Hanami

Sur une île volcanique isolée que tout le monde veut quitter, Nana apprend à rester. Sa mère Nia a émigré peu après sa naissance et Nana grandit dans la famille de son père. Lorsqu’elle est prise de fortes fièvres, on l’envoie se faire soigner au pied d’un volcan, où elle découvre un monde suspendu entre rêves et réalité. Des années plus tard, alors que Nana est adolescente, Nia revient et fait face aux conséquences de son long exil.

Un vent qui souffle, des mains qui se frôlent puis se touchent, un vase brisé… L’ouverture du film donne le ton : comme un recueil de poésies, Hanami est construit en plusieurs parties, aux tonalités, lumières et couleurs distinctes, avec toutefois une grande cohérence. Depuis le ventre de sa mère, jusqu’à leur véritable rencontre des années plus tard, nous suivons Nana, qui grandit entourée d’une communauté solide, mais au sein de laquelle les absences sont omniprésentes. Portée par la douceur et le rythme d’une langue magnifique, au milieu de paysages impressionnants, Denise Fernandes parle avec force et sensibilité de l’exil, mais du point de vue des personnes qui restent, et ce sans regard surplombant. Alors qu’on force toujours plus les personnes exilées à « s’intégrer » en reniant les racines qui les constituent, le film est d’autant plus bouleversant. Loïc Rieunier, délégué général de l’ACOR – Association des cinémas de l’ouest pour la recherche

L’Arbre de la connaissance

Gaspar, un adolescent de Lisbonne, tombe entre les mains de L’Ogre, un homme ayant fait un pacte avec le Diable. Il utilise le garçon pour attirer des touristes qu’il transforme en animaux pour les manger. Gaspar s’échappe avec un chien et une ânesse dont il va tomber amoureux…

« L’Arbre de la Connaissance est en somme une œuvre nécessaire. Elle déroute par son apparente simplicité, son refus du réalisme conventionnel et sa fabrique d’un monde où le merveilleux côtoie la satire la plus mordante. Mais c’est précisément dans cette étrangeté assumée que réside sa force. Face au déferlement d’images standardisées et violentes, le cinéma d’Eugène Green est un acte de foi, un pari sur la capacité de l’art à réenchanter le monde par la seule puissance de la parole et de la beauté. Un film bouclier contre l’effondrement. »
Olivier Bombarda pour Bande à part

Nuestra Tierra

Peut-on penser la démocratie sans passer par la justice ? Nuestra Tierra revient sur l’assassinat de Javier Chocobar et l’expulsion de sa communauté à Tucumán. À partir de cette histoire – qui, avant le procès a donné lieu à de nombreuses manifestations en Argentine – Lucrecia Martel fait affleurer, avec une grande finesse, les questions qui traversent nos démocraties : la place des minorités, l’autodétermination, l’élasticité des lois qui profite principalement aux classes aisées, et surtout les histoires humaines qui précèdent toujours les idéologies

Dire du cinéma de Lucrecia Martel qu’il est décolonial relève de l’évidence : son brillant long métrage de fiction Zama (2017) en était l’expression la plus manifeste, quand ses films précédents interrogeaient déjà — et avec vigueur — les systèmes de classe et de domination. Non, décidément, le cinéma n’est pas apolitique.
Avec Nuestra Tierra, premier long métrage documentaire de la réalisatrice argentine, Lucrecia Martel pousse jusqu’au bout cette vision politique et sociale — autrement dit incarnée — du cinéma. En empruntant les ressorts du film d’enquête et en prenant pour point de départ le meurtre de Javier Chocobar, figure de la communauté Chuschagasta à Tucumán, Martel ancre son récit dans une réalité terrible : la silenciation et la déconsidération systématique des récits indigènes.
Car cette terre, magnifique — que Martel filme au drone, interrogeant par ce dispositif sa propre place de réalisatrice autant que le point de vue nécessairement surplombant du cinéma (avec une scène aviaire dont on se souviendra longtemps) — est nimbée des histoires, des récits, des archives et photographies de cette communauté.
Ainsi, si le film est traversé par ce meurtre et par son jugement, par l’inhumanité d’un propriétaire terrien blanc, de ses hommes de main et, finalement, de tout un système judiciaire (il suffit de regarder les regards et les corps de tout ce cirque), Martel s’emploie toujours à réaffirmer le lien à cette terre : ce qui s’y vit, ce qui s’y transmet, et le soin indestructible que se portent les membres de la communauté.
Alors, le « nous » de Nuestra est forcément ambivalent. Tout au long du film, on voudrait qu’il signifie « leur ». Jusqu’à ce que l’injustice finisse, encore une fois, par s’abattre comme un rouleau compresseur face auquel il semble impossible de résister. L’impérialisme, partout, tout le temps.
– Cécile Becker, directrice et membre du Conseil de programmation du Cosmos

A Fidai Film

Alors qu’à l’été 1982, elle envahit Beyrouth, l’armée israélienne s’empare des archives du Centre de recherche palestinien, constituées de nombreux documents historiques sur la Palestine, dont une riche collection de photographies et de films. Ces images sont alors renommées et indexées par le ministère de la Défense israélien, au profit d’une nouvelle vision de l’histoire. A Fidai Film propose de réparer cette spoliation et de restituer le récit d’origine dont elles sont porteuses.

La bobine B75-92 montre une cueillette d’oranges à Qalandia en 1957, que la description en hébreu désigne comme des images de « terroristes »… Elles proviennent d’une collection de photos et de films conservée au Centre de recherches palestinien de Beyrouth, jusqu’à ce que les forces israéliennes ne s’en emparent pendant l’invasion du Sud-Liban en 1982 et ne les transfèrent dans les archives de l’armée et du ministère de la Défense de l’État hébreu. C’est seulement dans les années 2010 que les milieux académiques – à Tel Aviv, notamment – ont commencé à questionner les buts de ce pillage systématique de toute la mémoire visuelle palestinienne, devenue un butin de guerre en partie renommé pour des raisons idéologiques : l’occupant s’assurant de fait le contrôle du matériau capturé. Dans A Fidai Film, Kamal Aljafari (An Unusual Summer, VdR 2020) s’en saisit à son tour, pour retourner le pillage primordial contre ceux qui l’ont perpétré. En revitalisant ces images perdues par un vibrant travail de montage, il en libère la portée subversive et offre un contre-récit effacé pendant des décennies, qui montre la vie des Palestinien·ne·s avant et après 1948 – en particulier pendant le mandat britannique des années 1920-1930, où apparaissent déjà les signes tangibles des spoliations, humiliations et violences futures. Le cinéaste palestinien médite ainsi avec une profondeur de champ spatio-temporelle unique sur le destin des images produites par un peuple doublement dépossédé : de sa terre, et de son histoire.
– Emmanuel Chicon pour Visions du Réel

Derrière les drapeaux, le soleil

120 heures d’images d’archives : voilà ce qui reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. À partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, je reconstruis l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXᵉ siècle, dont les effets perdurent encore aujourd’hui. -Juanjo Perreira

À travers des images d’archives, Juanjo Pereira signe un film puissant et nécessaire qui interroge comment les récits nationaux écrasent les voix individuelles — et comment le cinéma peut les faire renaître. – Festival War on Screen

La Vie après Siham

Namir et sa mère s’étaient jurés de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais.

La scène n’est pas dans le film, mais Namir Abdel Messeeh la raconte comme point de départ. Il offre un chat à ses enfants. Sa première pensée ? « Un jour, ils pleureront sa perte. » Ce n’est pas un programme mais un pressentiment : celui d’un film qui affronte la disparition — celle de sa mère, la fin de vie de son père — avec douceur et pudeur. La Vie après Siham cherche ainsi à réparer à travers le geste même de filmer. Il y a dans ce travail artisanal, bricoleur, une beauté fragile, faite de trouvailles, de silences, d’humour jusqu’au burlesque. « Quand j’ai choisi ce chat, j’ai aussi choisi d’accueillir la tristesse de la séparation. C’est un paquet. On ne peut pas avoir la joie sans la tristesse. » S’il n’y a pas de chat dans La Vie après Siham, il y a une renaissance, des sourires, de la chaleur humaine, un amour tenace à profusion et beaucoup de cinéma.
– Benoît Sabatier, Idir Serghine et Nicolas Peduzzi, cinéastes de l’ACID

Morte e Vida Madalena

Madalena est une productrice de cinéma enceinte de huit mois qui s’apprête à reprendre le tournage d’un film de science-fiction à petit budget écrit par son père récemment décédé. Lorsque Davi, le cinéaste choisi pour la réalisation – et qui est accessoirement son ex-compagnon, disparaît du jour au lendemain, Madalena n’a d’autre choix que de faire tout son possible pour terminer le film avant la naissance de son bébé.

Et si l’on décidait de rentrer en résistance dans un joyeux désordre foutraque ? Avec Morte e Vida Madalena nous embarquons avec une troupe extravagante, marginale mais soudée, aux identités multiples, notamment queer, sans jamais en faire un sujet. On suit Madalena, productrice enceinte et force de la nature, qui tente d’achever le dernier projet de son père disparu. Un film de science-fiction fauché, porté par une équipe avec des moyens dérisoires. Très vite, le tournage se dérègle. Imprévus, départs, crises d’ego, manque d’argent, le désordre s’installe, mais devient aussi moteur. Le film raconte autant sa propre fabrication que l’invention, fragile et nécessaire, de formes de survies collectives, de solidarités bienveillantes.Morte e Vida Madalena est une ode au cinéma de genre et au besoin de rêver. Un espace où les difficultés, loin de brider la création, ouvrent des espaces de liberté, portées par une urgence vitale. En choisissant l’absurde, l’excès et le décalage, le film ne fuit pas la réalité, il la rend plus supportable, plus lisible aussi. Dans cette légèreté affleure une gravité singulière, celle d’un cinéma qui fait de la joie une manière de tenir debout. Au sein du Jury GNCR, lors du FIDMarseille 2025, nous avons souhaité saluer ce film solaire, vivant et généreux, qui affirme le cinéma comme lieu d’expérimentation et de liberté partagée. Un film qui s’évertue à déplacer les lignes, à dynamiter les normes morales et qui nous dit, avec force : « Vous ne serez plus jamais seul·es ! ».
-Lucie Taurines, Directrice déléguée des Écrans du Sud

Blue Heron

COUP DE CŒUR DU COSMOS !
– SÉANCE SPÉCIALE LE MERCREDI 24 JUIN À 18H45 (PETITE SALLE), PROJECTION PRÉSENTÉE ET SUIVIE D’UNE RENCONTRE AVEC CAMILLE GRINER, CRITIQUE DE CINÉMA (avec le soutien du GNCR)

À la fin des années 1990, Sasha, huit ans, s’installe avec ses parents et ses frères sur l’île de Vancouver. À travers ses yeux, sous le soleil d’un été en apparence paisible, quelque chose se fissure. Leur nouvelle vie est troublée par le comportement de plus en plus imprévisible de l’aîné, Jeremy.

L’avis du GNCR
« Blue Heron nous plonge dans l’histoire d’une famille ballottée par les comportements étranges du fils aîné, Jérémy, à travers le regard de Sasha, sa sœur de huit ans. Le film oscille entre les douceurs et les douleurs de la famille et de l’enfance, entre le passé et le présent, le souvenir et le rêve. Dans ce premier long métrage extrêmement maîtrisé (tant au niveau du sujet que de la mise en scène), la réalisatrice canadienne, Sophy Romvari partage son histoire personnelle et utilise le cinéma comme catharsis d’un traumatisme d’enfance. L’une des forces du film est de ne pas chercher à expliquer les troubles de Jérémy au sens clinique du terme mais plutôt de montrer son altérité ainsi que les effets sur les membres de la famille : leurs souffrances et leurs incompréhensions, mais aussi leur capacité à se soutenir, à aider, à prendre soin, à chercher des solutions, à aimer malgré tout jusqu’à l’abnégation… Ce film est avant toute chose une histoire d’amour filiale et familiale d’une bouleversante sensibilité et d’une intelligence rare. » – Agathe Fourcin, coordination de l’association MaCaO 7ème art (Hérouville-Saint-Clair) et membre du GNCR

AVEC LE SOUTIEN DU GNCR (GROUPEMENT NATIONAL DES CINÉMAS DE RECHERCHE), DONT LE COSMOS EST ADHÉRENT

Bait

Dans un village de pêcheurs au cœur des Cornouailles, la pêche se fait de plus en plus rare au profit d’une activité touristique grandissante. Martin Ward, est un pêcheur sans bateau, son frère ayant transformé celui de leur père à des fins touristiques. Après la vente de leur maison familiale à de riches londoniens qui n’y passent que leurs vacances, Martin lutte pour conserver une place au sein de son village.

J’ai toujours eu envie de faire un film sur l’industrie de la pêche. En 16 mm, en noir et blanc, sale, granuleux, des visages, des mains au travail, des bords rugueux, des défauts de toutes sortes, rude, tangible, vrai. Dans cette région du globe, la pêche marche main dans la main avec le tourisme. Ils coexistent depuis des générations, tel un couple improbable, interdépendant. Mais dans le contexte actuel d’austérité et d’incertitude, cette histoire est vite devenue une affaire de nantis et de démunis. Pas une histoire en noir et blanc, mais évoluant dans des zones grises. Juste sous la surface de l’Atlantique assoupi qui se blottit sur lui-même dans le port « pittoresque ». Prenez garde : une grande marée envahissante peut souvent succéder à des eaux très basses. C’est un endroit où le tourisme est considéré favorablement et où les résidences secondaires sont un problème, mais les deux ne se mélangent jamais, ne sont pas tenus comme participant de la même chose. Un endroit où les pêcheurs n’ont pas voix au chapitre tandis que les nouveaux venus crient pour se faire entendre de leur toute récente communauté, où les usages anciens et nouveaux entrent en conflit. Mais où, en fin de compte, on manipule tout le monde, où on ment à tout le monde, où la plupart des gens ont de bonnes intentions, mais où chacun est persuadé d’avoir besoin d’un peu de ce que l’autre possède, que ce soit en matière d’argent, de respect, de sentiment d’appartenance, de paix, d’avenir. Même dans un vieux village côtier de Cornouailles il faut que le temps progresse. Les façons de faire traditionnelles sont remplacées par de nouvelles espérances. Le changement est inévitable, inéluctable et même bienvenu. Mais tandis que se profile un futur radieux, qui pense à ce qui est en train de se perdre, d’être oublié et, finalement, regretté ? C’est là que se rencontrent pour moi la forme et le contenu.
-Mark Jenkin

Le Cri des gardes

Un vaste chantier de travaux publics en Afrique de l’Ouest. Horn, le patron, et Cal, un jeune ingénieur, partagent une habitation provisoire derrière les doubles grilles de l’enceinte réservée aux blancs. Leone, future épouse de Horn, arrive d’Europe le soir même où un homme qui s’est introduit par effraction surgit derrière les grilles. Il s’appelle Alboury. Il ne quittera pas les lieux tant qu’on ne lui aura pas rendu le corps de son frère, mort sur le chantier

Bel ami

Le Ciné-Club de Diaspora (collectif antiraciste décolonial queer) est un lieu pour se voir, se rencontrer et lutter ensemble. À travers les mots et les images, nos voix racisées se tissent, se réinventent, se visibilisent. Chaque projection devient un acte de mémoire, de résistance et de solidarité partagée.

Dans une petite ville froide et désolée du nord-est de la Chine, une galerie de personnages homosexuels excentriques sont à la recherche de l’amour ou d’autres connexions. Un homme marié pris au piège fait son coming-out auprès d’un jeune coiffeur. Un couple de lesbiennes recrute un coiffeur gay comme donneur de sperme, puis installe des caméras de surveillance pour surveiller ses moindres faits et gestes. Un restaurateur rêve de réunir tous les gays de la ville… Langage codé, rendez-vous clandestins et clubs secrets constituent le quotidien de tous ces êtres.

Dans cette savoureuse comédie dramatique, Jun Geng stylise le quotidien de personnages solitaires en quête de lien avec un humour noir mordant, tout en offrant un manifeste irrévérencieux sur les conventions sociales de la société chinoise. Des scènes hilarantes et absurdes parcourent toute la gamme des romances, des ruptures aux flirts, en passant par le grand amour et l’inévitable « troisième roue du carrosse ». Filmé dans un superbe noir et blanc, Bel Ami offre un panorama touchant d’êtres en marge à la recherche du bonheur. Censuré en Chine, ce bijou insolite a remporté trois prix majeurs aux prestigieux Taipei Golden Horse Awards : Meilleur acteur pour Zhang Zhiyong, Meilleure Photographie et Meilleur Montage – Festival Chéries Chéris

La projection sera suivie d’un débat

Tarif normal : 9 €
Tarif réduit : 5 €

Entroncamento

Fuyant un passé trouble, Laura se réfugie à Entroncamento pour reconstruire sa vie et se lie à une jeunesse désabusée pas si différente d’elle. Un travail honnête peut-il rivaliser avec l’appel du crime ? Violence, malchance, cupidité et loyauté règnent dans les rues — chacun veut une vie meilleure.

Pedro Cabeleira, Pedro Pinho… Une communauté de cinéastes équivalente à celle d’El Pampero en Argentine est-elle en train d’émerger au Portugal ? La joie de retrouver Cleo Diara et Sergio Coragem, les deux bombes découvertes dans Le Rire et le Couteau, n’est pas le seul plaisir que provoque la vision d’Entroncamento, sublime film noir tourné dans ce quartier hallucinant des faubourgs de Lisbonne qui donne son titre au film de Pedro Cabeleira. Les amateurs de (bonnes) séries, feront forcément le lien entre le film et The Wire, la mythique série de David Simon. Ils y reconnaîtront cette volonté très politique de se plonger au cœur des communautés les plus précaires par le prisme du trafic de drogue. Mais si ce sont des drogues dures qui circulaient à Baltimore, c’est plutôt le shit qui est ici le moteur de l’économie. Consommateurs différents et qui impriment au film un rythme plus indolent, ce qui n’en rend les trouées de violence que plus frappantes. Irrigué par une puissance documentaire très aiguisée, Entroncamento construit une dramaturgie très subtile et fait émerger un incroyable personnage féminin (Ana Vilaça, une révélation), tout d’abord à la marge, puis au centre du jeu. Une petite sœur de Snoop… mais qui prend en main son destin de manière beaucoup plus maline.
-Séverine Rocaboy, directrice-programmatrice du cinéma Les Toiles, Saint-Gratien

Hair, Paper, Water…

La séance en avant-première du Jeu. 10.09 à 20H15 sera présentée et suivie d’une discussion avec Julien Graff, producteur du film.

Dans une grotte, il y a plus de 60 ans, elle est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village, entourée de ses enfants et petits-enfants. Parfois, dans ses rêves, sa mère défunte l’appelle – là-bas, dans la grotte. Le film recueille des instants fugaces de sa vie quotidienne, et la transmission fragile de sa langue, le ruc, à ses petits-enfants.

« Le duo de cinéastes nous offre un tout autre objet cinématographique après le salué Viet and Nam de Trong Minh Quy (Un certain Regard 2024). On y découvre Madame Hậu, une vieille femme de l’ethnie Rục qui s’occupe de ses enfants et petits-enfants à qui elle a consacré toute sa vie. Tout en douceur, les réalisateurs la filme dans ses gestes quotidiens : cueillette, soin du bébé… Mais Hair, Paper, Water…, c’est aussi et surtout une affaire de transmission, à laquelle s’acharne Madame Hậu en tentant d’apprendre sa langue ancestrale à son petit-fils. Cheveux, Papier, Eau, mais aussi Lumière, Sang… sont martelés à l’écran et rythment le film, l’imprégnant de cet apprentissage comme de poésie. Ce film court (1h10) n’est pas non plus dénué de touches d’humour, ni de politique à travers le regard porté sur la modernité : immeubles, déforestation, travail ouvrier… Un geste cinématographique brut mais délicat, du réel à la poésie, tourné en 16mm, qui nous livre (aussi et surtout) une belle leçon d’altérité. »
_ Mathilde Rolland, assistante de coordination et d’animation, MaCaO 7ème art – Association de salles de cinéma en Normandie

Holy Destructors

À travers l’exploration d’archives familiales, d’œuvres d’art millénaires ou de processions religieuses, Holy Destructors témoigne de l’inéluctable passage du temps. Là où l’humain cherche désespérément à le ralentir, les micro-organismes, architectes invisibles de la décomposition, réaffirment l’ordre naturel des choses : la destruction n’est pas une fin mais le début d’un nouveau cycle.

Ils détruisent les tableaux comme les photographies et défient les humains qui veulent préserver les œuvres d’art des ravages du temps. Un documentaire étonnant en forme de méditation signée par la réalisatrice lituanienne Aistė Zegulytė.
– Frédéric Strauss pour Télérama

Le Consulat honoraire de Lituanie et l’Association Alsace-Lituanie. à choisi de présenter Holy Destructors d’Aistė Žegulytė parce que ce film pose une question intime et universelle : pourquoi cherchons-nous à arrêter le temps et à préserver les corps, les œuvres et les souvenirs, alors que toute matière est vouée à se transformer ? À travers le regard porté sur les restaurateurs et sur le monde microscopique des champignons, il offre une expérience sensorielle et méditative, où la disparition devient aussi une forme de renaissance. Strasbourg, ville de patrimoine, de recherche et de dialogue entre les cultures, nous semble un lieu particulièrement propice à la découverte de ce documentaire libre et singulier, dont le format inhabituel invite justement au débat. Déjà présenté en première mondiale à l’IDFA d’Amsterdam, où il a reçu le prix de la meilleure réalisation, puis récompensé comme meilleur documentaire balte au festival Black Nights de Tallinn, le film a confirmé sa capacité à toucher des publics internationaux exigeants. C’est cette même curiosité que nous espérons retrouver à Strasbourg, autour d’un film qui laisse une place au silence, au doute et à la réflexion.  

Un film proposé en partenariat avec le Consulat honoraire de Lituanie et l’Association Alsace-Lituanie.

Depuis plus de 35 ans, l’Association Alsace-Lituanie rappelle, promeut et développe les nombreux liens historiques entre nos deux peuples. En support et au service des citoyens lituaniens, en résidence ou de passage, le consulat honoraire contribue et participe au renforcement des échanges institutionnels, économiques et culturels, et assure la présence active de la Lituanie au sein du corps diplomatique et consulaire où sont représentés près d’une cinquantaine de nations.

Séance au tarif unique Cinécool : 5€ la place !

Un Hiver russe

Entre Paris et Istanbul, Margarita, Yuri et leurs amis, un groupe de jeunes exilés russes, cherchent leur place dans un monde qui ne semble plus être le leur.

L’hiver russe paralyse indéfiniment le pays, les décors sont enneigés, les autoroutes froides. Dans ce monde lugubre, glaçant et figé, ces jeunes gens sont sans défense, sans droits, sans avoir fait quoi que ce soit de mal.
– par Nicolas Bardot pour Le Polyester

Retour avant 15h

C’est un homme et son lieu, le père dans un pavillon de lotissement. C’est après sa mort. On a retrouvé quelque chose. Pas un secret, mais l’envers des jours, consigné avec une précision obsessionnelle. Une lutte quotidienne avec la vie matérielle et le temps qui passe.

On sort de ce film au sujet universel avec la sensation d’avoir avancé, un peu mieux préparés à affronter les deuils présents et à venir, comme un peu moins seuls face aux démons venants. Ce n’est peut-être qu’une illusion, mais le film, lui, est bien là, et il en est une preuve irréfutable à laquelle nous pourrons toujours revenir.
– Nicolas Moreno pour la revue Tsounami