Dani et Christian sont sur le point de se séparer quand la famille de Dani est touchée par une tragédie. Attristé par le deuil de la jeune femme, Christian ne peut se résoudre à la laisser seule et l’emmène avec lui et ses amis à un festival qui n’a lieu qu’une fois tous les 90 ans et se déroule dans un village suédois isolé. Mais ce qui commence comme des vacances insouciantes dans un pays où le soleil ne se couche pas va vite prendre une tournure beaucoup plus sinistre et inquiétante.
La seule manière d’échapper à un sentiment de familiarité, au confort de la convention, à l’ennui qui s’impose dès qu’on s’imagine être confronté aux mécanismes d’un cinéma dit « de genre », est sans doute de multiplier les couches de récits, de brouiller les frontières du réel et de l’imaginaire, de mélanger différents registres d’images. C’est ce que réussit avec talent le cinéaste Ari Aster avec son second long-métrage.
-Le Monde
Jozef vient voir son père en traitement dans un sanatorium, mais l’établissement médical qu’il découvre est un vaste palais lugubre, rongé par la vermine et tapissé de toiles d’araignées où le temps et l’espace sont comme pris dans un vertigineux tourbillon. Le Dr. Gotard lui explique que le temps y a été comme retardé. Ne comprenant rien à ce discours, Jozef s’aventure dans la vaste demeure et voit apparaître son double.
Réalisateur d’une œuvre naviguant entre baroque et onirisme, célèbre pour son adaptation du Manuscrit trouvé à Saragosse (1965), W. J. Has fascine public et critique avec cette expérience hypnotique, adaptant deux œuvres de Bruno Schulz : Le Sanatorium au croque-mort et Les Boutiques de cannelle. Désir d’expérimentation sans limite, jeu virtuose sur les strates du temps et de la conscience, La Clepsydre est un film qui a révolutionné le cinéma. Film labyrinthe, voyage initiatique, expérience sensorielle, théâtre de marionnettes, musique hypnotique, au carrefour de Fellini, Tarkovski et Visconti, inspiration majeure de Lynch. L’un des sommets de l’œuvre de Wojciech Has dans une sublime copie restaurée !
-Malavida
Huit copains jouent du jazz et racontent des anecdotes en attendant leur dealer dans un loft de Greenwich Village. Pour se faire un peu d’argent, ils ont accepté d’être filmés par le vrai-faux documentariste Jim Dunn… À travers cette fiction tournée comme un documentaire, Shirley Clarke joue sur notre perception du réel et dresse un portrait des marges de la société américaine.
Conçu comme un documentaire fictif, The Connection suit un jeune réalisateur en plein tournage avec des musiciens et artistes de jazz toxicomanes, qui attendent leur dealer d’héroïne. Du manque à l’euphorie, Shirley Clarke filme la légende des paradis artificiels dans une tranche de vie au réalisme troublant, un huis clos brechtien sur la misère morale. L’un des plus grands succès du New American Cinema, prix du meilleur premier film à Locarno en 1961.
-La Cinémathèque Française
À la fin des années 1980, Qodrat, 15 ans, vit dans les rues de Kaboul et vend des tickets de cinéma au marché noir. En grand fan de Bollywood qu’il est, il se rêve dans les scènes de ses films préférés. Un jour, la police l’amène à l’orphelinat soviétique. Mais à Kaboul, la situation politique est en train de changer. Qodrat et tous les enfants veulent défendre leur foyer.
Quelques mots sur la réalisatrice : Issue d’une minorité afghane, sa famille s’est réfugiée en Iran où elle a grandi. De retour en Afghanistan à l’adolescence, elle est inscrite par erreur dans la classe cinéma de l’Université de Kaboul. Enfant prodige du cinéma afghan, elle présente son deuxième long métrage L’Orphelinat à Cannes après Wolf and Sheep, primé à la Quinzaine des Réalisateurs en 2016. Ces films sont les premiers volets d’une pentalogie basée sur la vie de son ami Anwar Hashimi. En plongeant dans l’histoire de l’Afghanistan, elle montre une réalité rarement dépeinte dans les médias.
-Festival International du film de Muret
Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu’il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s’invente une émission de télévision sur le rêve. Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux. D’abord charmée par les excentricités de cet étonnant garçon, la jeune femme prend peur et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l’imagination est reine…
Un jeune Franco-Mexicain revient à Paris dans l’appartement de son enfance et tombe amoureux de sa voisine de palier. D’après l’imaginaire enfantin des années 70, à base de trucages apparents et d’animation en miniature, Gondry élabore un bric-à-brac zinzin, où les rêves sont le miroir d’un voyage sentimental rocambolesque. -La Cinémathèque Française
Anselmi, réalisateur, ne parvient pas à terminer son film. Dans la station thermale où il s’est isolé, son épouse Louisa, sa maîtresse Carla, ses amis, ses acteurs, ses collaborateurs et son producteur viennent lui rendre visite, pour qu’enfin soit réalisé le film sur lequel il doit travailler. Il se réfugie dans de longs rêves dans lesquels il rencontre notamment son père et sa mère morts.
« Au moment du tournage de 8½, il m’arriva une chose que je redoutais depuis longtemps. Je fus victime d’un blocage, comme les écrivains en ont parfois devant leur page blanche. » Le blocage de Fellini devint le sujet même du film. Les angoisses d’un cinéaste en mal d’inspiration et en mal de vivre tout court. Guido/Mastroianni, double notoire arborant tous les attributs felliniens (manteau noir, écharpe et Borsalino), se laisse porter par le souffle du vent à travers les fantasmes et les rêves du passé, jusqu’à la farandole finale, d’une beauté infinie, indissociable du thème légendaire de la fanfare de Nino Rota. Et Fellini devint définitivement Fellini… Trois ans après le triomphe de La dolce vita (succès commercial et critique, Grand Prix à Cannes), le maestro se libère d’une certaine pesanteur psychologique et largue les amarres, au propre comme au figuré, pour filmer ses fantasmes, complètement désinhibé et fouet en main. Autour de Marcello Mastroianni en double idéalisé, il réunit le plus brillant casting féminin de l’histoire du cinéma italien : Anouk Aimée, Claudia Cardinale, Sandra Milo, Barbara Steele.
— Frédéric Bonnaud pour la Cinémathèque Française
Karamakate, un chaman amazonien puissant, dernier survivant de son peuple, vit isolé dans les profondeurs de la jungle. Des dizaines d’années de solitude ont fait de lui un chullachaqui, un humain dépourvu de souvenirs et d’émotions. Sa vie est bouleversée par l’arrivée d’Evans, un ethnobotaniste américain à la recherche de la yakruna, une plante sacrée très puissante, possédant la vertu d’apprendre à rêver. Ils entreprennent ensemble un voyage jusqu’au cœur de la forêt amazonienne au cours duquel, passé, présent et futur se confondent, et qui permettra à Karamakate de retrouver peu à peu ses souvenirs perdus.
Des judicieuses images en noir et blanc, des paysages de l’Amazonie à couper le souffle et un récit haletant, ponctué de nombreux va-et-vient dans le temps : L’étreinte du serpent est un film coup-de-poing, de ceux qui ravissent à plusieurs égards. -Séquences
Tokyo, fin des années 1960. Eddie, jeune drag-queen, est la favorite de Gonda, propriétaire du bar Genet où elle travaille. Cette relation provoque la jalousie de la maîtresse de Gonda, Leda, drag-queen plus âgée et matrone du bar. Eddie et Gonda se demandent alors comment se débarrasser de cette dernière…
Premier long-métrage de Toshio Matsumoto, cinéaste japonais venu du documentaire et de l’expérimental, Les Funérailles des roses dresse le portrait sans fard de la communauté des drag-queens tokyoïtes à la fin des années 1960. Cette réécriture pop et hybride du mythe d’Œdipe est à la croisée de plusieurs genres. Le premier est d’ordre documentaire puisque Matsumoto s’attache à décrire le milieu homosexuel japonais de l’époque : il offre ainsi les rôles principaux de son film à des acteurs non professionnels recrutés dans les clubs, et insère au sein même de la narration des témoignages d’anonymes, bouleversants par leur franchise et leur dignité face à la discrimination qu’ils subissent au quotidien. Le deuxième est d’ordre militant puisque le cinéaste fait converger les luttes et les avant-gardes, aussi bien culturelles, sexuelles, politiques et cinématographiques. Revendiquant ouvertement l’influence de Jean Genet, en particulier son roman Notre-Dame-des-Fleurs (1943) se déroulant lui aussi dans le milieu travesti, Les Funérailles des roses montre la grande créativité et la scène bouillonnante du Tokyo underground où se côtoient drag-queens, jeunes cinéastes expérimentaux et révolutionnaires, et manifestants situationnistes. Tous ces personnages forment une Factory à la japonaise, faisant du quartier de Shinjuku un haut lieu de révolte et de renouveau culturel, où émergent des créatures célestes comme Eddie – clin d’œil à Edie Sedgwick, l’une des muses de Warhol –, interprétée par le jeune travesti Peter. Avec son intrigue lorgnant ouvertement vers la tragédie, Matsumoto livre une interprétation baroque et queer du mythe d’Œdipe et fait le choix d’une mise en scène radicale, reprenant des éléments du cinéma expérimental : film dans le film – quelques extraits de précédents courts-métrages du réalisateur y figurent –, accélérés musicaux – que l’on retrouvera plus tard chez Kubrick dans Orange mécanique (1971) –, intégration de bulles de bandes dessinées directement sur l’image, scènes d’amour surexposées… Plongée dans la vie des marginaux de Tokyo, Les Funérailles des roses est un document inestimable sur cette période et sur le milieu homosexuel nippon, mais aussi – et surtout – un grand film au langage cinématographique singulier, œuvre maîtresse de la Nouvelle Vague japonaise, à découvrir pour la première fois en France dans sa restauration 4K !
-Carlotta Films
Avertissement : le film dépeint des scènes d’agressions sexuelles pouvant heurter la sensibilité des spectateur·ices
La planète Terre, 2048. Hanté par un cauchemar qui l’entraîne chaque nuit sur Mars, Doug Quaid s’adresse à un laboratoire, Rekall, qui lui offre de matérialiser son rêve grâce à un puissant hallucinogène. Mais l’expérience dérape : la drogue réveille en lui le souvenir d’un séjour bien réel sur Mars, à l’époque où il était l’agent le plus redouté du despote Cohaagen. Des tueurs désormais à ses trousses, Quaid décide de repartir sur la planète rouge où l’attendent d’autres souvenirs et bien d’autres dangers…
« Votre adaptation est trop fidèle à la nouvelle de Philip K. Dick. Ce dont je rêve, moi, c’est des Aventuriers de l’arche perdue sur Mars. » Quand, en 1988, Dino de Laurentiis écarte David Cronenberg, initialement pressenti pour adapter Souvenirs à vendre au cinéma, l’idée semble destinée à rejoindre le cimetière des projets avortés du célèbre mogul italien. De Laurentiis sait certes où il veut aller, mais il ne sait pas trop avec qui… C’est Arnold Schwarzenegger qui va ressusciter Total Recall quelques mois plus tard, en rachetant les droits du scénario, en imposant aux studios le nom de Paul Verhoeven (l’acteur racontera avoir été très impressionné par Robocop) et en appliquant au script les recettes de son succès. De fait, le film ne ressemble pas tant aux Aventuriers de l’arche perdue qu’à un croisement de Commando, Predator et The Running Man − soit ce mélange explosif d’action, d’humour et de punchlines qui faisait alors de Schwarzenegger l’un des rois du box-office. Pour autant, Total Recall reste un film singulier dans la carrière de l’acteur autrichien. Alors que Schwarzenegger entame un virage grand public, Verhoeven l’embarque une dernière fois dans un grand huit violent (furieuse scène de poursuite inaugurale, inimaginable dans un blockbuster d’aujourd’hui), sexuel et égrillard. Pervertissant comme à son habitude les projets qui lui sont confiés, le Hollandais violent fait du plus gros budget de l’année une série B bâtarde, mix singulier d’effets spéciaux éblouissants (signés du génial Rob Bottin) et de carton-pâte dans lequel il plonge un Schwarzy complètement dépassé. « Si je ne suis pas moi, alors qui suis-je ? » s’interroge à un moment, hébété, le héros de ce film-monstre. On ne sort jamais vraiment indemne des labyrinthes cérébraux de Philip K. Dick. A fortiori quand ils sont mis en scène par Paul Verhoeven.
-Xavier Jamet pour la Cinémathèque Française
Luo Hongwu revient à Kaili, sa ville natale, après s’être enfui pendant plusieurs années. Il se met à la recherche de la femme qu’il a aimée et jamais effacée de sa mémoire. Elle disait s’appeler Wan Qiwen…
Rien n’est sûr dans ce polar sinueux, troué d’ellipses, ponctué de rimes obsédantes. Où le présent, le passé et le songe semblent ne faire qu’un, prodiguant mystère, trouble et tension.
-Télérama