Durée totale : 1h20
Le mouvement surréaliste, officialisé par le Manifeste du surréalisme d’André Breton en 1924, investit la poésie, la littérature et la peinture. Moins connue du public, son aventure cinématographique est fondamentale, car elle apporte au cinéma une réflexion et une écriture nouvelle des films qui repose sur l’inconscient, le symbolisme et l’invisible… Cette séance propose d’explorer les formes cinématographiques de cet onirisme, tout en mettant en lumière l’héritage durable du surréalisme dans l’histoire du cinéma, à travers trois chefs-d’œuvre.
Programme complet :
Un Chien Andalou, de Luis Buñuel (ES | 1929 | 21’)
Tout commence sur un balcon où un homme aiguise un rasoir…
Film le plus célèbre du mouvement surréaliste, réalisé par Buñuel, et écrit en six jours avec Salvador Dalí, Un chien andalou est selon ce dernier « un tableau en mouvement où tous les rêves dansent une ronde folle ». Ce montage de rêves enchaînés, sans aucune intervention de la volonté des deux scénaristes, ouvre au cinéma les portes du surréalisme. Projeté à l’automne 1929 à Paris, le court métrage fait immédiatement scandale, et subit plus d’une trentaine de dénonciations au commissariat. Il fut néanmoins un énorme succès – ce qui ne fut pas du gout de Buñuel et Dali, convaincus qu’un film qui trouve son succès a surtout perdu sa transgressivité…
Meshes of the Afternoon de Maya Deren (US | 1943 | 17’)
Une fleur solitaire sur une longue allée, une clé qui tombe, une porte déverrouillée, un couteau dans une miche de pain, un téléphone décroché : des images discordantes qu’une femme voit à son retour. Elle fait la sieste et peut-être rêve.
Meshes of the Afternoon est un exemple emblématique du « film de transe », un type d’œuvre dans lequel la caméra transmet la vision subjective du protagoniste sous l’emprise du rêve. Au service de cette expérience sensible, le cadre, les mouvements, les ombres et les doubles désorientent nos repères et fragmentent durablement nos certitudes de spectateur·ices. Toute l’oeuvre de Maya Deren se retrouve à la croisée de deux réflexions : l’onirisme et la transe, voire le vaudou (Divine Horseman), comme grammaire cinématographique et expérience sensorielle du cinéma ; et une réflexion sur le corps et la danse qui s’incarnent dans l’image.
Le Sang d’un Poète, de Jean Cocteau (FR | 1930 | 49’)
Dans un studio d’artiste, une statue inachevée prend vie. Les lèvres du visage androgyne s’animent et s’impriment sur la main de l’artiste. Celui-ci, sur injonction de la statue, plonge dans un miroir…
Se défendant de toute appartenance au mouvement surréaliste, avec lequel il eut de nombreuses mésententes, il précise que son film « n’est qu’une descente en soi-même, une manière d’explorer le mécanisme du rêve sans dormir ». Premier long métrage de Cocteau, Le Sang d’un poète est d’abord envisagé comme un film d’animation, ce qui se révèle trop difficile d’un point de vue technique. Cocteau choisi donc de faire un film en images réelles « aussi libre qu’un dessin animé », en utilisant son ignorance de l’art et des techniques cinématographiques comme prétexte à l’invention formelle, ce qu’il continuera de faire dans la plupart de ces films, notamment dans La Belle et la Bête.
« Le privilège du cinématographe, c’est qu’il permet à un grand nombre de personnes de rêver ensemble le même rêve et de montrer en outre, avec la rigueur du réalisme, les fantasmes de l’irréalité, bref c’est un admirable véhicule de poésie. » – Jean Cocteau
Séance présentée par Alma-Lïa Masson-Lacroix, chargée de programmation et de développement des publics