La Vie après Siham

Namir et sa mère s’étaient jurés de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais.

La scène n’est pas dans le film, mais Namir Abdel Messeeh la raconte comme point de départ. Il offre un chat à ses enfants. Sa première pensée ? « Un jour, ils pleureront sa perte. » Ce n’est pas un programme mais un pressentiment : celui d’un film qui affronte la disparition — celle de sa mère, la fin de vie de son père — avec douceur et pudeur. La Vie après Siham cherche ainsi à réparer à travers le geste même de filmer. Il y a dans ce travail artisanal, bricoleur, une beauté fragile, faite de trouvailles, de silences, d’humour jusqu’au burlesque. « Quand j’ai choisi ce chat, j’ai aussi choisi d’accueillir la tristesse de la séparation. C’est un paquet. On ne peut pas avoir la joie sans la tristesse. » S’il n’y a pas de chat dans La Vie après Siham, il y a une renaissance, des sourires, de la chaleur humaine, un amour tenace à profusion et beaucoup de cinéma.
– Benoît Sabatier, Idir Serghine et Nicolas Peduzzi, cinéastes de l’ACID

My Stolen Planet

Née durant la révolution islamique iranienne en 1979, Farah réalise à sept ans qu’elle vit sur deux planètes : celle de l’Ayatollah, et l’autre, cachée, où elle ose être elle-même. À l’achat d’une caméra, son monde évolue, alimenté de danse, de joie. Elle y ajoute des enregistrements et des archives 8 mm abandonnées par les familles en exil afin de créer une histoire alternative de l’Iran. Forcée à l’exil, la cinéaste entame une résistante intime et politique contre l’oubli, aussi motivée par la maladie d’Alzheimer de sa mère. Sa connexion avec Leyla, une professeure iranienne qui a quitté l’Iran pendant la révolution, donne un nom et une histoire à l’un des visages de ses archives. À l’automne 2022, le soulèvement « Femmes, Vie, Liberté » devient un tournant dans la vie de Farah, ainsi que dans celle de nombreux Iraniens.

Née durant la révolution islamique iranienne en 1979 et forcée à l’exil fin 2022, Farah devenue cinéaste entame une lutte contre la perte des souvenirs sous forme de journal intime. Une résistante intime et politique contre l’oubli, aussi motivée par la maladie d’Alzheimer de sa mère. Sa connexion avec Leyla, une professeure iranienne qui a quitté l’Iran pendant la révolution, donne un nom et une histoire à l’un des visages de ses archives.
-Contre jour

La séance du 31 Janvier à 19H30 sera présentée par Afsaneh Chehrehgosha de l’association Strass’Iran
Avec le soutien du collectif 50/50

Que ma volonté soit faite

RENCONTRE AVEC LA RÉALISATRICE DE DIMANCHE 8 FÉVRIER À 17H ––

La jeune Nawojka, qui vit avec son père et ses frères dans la ferme familiale, cache un terrible secret : un pouvoir monstrueux, qu’elle pense hérité de sa défunte mère, s’éveille chaque fois qu’elle éprouve du désir. Lorsque Sandra, une femme originaire du coin, revient au village, Nawojka est fascinée et ses pouvoirs se manifestent sans qu’elle ne puisse plus rien contrôler.

⚠ TW : violences masculines et sexistes vs. female rage. A votre avis, qui gagne ?

Hasard du calendrier, le film de Julia Kowalski sort en plein cycle thématique Female Rage. Et cette rage, portée dans ses gènes par Nawojka, en est une sacrée. Aucun contrôle, aucune limite : elle flirte même avec le diable. Cette rage a une politique, celle de la terre brûlée. En mêlant une critique profonde des violences sexistes et sexuelles, ce que les femmes et les minorités portent en elles et malgré elles, une immersion dans la ruralité (ce que le cinéma français peine toujours à faire avec justesse) et un condensé très réussi des codes indé et de la sous-culture, Julia Kowalski frappe très très fort.

Séance spéciale le dimanche 8 février à 17h00, rencontre avec Julia Kowalski à l’issue de la projection

Pédale Rurale

Benoît vit en Dordogne, à quelques kilomètres du village où il a grandi. Il a construit son paradis à l’abri des regards, s’est émancipé à sa manière, seul, dans la nature, avec ses couleurs. Il a trouvé ses manières de résister, de s’affranchir des stigmates du passé pour continuer à habiter le territoire de son enfance. Sur le chemin qu’il est parvenu à ouvrir, il reste des ronces qui continuent à le blesser. Alors ensemble on avance, on défriche parce que nos histoires résonnent, parce qu’on s’est trouvé. Et puis, avec les autres queers du coin, on décide d’organiser une Pride, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace qu’on n’a jamais eu, pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

Il se dégage de ce documentaire deux sentiments. La joie — celle qu’on éprouve en étant niché·e dans un refuge — et l’admiration : devant la beauté des confidences, comme devant le parcours de Benoît, qui, d’abord isolé et terrifié par la politisation de son homosexualité, devient peu à peu moteur. Du refuge, on retient celui de la maison de Benoît, ceinturée de verdure, et l’autre — celui qu’il se recrée au sein d’une communauté choisie. Cette communauté regroupe les queers du coin, les pédales rurales et lesbiennes des champs, que l’on suit tout au long du film œuvrer à l’organisation de la première Pride de Dordogne. Avec tout ce que cela implique : convaincre les élu·es, dépasser sa peur — et les peurs — dans des territoires où l’homosexualité reste bien souvent au placard.
Un documentaire très émouvant, mais aussi passionnant par sa forme. Son réalisateur, Antoine Vazquez, personne concernée, se met en scène pour raconter, en toile de fond, l’amitié qui le lie à Benoît, mais aussi pour faire écho à son propre parcours : lui-même a grandi dans le Béarn. Quand faire un film devient aussi une manière de réparer.
-Cécile Becker, membre du Conseil de programmation

Bel ami

Le Ciné-Club de Diaspora (collectif antiraciste décolonial queer) est un lieu pour se voir, se rencontrer et lutter ensemble. À travers les mots et les images, nos voix racisées se tissent, se réinventent, se visibilisent. Chaque projection devient un acte de mémoire, de résistance et de solidarité partagée.

Dans une petite ville froide et désolée du nord-est de la Chine, une galerie de personnages homosexuels excentriques sont à la recherche de l’amour ou d’autres connexions. Un homme marié pris au piège fait son coming-out auprès d’un jeune coiffeur. Un couple de lesbiennes recrute un coiffeur gay comme donneur de sperme, puis installe des caméras de surveillance pour surveiller ses moindres faits et gestes. Un restaurateur rêve de réunir tous les gays de la ville… Langage codé, rendez-vous clandestins et clubs secrets constituent le quotidien de tous ces êtres.

Dans cette savoureuse comédie dramatique, Jun Geng stylise le quotidien de personnages solitaires en quête de lien avec un humour noir mordant, tout en offrant un manifeste irrévérencieux sur les conventions sociales de la société chinoise. Des scènes hilarantes et absurdes parcourent toute la gamme des romances, des ruptures aux flirts, en passant par le grand amour et l’inévitable « troisième roue du carrosse ». Filmé dans un superbe noir et blanc, Bel Ami offre un panorama touchant d’êtres en marge à la recherche du bonheur. Censuré en Chine, ce bijou insolite a remporté trois prix majeurs aux prestigieux Taipei Golden Horse Awards : Meilleur acteur pour Zhang Zhiyong, Meilleure Photographie et Meilleur Montage – Festival Chéries Chéris

La projection sera suivie d’un débat

Tarif normal : 9 €
Tarif réduit : 5 €

L’Arbre de la connaissance

Gaspar, un adolescent de Lisbonne, tombe entre les mains de L’Ogre, un homme ayant fait un pacte avec le Diable. Il utilise le garçon pour attirer des touristes qu’il transforme en animaux pour les manger. Gaspar s’échappe avec un chien et une ânesse dont il va tomber amoureux…

« L’Arbre de la Connaissance est en somme une œuvre nécessaire. Elle déroute par son apparente simplicité, son refus du réalisme conventionnel et sa fabrique d’un monde où le merveilleux côtoie la satire la plus mordante. Mais c’est précisément dans cette étrangeté assumée que réside sa force. Face au déferlement d’images standardisées et violentes, le cinéma d’Eugène Green est un acte de foi, un pari sur la capacité de l’art à réenchanter le monde par la seule puissance de la parole et de la beauté. Un film bouclier contre l’effondrement. »
Olivier Bombarda pour Bande à part

Nuestra Tierra

Peut-on penser la démocratie sans passer par la justice ? Nuestra Tierra revient sur l’assassinat de Javier Chocobar et l’expulsion de sa communauté à Tucumán. À partir de cette histoire – qui, avant le procès a donné lieu à de nombreuses manifestations en Argentine – Lucrecia Martel fait affleurer, avec une grande finesse, les questions qui traversent nos démocraties : la place des minorités, l’autodétermination, l’élasticité des lois qui profite principalement aux classes aisées, et surtout les histoires humaines qui précèdent toujours les idéologies

Dire du cinéma de Lucrecia Martel qu’il est décolonial relève de l’évidence : son brillant long métrage de fiction Zama (2017) en était l’expression la plus manifeste, quand ses films précédents interrogeaient déjà — et avec vigueur — les systèmes de classe et de domination. Non, décidément, le cinéma n’est pas apolitique.
Avec Nuestra Tierra, premier long métrage documentaire de la réalisatrice argentine, Lucrecia Martel pousse jusqu’au bout cette vision politique et sociale — autrement dit incarnée — du cinéma. En empruntant les ressorts du film d’enquête et en prenant pour point de départ le meurtre de Javier Chocobar, figure de la communauté Chuschagasta à Tucumán, Martel ancre son récit dans une réalité terrible : la silenciation et la déconsidération systématique des récits indigènes.
Car cette terre, magnifique — que Martel filme au drone, interrogeant par ce dispositif sa propre place de réalisatrice autant que le point de vue nécessairement surplombant du cinéma (avec une scène aviaire dont on se souviendra longtemps) — est nimbée des histoires, des récits, des archives et photographies de cette communauté.
Ainsi, si le film est traversé par ce meurtre et par son jugement, par l’inhumanité d’un propriétaire terrien blanc, de ses hommes de main et, finalement, de tout un système judiciaire (il suffit de regarder les regards et les corps de tout ce cirque), Martel s’emploie toujours à réaffirmer le lien à cette terre : ce qui s’y vit, ce qui s’y transmet, et le soin indestructible que se portent les membres de la communauté.
Alors, le « nous » de Nuestra est forcément ambivalent. Tout au long du film, on voudrait qu’il signifie « leur ». Jusqu’à ce que l’injustice finisse, encore une fois, par s’abattre comme un rouleau compresseur face auquel il semble impossible de résister. L’impérialisme, partout, tout le temps.
– Cécile Becker, directrice et membre du Conseil de programmation du Cosmos

A Fidai Film

Alors qu’à l’été 1982, elle envahit Beyrouth, l’armée israélienne s’empare des archives du Centre de recherche palestinien, constituées de nombreux documents historiques sur la Palestine, dont une riche collection de photographies et de films. Ces images sont alors renommées et indexées par le ministère de la Défense israélien, au profit d’une nouvelle vision de l’histoire. A Fidai Film propose de réparer cette spoliation et de restituer le récit d’origine dont elles sont porteuses.

La bobine B75-92 montre une cueillette d’oranges à Qalandia en 1957, que la description en hébreu désigne comme des images de « terroristes »… Elles proviennent d’une collection de photos et de films conservée au Centre de recherches palestinien de Beyrouth, jusqu’à ce que les forces israéliennes ne s’en emparent pendant l’invasion du Sud-Liban en 1982 et ne les transfèrent dans les archives de l’armée et du ministère de la Défense de l’État hébreu. C’est seulement dans les années 2010 que les milieux académiques – à Tel Aviv, notamment – ont commencé à questionner les buts de ce pillage systématique de toute la mémoire visuelle palestinienne, devenue un butin de guerre en partie renommé pour des raisons idéologiques : l’occupant s’assurant de fait le contrôle du matériau capturé. Dans A Fidai Film, Kamal Aljafari (An Unusual Summer, VdR 2020) s’en saisit à son tour, pour retourner le pillage primordial contre ceux qui l’ont perpétré. En revitalisant ces images perdues par un vibrant travail de montage, il en libère la portée subversive et offre un contre-récit effacé pendant des décennies, qui montre la vie des Palestinien·ne·s avant et après 1948 – en particulier pendant le mandat britannique des années 1920-1930, où apparaissent déjà les signes tangibles des spoliations, humiliations et violences futures. Le cinéaste palestinien médite ainsi avec une profondeur de champ spatio-temporelle unique sur le destin des images produites par un peuple doublement dépossédé : de sa terre, et de son histoire.
– Emmanuel Chicon pour Visions du Réel

Derrière les drapeaux, le soleil

120 heures d’images d’archives : voilà ce qui reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. À partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, je reconstruis l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXᵉ siècle, dont les effets perdurent encore aujourd’hui. -Juanjo Perreira

À travers des images d’archives, Juanjo Pereira signe un film puissant et nécessaire qui interroge comment les récits nationaux écrasent les voix individuelles — et comment le cinéma peut les faire renaître. – Festival War on Screen

Room Temperature

Comme chaque année pour Halloween, une famille transforme sa propriété en maison hantée. Le père s’obstine à rendre l’attraction la plus effrayante possible, peu importe les conséquences.

Sous le soleil de la Californie, une famille entreprend de transformer son joli pavillon en sombre décor de film d’horreur… Inspirés par cette tradition américaine méconnue des « home haunts », les réalisateurs jouent à en déjouer les mécanismes. La cocasserie de la situation se heurte ainsi à une mise en scène statique, le kitsch spectaculaire des effets spéciaux sanglants bricolés à la maison débouche sur un crime qu’on ne voit pas venir.
-Télérama

Morte e Vida Madalena

Madalena est une productrice de cinéma enceinte de huit mois qui s’apprête à reprendre le tournage d’un film de science-fiction à petit budget écrit par son père récemment décédé. Lorsque Davi, le cinéaste choisi pour la réalisation – et qui est accessoirement son ex-compagnon, disparaît du jour au lendemain, Madalena n’a d’autre choix que de faire tout son possible pour terminer le film avant la naissance de son bébé.

Et si l’on décidait de rentrer en résistance dans un joyeux désordre foutraque ? Avec Morte e Vida Madalena nous embarquons avec une troupe extravagante, marginale mais soudée, aux identités multiples, notamment queer, sans jamais en faire un sujet. On suit Madalena, productrice enceinte et force de la nature, qui tente d’achever le dernier projet de son père disparu. Un film de science-fiction fauché, porté par une équipe avec des moyens dérisoires. Très vite, le tournage se dérègle. Imprévus, départs, crises d’ego, manque d’argent, le désordre s’installe, mais devient aussi moteur. Le film raconte autant sa propre fabrication que l’invention, fragile et nécessaire, de formes de survies collectives, de solidarités bienveillantes.Morte e Vida Madalena est une ode au cinéma de genre et au besoin de rêver. Un espace où les difficultés, loin de brider la création, ouvrent des espaces de liberté, portées par une urgence vitale. En choisissant l’absurde, l’excès et le décalage, le film ne fuit pas la réalité, il la rend plus supportable, plus lisible aussi. Dans cette légèreté affleure une gravité singulière, celle d’un cinéma qui fait de la joie une manière de tenir debout. Au sein du Jury GNCR, lors du FIDMarseille 2025, nous avons souhaité saluer ce film solaire, vivant et généreux, qui affirme le cinéma comme lieu d’expérimentation et de liberté partagée. Un film qui s’évertue à déplacer les lignes, à dynamiter les normes morales et qui nous dit, avec force : « Vous ne serez plus jamais seul·es ! ».
-Lucie Taurines, Directrice déléguée des Écrans du Sud

Derrière les drapeaux, le soleil

Juanjo Pereira

FR1H302026


Sortie nationaleDocumentaire

RÉSERVATION (Cliquez sur la date pour réserver)


120 heures d’images d’archives : voilà ce qui reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. À partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, je reconstruis l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXᵉ siècle, dont les effets perdurent encore aujourd'hui. -Juanjo Perreira

À travers des images d’archives, Juanjo Pereira signe un film puissant et nécessaire qui interroge comment les récits nationaux écrasent les voix individuelles — et comment le cinéma peut les faire renaître. - Festival War on Screen

120 heures d’images d’archives : voilà ce qui reste de 35 années de dictature de Stroessner au Paraguay. A partir de ce corpus d’images rares retrouvées partout dans le monde, je reconstruis l’histoire d’une des dictatures les plus longues du XXe siècle, dont les effets perdurent encore aujourd’hui.

A Fidai Film

Kamal Aljafari

DE1H182026


Sortie nationale

RÉSERVATION (Cliquez sur la date pour réserver)


Alors qu’à l’été 1982, elle envahit Beyrouth, l’armée israélienne s’empare des archives du Centre de recherche palestinien, constituées de nombreux documents historiques sur la Palestine, dont une riche collection de photographies et de films. Ces images sont alors renommées et indexées par le ministère de la Défense israélien, au profit d’une nouvelle vision de l’histoire. A Fidai Film propose de réparer cette spoliation et de restituer le récit d’origine dont elles sont porteuses.

La bobine B75-92 montre une cueillette d’oranges à Qalandia en 1957, que la description en hébreu désigne comme des images de « terroristes »… Elles proviennent d’une collection de photos et de films conservée au Centre de recherches palestinien de Beyrouth, jusqu’à ce que les forces israéliennes ne s’en emparent pendant l’invasion du Sud-Liban en 1982 et ne les transfèrent dans les archives de l'armée et du ministère de la Défense de l'État hébreu. C'est seulement dans les années 2010 que les milieux académiques – à Tel Aviv, notamment – ont commencé à questionner les buts de ce pillage systématique de toute la mémoire visuelle palestinienne, devenue un butin de guerre en partie renommé pour des raisons idéologiques : l’occupant s'assurant de fait le contrôle du matériau capturé. Dans A Fidai Film, Kamal Aljafari (An Unusual Summer, VdR 2020) s'en saisit à son tour, pour retourner le pillage primordial contre ceux qui l'ont perpétré. En revitalisant ces images perdues par un vibrant travail de montage, il en libère la portée subversive et offre un contre-récit effacé pendant des décennies, qui montre la vie des Palestinien·ne·s avant et après 1948 – en particulier pendant le mandat britannique des années 1920-1930, où apparaissent déjà les signes tangibles des spoliations, humiliations et violences futures. Le cinéaste palestinien médite ainsi avec une profondeur de champ spatio-temporelle unique sur le destin des images produites par un peuple doublement dépossédé : de sa terre, et de son histoire.
- Emmanuel Chicon pour Visions du Réel

Alors qu’à l’été 1982, elle envahit Beyrouth, l’armée israélienne s’empare des archives du Centre de recherche palestinien, constituées de nombreux documents historiques sur la Palestine, dont une riche collection de photographies et de films. Ces images sont alors renommées et indexées par le ministère de la défense israélien, au profit d’une nouvelle vision de l’histoire. A Fidai Film propose de réparer cette spoliation et de restituer le récit d’origine dont elles sont porteuses.

Nuestra Tierra

Lucrecia Martel

FR1H592026


Sortie nationale

RÉSERVATION (Cliquez sur la date pour réserver)


Peut-on penser la démocratie sans passer par la justice ? Nuestra Tierra revient sur l’assassinat de Javier Chocobar et l’expulsion de sa communauté à Tucumán. À partir de cette histoire – qui, avant le procès a donné lieu à de nombreuses manifestations en Argentine – Lucrecia Martel fait affleurer, avec une grande finesse, les questions qui traversent nos démocraties : la place des minorités, l’autodétermination, l’élasticité des lois qui profite principalement aux classes aisées, et surtout les histoires humaines qui précèdent toujours les idéologies

Dire du cinéma de Lucrecia Martel qu’il est décolonial relève de l’évidence : son brillant long métrage de fiction Zama (2017) en était l’expression la plus manifeste, quand ses films précédents interrogeaient déjà — et avec vigueur — les systèmes de classe et de domination. Non, décidément, le cinéma n’est pas apolitique.
Avec Nuestra Tierra, premier long métrage documentaire de la réalisatrice argentine, Lucrecia Martel pousse jusqu’au bout cette vision politique et sociale — autrement dit incarnée — du cinéma. En empruntant les ressorts du film d’enquête et en prenant pour point de départ le meurtre de Javier Chocobar, figure de la communauté Chuschagasta à Tucumán, Martel ancre son récit dans une réalité terrible : la silenciation et la déconsidération systématique des récits indigènes.
Car cette terre, magnifique — que Martel filme au drone, interrogeant par ce dispositif sa propre place de réalisatrice autant que le point de vue nécessairement surplombant du cinéma (avec une scène aviaire dont on se souviendra longtemps) — est nimbée des histoires, des récits, des archives et photographies de cette communauté.
Ainsi, si le film est traversé par ce meurtre et par son jugement, par l’inhumanité d’un propriétaire terrien blanc, de ses hommes de main et, finalement, de tout un système judiciaire (il suffit de regarder les regards et les corps de tout ce cirque), Martel s’emploie toujours à réaffirmer le lien à cette terre : ce qui s’y vit, ce qui s’y transmet, et le soin indestructible que se portent les membres de la communauté.
Alors, le « nous » de Nuestra est forcément ambivalent. Tout au long du film, on voudrait qu’il signifie « leur ». Jusqu’à ce que l’injustice finisse, encore une fois, par s’abattre comme un rouleau compresseur face auquel il semble impossible de résister. L’impérialisme, partout, tout le temps.
– Cécile Becker, directrice et membre du Conseil de programmation du Cosmos

Argentine, 2009. Trois hommes blancs tentent d’expulser les membres de la communauté autochtone de Chuschagasta, revendiquant la propriété des terres. Armés, ils tuent le chef de la communauté, Javier Chocobar. Le meurtre est filmé, et en 2018, après neuf ans d’impunité et des siècles d’histoire coloniale, le procès s’ouvre.

Pédale Rurale

Antoine Vazquez

FR1H242026


Sortie nationale

RÉSERVATION (Cliquez sur la date pour réserver)


Benoît vit en Dordogne, à quelques kilomètres du village où il a grandi. Il a construit son paradis à l’abri des regards, s’est émancipé à sa manière, seul, dans la nature, avec ses couleurs. Il a trouvé ses manières de résister, de s’affranchir des stigmates du passé pour continuer à habiter le territoire de son enfance. Sur le chemin qu’il est parvenu à ouvrir, il reste des ronces qui continuent à le blesser. Alors ensemble on avance, on défriche parce que nos histoires résonnent, parce qu’on s’est trouvé. Et puis, avec les autres queers du coin, on décide d’organiser une Pride, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace qu’on n’a jamais eu, pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

Il se dégage de ce documentaire deux sentiments. La joie — celle qu’on éprouve en étant niché·e dans un refuge — et l’admiration : devant la beauté des confidences, comme devant le parcours de Benoît, qui, d’abord isolé et terrifié par la politisation de son homosexualité, devient peu à peu moteur. Du refuge, on retient celui de la maison de Benoît, ceinturée de verdure, et l’autre — celui qu’il se recrée au sein d’une communauté choisie. Cette communauté regroupe les queers du coin, les pédales rurales et lesbiennes des champs, que l’on suit tout au long du film œuvrer à l’organisation de la première Pride de Dordogne. Avec tout ce que cela implique : convaincre les élu·es, dépasser sa peur — et les peurs — dans des territoires où l’homosexualité reste bien souvent au placard.
Un documentaire très émouvant, mais aussi passionnant par sa forme. Son réalisateur, Antoine Vazquez, personne concernée, se met en scène pour raconter, en toile de fond, l’amitié qui le lie à Benoît, mais aussi pour faire écho à son propre parcours : lui-même a grandi dans le Béarn. Quand faire un film devient aussi une manière de réparer.
-Cécile Becker, membre du Conseil de programmation

Benoît a construit son paradis à l’abris des regards, s’est émancipé à sa manière, résolu à faire face aux contraintes d’un espace qui, dans les imaginaires, entre en confit avec son identité. La campagne. Un jour, lui et d’autres queers du coin décident d’organiser la première Pride du Périgord vert, parce ce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

La Vie après Siham

Namir Abdel Messeeh

FR1H162026


Sortie nationale


Namir et sa mère s’étaient jurés de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais.

La scène n'est pas dans le film, mais Namir Abdel Messeeh la raconte comme point de départ. Il offre un chat à ses enfants. Sa première pensée ? « Un jour, ils pleureront sa perte. » Ce n'est pas un programme mais un pressentiment : celui d'un film qui affronte la disparition — celle de sa mère, la fin de vie de son père — avec douceur et pudeur. La Vie après Siham cherche ainsi à réparer à travers le geste même de filmer. Il y a dans ce travail artisanal, bricoleur, une beauté fragile, faite de trouvailles, de silences, d'humour jusqu'au burlesque. « Quand j'ai choisi ce chat, j'ai aussi choisi d'accueillir la tristesse de la séparation. C'est un paquet. On ne peut pas avoir la joie sans la tristesse. » S'il n'y a pas de chat dans La Vie après Siham, il y a une renaissance, des sourires, de la chaleur humaine, un amour tenace à profusion et beaucoup de cinéma.
- Benoît Sabatier, Idir Serghine et Nicolas Peduzzi, cinéastes de l'ACID

Namir et sa mère s’étaient jurés de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais.