce qui se trouve en face de lui. 16 novembre 2021, Fabien Demangeot
Les apparitions magiques de sa femme défunte et de son fils disparu depuis des années confirment à Oncle Boonmee que sa fin est proche. Dans son domaine apicole, entouré des siens, il se souvient alors de ses vies antérieures. Accompagné de sa famille, il traverse la jungle jusqu’à une grotte au sommet d’une colline, lieu de naissance de sa première vie. De cette première vie, Oncle Boonmee ne se souvient de rien, s’il était animal ou végétal, homme ou femme ; mais il sait à présent qu’il est prêt à aborder la mort avec apaisement.
« Ce qui rend Oncle Boonmee si singulier, c’est que son sens de l’amalgame et de la relance sert un jeu d’échos entre le proche et le lointain, entre l’intime et le public, entre murmures secrets et rumeur du monde. Pour passer par de tels relais sensoriels, le film a besoin d’éprouver sa propre extinction, de prendre le risque d’une sous-fictionnalisation, qui incite les spectateurs à tendre l’oreille et ouvrir les yeux. En témoigne cette attention pour les lueurs, les lucioles et les « infras-sons », autant d’éléments porteurs d’une émotion inversement proportionnelle à leur intensité sonore ou lumineuse. L’épisode de l’excursion dans la grotte, temple où Boonmee vient déposer son dernier souffle, est à ce titre un sommet d’intensité : enfoncement dans le noir, confession murmurée devant l’angoisse d’une possible cécité, heureuse et inattendue découverte d’une voûte scintillante dans les tréfonds de l’obscurité, aménagement de la chambre mortuaire, derniers souffles bercés par l’écoulement du jus de la dialyse du mourant, un son paisible qui évoque celui qu’on recueille à la naissance d’une source. Puis le lendemain, retour d’une lumière tranchante, bourdonnements solaires de la jungle qui viennent se mixer, avec le plus parfait naturel, aux lancinantes prières des obsèques arrangées comme pour un set électro : capables de relier le fil de l’atonalité à l’extase de la transe libératoire. Jamais sans doute depuis le plan-séquence final de Profession : reporter d’Antonioni, une agonie n’aura été accompagnée avec autant de patience, transmettant par son mouvement même un sentiment de compassion purement cinématographique, c’est-à-dire uniquement raccordé aux simples perceptions lumineuses, spatiales et surtout auditives et temporelles. »
– Joachim Lepastier, Cahiers du cinéma, septembre 2010
Une soirée théâtrale dans un somptueux palace d’une ville d’eau allemande. Un homme très élégant rencontre une femme et s’efforce de la persuader que, l’année précédente, à Marienbad, elle avait promis de tout quitter pour vivre avec lui. La femme ne se souvient absolument pas d’avoir eu une telle conversation avec lui. L’homme la poursuit pourtant et la harcèle, parfois doucereux, quelquefois inquiétant. Décontenancée, elle ne sait si elle le désire, s’il la répugne, si elle lui obéira, tandis que des images tragiques d’un viol ne cessent de la hanter. Les jardins et les décors de l’hôtel sont intimement liés à sa longue quête intérieure…
« Voici donc le spectateur rendu à sa liberté, tenu de faire jouer la totalité de ses facultés, acculé, comme dans la vie, à choisir lui-même, à prendre lui-même parti – sous peine de rejoindre ces dormeurs debout qui rêvent les choses au lieu de les vivre, en s’abandonnant au chaos de leurs émotions. En quoi L’Année dernière à Marienbad se révèle comme le degré le plus avancé du réalisme cinématographique.
Je l’appellerais volontiers le réalisme du spectateur. »
-André S. Labarthe, 1961
Précédé du court-métrage Mars Exalté de Jean-Sébastien Chauvin (FR | 2022 | 17 min)
Un homme endormi rêve d’une ville à la tombée du jour.
Bob Harris, acteur sur le déclin, se rend à Tokyo pour tourner un spot publicitaire. Il a conscience qu’il se trompe – il devrait être chez lui avec sa famille, jouer au théâtre ou encore chercher un rôle dans un film –, mais il a besoin d’argent. Du haut de son hôtel de luxe, il contemple la ville, mais ne voit rien. Il est ailleurs, détaché de tout, incapable de s’intégrer à la réalité qui l’entoure, incapable également de dormir à cause du décalage horaire. Dans ce même établissement, Charlotte, une jeune Américaine fraîchement diplômée, accompagne son mari, photographe de mode. Ce dernier semble s’intéresser davantage à son travail qu’à sa femme. Se sentant délaissée, Charlotte cherche un peu d’attention. Elle va en trouver auprès de Bob…
Un hôtel luxueux et froid, à Tokyo. Un comédien et une jeune mariée perdus. Deux solitudes qui se frôlent, se réchauffent, dans une ville de néons où tout est étrange. Bill Murray est irrésistible. Sofia Coppola signe une merveilleuse réflexion sur la nostalgie.
-Télérama
Précédé du court-métrage Charon de Yannick Karcher (FR | 2020 | 15 min | Production régionale)
Fraîchement retraité, un homme démuni ne sait pas comment occuper ses journées. De peur d’être tué par l’ennui, il s’attelle au projet saugrenu de construire une barque dans la cave de sa maison pavillonnaire.
Réalisé en 1989, ce film est composé de huit courts-métrages, huit « rêves-cauchemars » d’Akira Kurosawa lui-même, Chaque court-métrage, plus ou moins long, met donc en scène un rêve de Kurosawa, soit quand il était enfant, soit à l’âge adulte : on pénètre ainsi dans l’intimité profonde du maître. Il nous expose ses peurs (la guerre, l’arme nucléaire, l’industrie nucléaire, la pollution de la planète) mais aussi ses passions (la peinture de Vincent van Gogh, avec un Martin Scorsese méconnaissable dans le rôle du peintre), la nature, notamment les arbres, les fées et autres personnages fantastiques…
L’un des films les plus personnels de Kurosawa. Du « Soleil sous la pluie » au « Village des moulins à eau », en passant par la fable apocalyptique, « Le Mont Fuji en rouge », ou « Les Corbeaux », vibrant hommage à Van Gogh, Rêves offre une déambulation dans l’inconscient du cinéaste, tourmenté par les excès de l’homme sur la nature. Derrière la symphonie picturale, un véritable manifeste panthéiste.
-La Cinémathèque Française
Veronica est au volant de sa voiture quand, dans un moment de distraction, elle heurte quelque chose. Les jours suivants, elle semble disparaître, doucement étrangère aux choses et aux personnes qui l’entourent. Subitement, elle avoue à son mari qu’elle a tué quelqu’un sur la route. Ils retournent ensemble sur les lieux de l’accident mais n’y découvrent que le cadavre d’un chien. Alors que ce mauvais épisode parait clos et que la vie reprend son cours, un cadavre est découvert…
Présenté en compétition à Cannes en 2008, La Femme sans tête y reçut un accueil chahuté. Et pour cause, ce troisième long-métrage de Lucrecia Martel avance à pas feutrés et son propos politique, à l’image de sa protagoniste mutique, reste en arrière-plan, tout en s’immisçant pernicieusement dans le quotidien. La cinéaste filme cette chronique sociale de façon dérobée, dans une démarche anti-spectaculaire assumée, se focalisant uniquement sur son personnage accidenté. Ironiquement, le visage de cette « femme sans tête » est omniprésent, l’absence métaphorique du titre désigne la passivité de Verónica face aux événements qui surgissent. La caméra ne quitte pas l’actrice María Onetto, la dévoile parfois frontalement, isolée par la faible profondeur de champ, ou par le truchement d’une vitre ou de la pénombre d’une pièce, qui rendent palpable cet effacement. Si le drame intime (l’inceste, l’infidélité) est montré, toute la représentation de la société argentine (paupérisation périurbaine, hiérarchie de classes) relève, telle Verónica qui n’a pas vu ce qu’elle aurait dû voir, du domaine de l’inapparent. Dès lors, le récit s’écoule par ce qu’elle entend, c’est tout un paysage sonore (la pluie) et les dialogues, pour la plupart hors champ (l’enfant mendiant), qui dessinent un pays rongé par les inégalités : l’amnésie et l’aveuglement de la bourgeoisie qui détourne le regard face à ses propres privilèges, et les rapports de domination sur lesquels elle prospère.
-Loris Dru-Lumbroso pour la Cinémathèque Française
De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille… M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier – mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l’immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l’action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?
De l’aube à la nuit, quelques heures dans l’existence de Monsieur Oscar, un être qui voyage de vie en vie. Tour à tour grand patron, meurtrier, mendiante, créature monstrueuse, père de famille… M. Oscar semble jouer des rôles, plongeant en chacun tout entier – mais où sont les caméras ? Il est seul, uniquement accompagné de Céline, longue dame blonde aux commandes de l’immense machine qui le transporte dans Paris et autour. Tel un tueur consciencieux allant de gage en gage. À la poursuite de la beauté du geste. Du moteur de l’action. Des femmes et des fantômes de sa vie. Mais où est sa maison, sa famille, son repos ?
Après plusieurs années d’internement psychiatrique, un jeune homme, surnommé Spider, est transféré en foyer de réinsertion dans les faubourgs de l’est londonien. C’est à quelques rues de là qu’enfant, il a vécu le drame qui a brisé sa vie. Il n’avait pas encore douze ans, lorsque son père a tué sa mère pour la remplacer par une prostituée dont il était tombé amoureux. De retour sur les lieux du crime, Spider replonge peu à peu dans ses souvenirs et mène une étrange enquête.
Sous l’influence de Beckett, Cronenberg imagine un voyage dans la folie à travers une mise en scène tortueuse, qui interroge la crédulité du spectateur. Souvenirs obsessionnels, maniaque quête de vérité et réflexion sur les fantasmes humains composent un périple vertigineux, soutenu par Ralph Fiennes, saisissant en névropathe. -La Cinémathèque Française
Avertissement : Le film dépeint des scènes de violences envers des enfants pouvant heurter la sensibilité des spectateurices. Interdit aux moins de 12 ans.
Précédé du court-métrage Dieu est timide de Jocelyn Charles (FR | 2025 | 15min)
Lors d’un voyage en train, Ariel et Paul s’amusent à dessiner leurs plus grandes peurs lorsque Gilda, une étrange passagère, s’invite dans leurs confidences. Son expérience de la peur ne semble néanmoins pas aussi innocente que leurs dessins.