L’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890.
On pourrait accuser Robert Eggers d’être un artisan de la forme prévalant sur le fond. Entre photographie léchée et souci de la cohérence historique aussi bien esthétique que langagière, c’est évident, le réalisateur new-yorkais fait de très beaux films. Mais au-delà d’un spectacle pour les yeux, Eggers déploie une œuvre sombre, voire torturée, où la folie des hommes se déploie dans ses pires travers jusque dans une remarquable décharge hallucinatoire. Porté par un duo improbable qui surperforme, Robert Pattinson face à Willem Dafoe, The Lighthouse intrigue autant qu’il marque l’esprit.
Naufragé sur une luxuriante île déserte, un homme tente par tous les moyens de prendre la mer, mais une grande tortue rouge ne cesse de l’en empêcher. Il s’attaque alors à elle, avant d’être pris de remords. Cette rencontre se révèle le point de départ d’une merveilleuse aventure, qui va bouleverser son existence.
À travers un récit épuré, dénué de paroles et porté par de somptueux dessins aquarellés, La tortue rouge prend la forme d’une émouvante parabole sur l’existence. Célébrant la puissance de la nature et la magie de la vie, le film a d’ailleurs bénéficié de l’implication du studio japonais Ghibli de Hayao Miyazaki et Isao Takahata.
– La Cinémathèque québécoise.
D’après le film La Tortue Rouge de Michael Dudok de Wit, un atelier d’introduction au stop-motion est proposé le dimanche 15 mars à 10H et animé par Jules Gyōmōrey
Fin 1944. Le Japon est en train de perdre la guerre. Sur ordre du mystérieux Major Taniguchi, le jeune Hiroo Onoda est envoyé sur une île des Philippines juste avant le débarquement américain. La poignée de soldats qu’il entraîne dans la jungle découvre bientôt la doctrine inconnue qui va les lier à cet homme : la Guerre Secrète. Pour l’Empire, la guerre est sur le point de finir. Pour Onoda, elle s’achèvera 10 000 nuits plus tard.
Selon Arthur Harari, Onoda « vieillit mais ne grandit pas », intoxiqué par le fantasme fasciste d’un empire indestructible, qui ne saurait admettre sa faillibilité sans s’effondrer aussitôt. Il y adhère avec la ferveur de l’enfant à qui l’on raconte une histoire. Mais Onoda sait-il qu’il se ment ? Cette ambiguïté, source d’un vertige métaphysique passionnant, est l’une des grandes qualités du second film d’Arthur Harari, également coscénariste de la Palme d’or 2023 Anatomie d’une chute et nouveau grand talent. La sobriété de la mise en scène de ce récit d’aventure en forme de huis clos en plein air, inspiré de faits réels, rappelle les chefs-d’œuvre classiques des maîtres qui l’ont inspiré (Ford, Kurosawa pour Dersu Ouzala…) et abandonne le champ de l’épique aux émotions insondables de son personnage principal (interprété à deux périodes de sa vie par les brillants Yûya Endô et Kanji Tsuda). En écho, la jungle omniprésente ne livre que son absolue impénétrabilité et l’indifférence avec laquelle elle absorbe les fragiles vies humaines, ainsi que les fables qui leur permettent de tenir debout.
– Arte
César 2022 – Meilleur scénario
Festival de Cannes – Sélection officielle
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les enfants d’un pensionnat chic du Royaume-Uni fuient à bord d’un avion. Quand celui-ci s’écrase sur une île déserte, la quinzaine de jeunes garçons tentent d’organiser leur survie sans les adultes. Ralph, sensé et humain, est d’abord élu chef, secondé par le rondouillard, myope et asthmatique Porcinet, souffre-douleur de ses condisciples, notamment de Jack.
« Brook prend le temps d’installer ses personnages, crée par petites touches un climat malsain qui ne cesse de croître et finit par submerger le film. Son ambition n’est pas de réaliser un film d’aventure, malgré un sujet qui aurait pu être l’occasion de multiplier les difficultés rencontrées par les rescapés pour survivre. Son sujet, ce sont les rapports de force qui s’instaurent entre les enfants, le basculement de la civilisation à la sauvagerie. »
-DvdClassik
À la fin du XIXème siècle, un jeune prêtre danois arrive en Islande avec pour mission de construire une église et photographier la population. Mais plus il s’enfonce dans le paysage impitoyable, plus il est livré aux affres de la tentation et du péché.
« Un pied en Islande, l’autre au Danemark. Hlynur Pálmason unit les deux pays de sa vie dans son deuxième long métrage, Godland. Il remonte à la fin du 19e siècle, sur les pas d’un jeune prêtre danois débarqué en Islande pour y construire une église et photographier la population. Un voyage tourmenté par l’amour et la violence. »
-Festival de Cannes
Sur l’île de Bora Bora, l’amour d’un jeune couple est menacé lorsque le chef de la tribu locale décide d’envoyer un messager pour déclarer que la jeune fille est une vierge sacrée.
Bora Bora 1931, Murnau débarque avec Robert Flaherty, père de Nanouk et Moana, pour tourner une histoire des mers du Sud, un nouveau poème d’amour funeste, basé sur les conditions de vie paradisiaque des îles du Pacifique. Un retour à la nature, loin des décors de studio. Peu d’acteurs blancs, mais des métis et des indigènes, non professionnels, pour capter l’âme polynésienne. Trois ans après la sortie du Chanteur de jazz, Murnau, qui ne croit pas à la disparition du muet, n’a pas encore exploré toutes les possibilités visuelles de sa caméra. Son film s’ouvre sur une déferlante de corps agiles, d’éphèbes et de jeunes filles exubérants de joie. Baignades dans des torrents argentés, canoës élancés sur des flots étincelants, danses et fantaisies festives. Des images d’un esthétisme presque irréel, des gros plans sublimes, exprimant toute la sensualité des deux amants, toutes leurs émotions, du rire au désespoir. Le tabou brisé, le jour fait place à la nuit, et les voici, maudits, dans une fuite vers l’amour contre la mort.
Une malédiction en appelant d’autres dans cette contrée du Pacifique, on rapporte que plusieurs incidents mystérieux (empoisonnement, noyade, incendie) ont lieu pendant les dix-huit mois de tournage sur ces terres sacrées. Des croyances et des superstitions qui annoncent la fin tragique de Murnau lui-même. Un accident de voiture lui ôte la vie, à 42 ans, une semaine avant la première du film à New York, alors qu’un contrat de dix ans l’attend à la Paramount. Ce sont alors mille projets d’un génie du cinéma qui s’envolent à tout jamais.