Julien Tavernier et sa maîtresse, Florence Carala, la femme de son patron, ont imaginé un plan diabolique pour supprimer le mari gênant. Une fois le meurtre commis, Julien, revenu sur ses pas pour faire disparaître une pièce à conviction malencontreusement oubliée, se retrouve bloqué dans l’ascenseur par une coupure de courant. Au dehors, un blouson noir, Louis, vole la voiture de Julien et y fait monter sa petite amie Véronique. Florence reconnaît la voiture mais ne distingue pas le conducteur.
En 1957, Louis Malle a 25 ans. Après avoir obtenu la récompense suprême à Cannes pour Le monde du silence, coréalisé avec le commandant Cousteau, il reçoit le prix Louis-Delluc pour ce premier long métrage de fiction qu’il voit comme un « exercice de style ». Sur la base d’un polar classique, le film rend hommage au cinéma américain, et surtout à Hitchcock. Dans la scène de l’ascenseur, l’attention portée aux objets (le briquet, le paquet de cigarettes, le couteau…) évoque Robert Bresson – dont Louis Malle a été l’assistant. En même temps, Ascenseur pour l’échafaud annonce une rupture avec la production de l’époque. Construction abstraite du récit, parti pris de ne jamais montrer les amants ensemble (sauf en photo), arabesques nerveuses improvisées par Miles Davis à la trompette : un style est en train de naître, elliptique, incisif, dépouillé, brûlant de l’intérieur. Louis Malle révèle aussi ses qualités de directeur d’acteurs avec Jeanne Moreau, émouvante, magnétique, déambulant dans une ville scintillante de lumières, et Maurice Ronet, sobre et convaincant.
-ARTE
Les journées insouciantes avant la Première Guerre mondiale laissaient la chance à un auteur autrichien introverti nommé Jules de devenir ami avec un Français exubérant au nom de Jim. Les deux hommes tombent amoureux de la belle et impulsive Catherine, mais c’est Jules qui la marie.
Deux étudiants – Jules l’Autrichien et Jim le Français – se lient d’une amitié profonde. Lorsqu’ils s’éprennent de Catherine, la jeune femme ne peut choisir entre les deux. Après s’être chargé des repérages, Robert Bober assiste François Truffaut (aux côtés de Florence Malraux) dans l’adaptation du roman d’Henri-Pierre Roché, transformé en une éblouissante histoire de passion mortifère. Tour à tour joyeux et tragique, et porté par une Jeanne Moreau aussi moderne que mystérieuse, l’un des triangles amoureux les plus célèbres du cinéma. -La Cinémathèque Française
Jean Fournier, modeste employé de banque, est initié au jeu par son collègue Caron. Favorisé par la chance, il part pour Nice contre l’avis de son père. Il rencontre dans ce sanctuaire sa reine, une certaine Jackie dont il tombe immédiatement amoureux. Jackie n’est pas insensible au charme de Jean mais les ailes de leurs amours vont se brûler à la passion du jeu.
La Baie des Anges est certainement l’œuvre la plus discrète parmi les premiers longs métrages de Jacques Demy. Elle est réalisée entre Lola, qui révéla le cinéaste avec un style nouveau et une musicalité que l’on retrouvera tout au long de ses films, et Les Parapluies de Cherbourg, qui éblouit entre autres par ses couleurs flamboyantes et ses chansons ininterrompues. Ces deux films célèbres ont certainement estompé le souvenir de la beauté et de la simplicité de La Baie des Anges. Sa restauration en 2014 fut l’occasion de redécouvrir les qualités et la singularité d’une œuvre inspirée à la fois par la sobriété des films de Robert Bresson et par la confusion des sentiments, le hasard des rencontres amoureuses des films de Max Ophuls. -La Cinémathèque Française
Dans les années 30, Célestine, une jeune femme de chambre de 32 ans, arrive de Paris pour entrer au service d’une famille de notables résidant au Prieuré, leur vaste domaine provincial. La maîtresse de maison, hautaine et dédaigneuse avec sa domesticité, est une puritaine frigide, maniaque et obsédée par la propreté.
Réalisé en 1964, Le Journal d’une femme de chambre inaugure la dernière période de Luis Buñuel – quasi exclusivement située en France – et marque le début de la collaboration entre le cinéaste et son coscénariste Jean-Claude Carrière. Les deux comparses transposent l’intrigue du roman éponyme d’Octave Mirbeau (1900) trente ans plus tard, à la charnière des années 1920 et 1930. Loin de s’être calmé, le contexte politique est devenu encore plus sombre avec la montée de l’extrême droite en Europe. Autre différence notable entre le livre et son adaptation, le point de vue adopté chez Buñuel n’est pas celui de Célestine. La caméra suit ses mouvements mais le spectateur ne pénètre jamais à l’intérieur de la psyché du personnage, qui reste du début à la fin très mystérieux. -La Cinémathèque Française
Anne Desbaredes, femme d’un industriel d’une petite ville du Bordelais, s’ennuie. Seul son fils l’occupe. Un jour, pendant que l’enfant etudie une sonatine au piano, on entend un cri epouvantable. Une femme vient d’etre assassinee. A cette occasion Anne fait la connaissance d’un jeune ouvrier qu’elle va bientot aimer.
Emblématique metteur en scène de théâtre, Brook adapte le roman de Duras et sublime la poésie de ses dialogues, portés par l’envoûtante Jeanne Moreau, prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes en 1960.
– La Cinémathèque Française
Tyvian Jones est un menteur qui s’est bâti une réputation d’écrivain grâce aux ouvrages de son frère. Arrivant à Venise, il rencontre Eva, dont il tombe follement amoureux. Mais cette dernière a choisi de vivre une vie indépendante, se refusant à aimer et ne voulant pas être aimée. Tyvian se marie avec une autre femme, Francesca, mais aime toujours Eva, ce qui fait de sa vie un enfer.
Dans cette réinterprétation du roman éponyme de James Hadley Chase, Joseph Losey filme Venise sous toutes ses coutures afin d’incarner l’attraction magnétique d’un écrivain paumé pour une prostituée qui le méprise. Véritable personnage à part entière, l’architecture de la ville permet à Eva d’osciller entre démesure baroque et instantanés d’un amour fou à la noirceur vertigineuse. Si Losey joue sans cesse sur les contrastes de son décor, il retravaille également le motif du miroir, devenu essentiel au cœur de cette lutte narcissique. Alors que les apparences priment sur les sentiments, son héroïne, aussi glaciale que manipulatrice, symbolise le jusqu’au-boutisme d’une obsession qui tourne à l’humiliation masochiste. Face à une Jeanne Moreau vénéneuse à souhait, Stanley Baker livre une composition fiévreuse, où la perte de soi-même s’exprime à travers une irrépressible addiction.
-La Cinémathèque Française