Toni Erdmann

Quand Ines, femme d’affaire d’une grande société allemande basée à Bucarest, voit son père débarquer sans prévenir, elle ne cache pas son exaspération. Sa vie parfaitement organisée ne souffre pas le moindre désordre mais lorsque son père lui pose la question « es-tu heureuse? », son incapacité à répondre est le début d’un bouleversement profond. Ce père encombrant et dont elle a honte fait tout pour l’aider à retrouver un sens à sa vie en s’inventant un personnage : le facétieux Toni Erdmann…

Une femme d’affaires psychorigide, installée à Bucarest, voit son guignol de père bouleverser sa vie. Une comédie hautement déconcertante, où le grotesque soutien l’émotion.
-Télérama

Petite maman

Nelly a huit ans et vient de perdre sa grand-mère. Elle part avec ses parents vider la maison d’enfance de sa mère, Marion. Nelly est heureuse d’explorer cette maison et les bois qui l’entourent où sa mère construisait une cabane. Un matin la tristesse pousse sa mère à partir. C’est là que Nelly rencontre une petite fille dans les bois…

Petite maman est un film qui fait la part belle à l’interprétation, que ce soit celle de Nelly ou celle du spectateur. Comme l’explique la réalisatrice, il s’agit d’ « un voyage intime où l’enjeu n’est ni le futur, ni le passé, mais le temps partagé. Un voyage sans machine ou véhicule. C’est le film qui serait la machine et plus précisément le montage. C’est la coupe qui télé-transporte les personnages et les réunit. » Les enfants, à l’imaginaire souvent sans limites, adhèreront à ce voyage dans le temps hors du commun, qui provoquera peut-être des questionnements sur leurs propres parents qui, comme eux, ont un jour été petits.
-Benshi

Dernières nouvelles du cosmos

SÉANCE SPÉCIALE LE 27 MAI À 19H30 : ciné-débat avec la Maison de la Santé mentale de l’Eurométropole de Starsbourg
– Cette séance spéciale ne sera pas précédée par le court métrage

À bientôt 30 ans, Hélène a toujours l’air d’une adolescente. Elle est l’auteure de textes puissants à l’humour corrosif. Elle fait partie, comme elle le dit elle-même, d’un «lot mal calibré, ne rentrant nulle part». Visionnaire, sa poésie télépathe nous parle de son monde et du nôtre. Elle accompagne un metteur en scène qui adapte son œuvre au théâtre, elle dialogue avec un mathématicien… Pourtant Hélène ne peut pas parler ni tenir un stylo, elle n’a jamais appris à lire ni à écrire. C’est à ses 20 ans que sa mère découvre qu’elle peut communiquer en agençant des lettres plastifiées sur une feuille de papier. Un des nombreux mystères de celle qui se surnomme Babouillec…

Qui imaginerait une personne autiste suivre l’adaptation pour le prestigieux Festival d’Avignon de ses poèmes au plateau par un metteur en scène (Pierre Meunier), ou converser avec un mathématicien et chercheur au CNRS (Laurent Derobert) sur l’algèbre ? C’est pourtant ce que vit la poétesse Babouillec, alias Hélène Nicolas. Ne maîtrisant pas la parole – ou n’ayant pas encore trouvé, selon sa mère, la clef pour y accéder –, écrivant et lisant sans que cela lui ait été enseigné, Hélène bouscule les certitudes sur l’autisme, le handicap et nos capacités psychiques. Sa présence brute, malhabile, contraste avec la puissance radicale de sa langue, où s’exprime avec lyrisme et pointes d’humour sa propre métaphysique. Bouleversant – dans tous les sens du terme – et ponctué de ses écrits, le film dessine au plus près, en cinéma direct, le portrait émouvant d’une jeune femme, de sa présence singulière au monde à sa relation à sa mère.
-Caroline Châtelet Journaliste, critique dramatique

Précédé du court-métrage Jolie Petite histoire
de Elodie Beaumont Tarillon | FR | 2025 | 26 min

Un soir d’hiver 95, Carole fait comme Cendrillon dans la chanson : elle part, laissant derrière elle un mari violent et trois enfants. Il faut se méfier des princes charmants.

Sonate d’automne

Charlotte, ancienne pianiste de renommée internationale, est invitée à passer quelques jours chez sa fille Eva, qu’elle n’a pas vue depuis sept ans. Cette dernière est mariée à un pasteur de campagne et passe ses journées à s’occuper de sa sœur, handicapée mentale, que leur mère avait placée dans une institution. Les retrouvailles entre Charlotte et Eva vont vite tourner au règlement de comptes…

En 1976, Ingmar Bergman se trouve – à tort – accusé de fraude fiscale et se voit menacé de deux ans de prison. Malgré une première disculpation, et face à l’acharnement de l’administration suédoise, il décide de s’exiler à Munich où il tourne L’Œuf du serpent en 1977. Sonate d’automne est son dernier film réalisé hors de Suède – le tournage s’effectue l’année suivante à Oslo – puisque le cinéaste est officiellement disculpé en 1979. C’est la première fois qu’il fait jouer sa compatriote, l’immense actrice Ingrid Bergman, alors âgée de 63 ans, laquelle lui avait fait part de son souhait de travailler à ses côtés dans sa langue maternelle. Malgré un tournage assez difficile – les relations entre les deux Bergman sont plutôt tendues –, Sonate d’automne est une formidable confrontation en huis-clos entre une mère et sa fille, une déconstruction bouleversante de la traditionnelle dévotion maternelle. La froideur des sentiments est en constante opposition avec la chaleur des couleurs automnales du film, et son éclairage à la Vermeer. Ingrid Bergman et Liv Ullmann livrent toutes deux une incroyable performance d’actrice, la première pouvant d’ailleurs être comparée au héros des Fraises sauvages, Isaac Borg, dans leur rapport aux autres. Sonate d’automne, récompensé par le Golden Globe du Meilleur film étranger en 1979, sera le chant du cygne d’Ingrid Bergman, qui s’éteindra 4 ans plus tard d’un cancer.
-Carlotta Films

En version restaurée !

Kisapmata

Dadong, policier à la retraite, apprend que sa fille unique, Mila, est enceinte et va se marier. Face à l’insistance du jeune couple, le père autoritaire accepte le mariage, à condition que son futur gendre paie une dot ridiculement chère. Commence alors une série de demandes de la part de Dadong, qui entend exercer sa domination de patriarche à tout prix…

Kisapmata s’inspire d’un reportage du journaliste Nick Joaquin, publié sous le titre The House on Zapote Street, contant l’obsession incestueuse d’un policier retraité pour sa fille, aboutissant à la tragédie la plus sanglante. Le réalisateur Mike De Leon garde cette approche journalistique, minée sporadiquement par les lectures en voix off du journal de Mila et par les inserts en noir et blanc de ses cauchemars. Kisapmata est une critiqua à peine voilée du régime dictatorial de Ferdinand Marcos, à travers le personnage du père qui règne d’une main de fer sur sa famille soumise et terrorisée. Remarquablement interprété par Vic Silayan, cette figure terrifiante incarne à elle seule toute la violence du patriarcat. Film d’une audace déconcertante, Kisapmata déroule le récit quasi clinique d’un cauchemar sans fin, d’un piège en train de se refermer inexorablement sur ses personnages.
-Carlotta Films

Version restaurée en 4K !

Voyage à Tokyo

Un couple âgé entreprend un voyage pour rendre visite à ses enfants. D’abord accueillis avec les égards qui leur sont dus, les parents s’avèrent bientôt dérangeants. Seule Noriko, la veuve de leur fils mort à la guerre, trouve du temps à leur consacrer. Les enfants, quant à eux, se cotisent pour leur offrir un séjour dans la station thermale d’Atami, loin de Tokyo…

Ozu bâtit ses histoires et ses personnages avec minutie et parvient à toucher profondément le spectateur. Réunissant au sein d’une même famille l’ensemble de ses acteurs fidèles, le maître japonais livre là la quintessence de son oeuvre. Plan après plan, le cinéaste prend le temps nécessaire pour faire ressentir l’inexorable : la vieillesse, l’éloignement, l’abandon des moeurs traditionnelles, la mort. La reconstitution admirable de la réalité à l’écran nous force à l’accepter comme s’il s’agissait de la vie elle-même. Bouleversant, Voyage à Tokyo reste l’une des oeuvres les plus accessibles, les plus fascinantes et les plus abouties d’Ozu.
-Carlotta Films

Version restaurée en 4K !

Massacre à la tronçonneuse

Un groupe de cinq amis se rend dans la campagne texane. En chemin, ils tombent sur ce qui semble être une maison abandonnée, et deviennent la proie d’une famille meurtrière.

« Mon film montre la face sombre des États-Unis », expliquait Tobe Hooper. Le premier opus de la franchise qui met en scène les atrocités de Leatherface distille un malaise diffus. Dans un tourbillon de violence, un groupe d’amis devient la proie d’une famille de cannibales. La censure se déchaîne, et Marilyn Burns entre dans la légende, première Scream Queen d’une longue lignée.

En version restaurée !

Boyhood

Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur Richard Linklater a réuni les mêmes comédiens pour un film unique sur la famille et le temps qui passe. On y suit le jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. Les déménagements, les amis, les rentrées des classes, les premiers émois, les petits riens et les grandes décisions qui rythment sa jeunesse et le préparent à devenir adulte…

Montrer le passage des années sur les visages : un défi contre lequel butent une majorité de biopics et de fresques romanesques, malgré les progrès du maquillage numérique. Richard Linklater, lui, met en œuvre une solution simple mais chronophage : filmer les mêmes acteurs pendant douze ans. Boyhood est le résultat de cette expérience, la saga d’une famille d’Américains, au Texas, depuis le début des années 2000.
-Télérama

Précédé du court-métrage Au fil du temps des collections de MIRA de René Arnold
Des images touchantes des passe-temps de l’enfance dans les années 60.

The Florida Project

Moonee a 6 ans et un sacré caractère. Lâchée en toute liberté dans un motel de la banlieue de Disney world, elle y fait les 400 coups avec sa petite bande de gamins insolents. Ses incartades ne semblent pas trop inquiéter Halley, sa très jeune mère. En situation précaire comme tous les habitants du motel, celle-ci est en effet trop concentrée sur des plans plus ou moins honnêtes pour assurer leur quotidien…

« S’il a bien été présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, The Florida Project est assez caractéristique du Sundance festival duquel a émergé Sean Baker. Le film coche toutes les cases : mise en lumière d’une communauté américaine marginale, omniprésence d’une naïveté constamment contre-balancée par la dureté sociale du tableau dressé. The Florida Project est un film à charge sur les ruines désolantes d’une crise des subprimes qui a poussé bon nombres de foyers vers la sortie (ici, vers des motels où s’entassent les plus fragiles). Ruines que les enfants de Baker n’attendront pas, d’ailleurs, à enflammer, histoire de foutre le feu aux conneries des parents. »
-Il était une fois le cinéma

Le Ruban blanc

Un village de l’Allemagne du Nord protestante. 1913/1914. À la veille de la première guerre mondiale. L’histoire des enfants et adolescents d’une chorale dirigée par l’instituteur du village, leurs familles : le baron, le régisseur, le pasteur, le médecin, la sage-femme, les paysans. D’étranges accidents surviennent et prennent peu à peu le caractère d’un rituel punitif. Qui se cache derrière tout cela ?

« C’est un film sur les origines du Mal, mais pas dans un sens mécanique, immédiat. Je voulais montrer comment l’être humain se prépare à suivre une idéologie. Quelles sont les conditions sociales, psychologiques, matérielles… d’un tel processus ? À mon sens, ça vient toujours d’une situation de malaise, d’oppression, d’humiliation. Et c’est universel, ce n’est pas réductible au cas de l’Allemagne et du nazisme. Quand il existe de telles situations étouffantes, l’être humain saisit la première possibilité de s’en sortir. En général, c’est toujours une idée qui devient une idéologie. Une idée, c’est souvent très beau à l’origine. Et dès que ça se transforme en idéologie, ça devient meurtrier. »
-Michael Haneke

L’Ame des Guerriers

La famille de Jake et Beth Heke vit dans une banlieue pauvre de Auckland, en Nouvelle-Zélande. La perte de son travail a rendu Jake alcoolique et brutal. Il fait peur à ses 5 enfants et sa femme, en fière descendante Maori, s’oppose à ses crises. Mais l’unité de la famille va bientôt voler en éclats dans une escalade de violence dont personne ne sortira indemne.

25 ans après la sortie de L’Âme des guerriers, film-choc alors présenté comme le « premier film entièrement réalisé et joué par des Maoris », Lee Tamahori indique : « Je crois que ce film a changé des choses. Bien sûr, cela paraît toujours exagéré – les films ne changent pas vraiment la vie des gens – mais disons qu’il a eu un réel impact sur une génération de Maoris. Mais une autre génération a suivi, répétant les erreurs de ses parents. Le fossé se creuse : des riches de plus en plus riches, des pauvres de plus en plus pauvres. La drogue a remplacé l’alcool (…). Et puis le racisme anti-Maoris n’a pas cessé (…). Mais que vous soyez Latino ou Irlandais, les problèmes de violence domestique sont les mêmes partout. Et le film a donné aux spectateurs la possibilité de découvrir la communauté maorie et de s’identifier aux personnages au-delà des questions d’origine et de nationalité.
-Le Cinématographe

En version restaurée !

Shâd Bâsh

Bâbâdjoun, mon cher papa, ça ressemble à quoi l’Iran maintenant ? Et si j’y allais ? La grande Histoire a redistribué les cartes de notre histoire personnelle ; créé des nœuds et des carences. Aller en Iran est un élan vers toi qui a tant manqué à ma vie. Mais suis-je capable d’aller dans ce pays que tu as fui ?

Dans la mémoire de mon cœur, les vers d’un poème persan que tu m’as appris : “Rien ne reste, tout passe, tout change, alors vis dans la joie”. Bâbâdjoun, saurons-nous rattraper le temps perdu avant de disparaître ?

Quelques mots sur la réalisatrice : Berlinale Talents 2026 et membres de l’IDFAcademy 2024, Hélène Rastegar est scénariste et réalisatrice de cinéma de fiction, documentaire et expérimental. Après avoir co-dirigé le festival « Chacun son Court », elle s’est formée à la résidence d’écriture d’Ardèche Images à Lussas ainsi qu’au tournage et au développement de films en pellicule. Ses films sont influencés par une double culture iranienne en perpétuelle construction, animés par des personnages féminins dont les corps portent les marques d’une lutte intérieure pour survivre et trouver leur place. Ancienne lauréate de l’Institut de l’engagement, engagée et passionnée, elle est coprésidente de la Safire, au sein de laquelle elle supervise l’atelier documentaire. Son engagement citoyen est récompensé du Prix Copernic pour le dialogue, la fraternité et la paix. Consultante pour des projets de documentaires, elle intervient également dans des classes de cinéma au lycée et à l’université, et participe en tant que lectrice à des commission de fond de soutien.

Rocco et ses frères

Quittant leur province pauvre de Lucanie en Italie du Sud, la famille Parondi – Rosaria, la mère veuve, et ses cinq fils, Vincenzo, Simone, Rocco, Ciro et Luca – vient s’établir à Milan. Vincenzo se marie. Simone s’entraîne pour devenir boxeur. Rocco est employé dans une teinturerie. Ciro suit des cours du soir tout en travaillant pour devenir ouvrier spécialisé. L’harmonie de la famille va être perturbée par l’entrée en scène de Nadia, une jeune prostituée dont Simone et Rocco tombent tour à tour amoureux…

Visconti a conçu cette chronique comme une enquête réaliste et grouillante de vie, sur laquelle se greffe un drame lyrique qui frôle parfois le mélodrame et parfois aussi, réussit à atteindre le ton de la tragédie. À travers les méandres de ce film-fleuve, il expose toute une conception de la condition humaine, dure, cruelle, absurde, mais belle aussi et exaltante. Visconti est lucide et pessimiste mais non désespéré. Dans l’univers qu’il nous présente, la souffrance et la joie, l’amour et la haine coexistent et s’entremêlent. 

-Marcel Huret, Télérama, 26  mars 1961

Version restaurée en 4K !

Le Chant du Missouri

Les Smith, monsieur et madame, leurs quatre filles et leur fils, coulent une existence heureuse dans leur belle maison de Saint-Louis, dans le Missouri, en 1903. La plus petite, Tootie, multiplie les espiègleries. La plus grande, Rose, attend le coup de fil du garçon qu’elle n’ose pas encore présenter comme son fiancé. La plus jolie, Esther, coule de longs regards curieux par sa fenêtre vers le jeune voisin qui vient d’emménager. Tout en découpant une dinde, le père jette la consternation sur la tablée dominicale lorsqu’il annonce avoir accepté une promotion qui l’emmènera, avec toute la famille, à New York.

Splendeur visuelle, la première réalisation majeure de Vincente Minnelli est l’adaptation de courtes histoires autobiographiques de Sally Benson, scénariste de L’Ombre d’un doute d’Alfred Hitchcock, parues dans le New Yorker. Chronique familiale qui s’étend sur quatre saisons, Le Chant du Missouri restitue le regard idéalisé d’une petite fille sur le monde de son enfance. Celui d’une Amérique d’avant la Grande Dépression, d’avant les guerres, d’avant l’entrée violente dans le XXe siècle. La chatoyance des couleurs, le soin maniaque apporté aux décors et aux costumes, et le parti pris, pour une des premières fois au cinéma, d’inclure totalement les moments chantés au récit, confèrent au film l’essence d’un rêve. « There’s no place like home », disait Judy Garland dans Le Magicien d’Oz en 1939. Répétée comme un mantra, cette phrase permettait dans le film de Victor Fleming de rentrer au pays natal. Cinq ans plus tard, alors que la guerre fait toujours rage au moment de la sortie du Chant du Missouri, l’heure n’est plus au voyage initiatique. On ne rentre plus, changé, au pays natal, c’est le monde qui change, et vient jusqu’au pays natal : « C’est ici, à l’endroit même où nous vivons, juste ici à Saint-Louis », dit Esther (Judy Garland) en découvrant l’exposition universelle. Comme la jeune Tootie obsédée par la mort, le film regarde avec fascination brûler les derniers feux d’un monde rattrapé par la modernité. Le Chant du Missouri, c’est celui, funèbre, d’une Amérique de Cocagne perdue, au sein de laquelle le public, qui fit un triomphe au film, avait, en 1944, besoin de se blottir à nouveau. There’s no place like home was.
– Olivier Gonord pour La Cinémathèque française

Tout sur ma mère

Esteban vit seul avec sa mère Manuela à Madrid. La seule chose qu’il sache de son père, c’est qu’il a joué le rôle de Kowalsky face à sa mère dans le rôle de Stella dans « Un Tramway Nommé Désir ». A la mort accidentelle de son fils, Manuela part pour Barcelone, à la recherche de ce « père » qui s’appelait aussi Esteban avant de devenir Lola.

Dans la carrière d’Almodóvar, Tout sur ma mère est le film de l’équilibre, de la maturité. Le cinéaste effectue ici une synthèse de son œuvre, peuplée de femmes « au bord de la crise de nerfs » et de créatures de la nuit, ce qui nous vaut quelques échappées comiques. Néanmoins, Almodóvar opte pour une mise en scène sobre et parfois distanciée, marquée par des scènes bouleversantes comme celle, brutale et singulière, de la mort du fils à la sortie du théâtre (hommage à Opening Night de John Cassavetes). Tout sur ma mère décrit le parcours de plusieurs femmes en mal d’amour : une mère en deuil à la recherche de la [mère] transgenre de son enfant, une actrice lesbienne en plein désarroi face à son amante accro à l’héroïne, une religieuse séropositive enceinte d’une personne transgenre… L’univers d’Almodóvar, tout sauf conformiste, est empreint de tendresse et de bonté. L’humanité qu’il montre est profondément blessée par la vie, mais au bout du compte, elle est toujours capable d’amour vrai et garde sa dignité. Si ses héroïnes souffrent de la solitude, elles sont aussi fortes, actives et indépendantes. Un grand film, tout en finesse, porté par des actrices merveilleuses.
-ARTE

Braguino

Au milieu de la taïga sibérienne, à 700 km du moindre village, se sont installées deux familles, les Braguine et les Kiline. Aucune route ne mène là-bas. Seul un long voyage sur le fleuve Ienissei en bateau, puis en hélicoptère, permet de rejoindre Braguino. Elles y vivent en autarcie, selon leurs propres règles et principes. Au milieu du village : une barrière. Les deux familles refusent de se parler. Sur une île du fleuve, une autre communauté se construit : celle des enfants. Libre, imprévisible, farouche. Entre la crainte de l’autre, des bêtes sauvages, et la joie offerte par l’immensité de la forêt, se joue ici un conte cruel dans lequel la tension et la peur dessinent la géographie d’un conflit ancestral.

Clément Cogitore s’est enfoncé loin en Sibérie pour trouver ses personnages — la famille Braguine, qui vit depuis des décennies au fin fond de la taïga, en autarcie complète. Avec eux et le paysage, il met en scène les éléments dramaturgiques de son film : un camp choisi, celui de ceux qui vivent une vie présentée comme sobre et respectueuse de son milieu. Une frontière, la rivière, qui les sépare d’ennemis jurés, complices des « corrompus » qui viennent braconner la forêt en hélicoptères chargés de fusils. Et au milieu, une sorte d’innocence où les enfants des deux camps osent se côtoyer, faute de fraterniser. C’est un film de tranchées, d’aventure, c’est un western, et c’est la découverte d’un endroit spectaculaire et fou, où il est parfois nécessaire de dépecer un ours.
-Jérémie Jorrand Responsable de l’éditorial et de la programmation de Tënk