Dans une station balnéaire de la côte Atlantique, les citadins en vacances reproduisent leurs habitudes de la ville. Monsieur Hulot, personnage naïf et gaffeur, arrivé dans sa vieille voiture pétaradante, bouleverse, sans s’en apercevoir, la quiétude des clients de l’hôtel, en essayant simplement de profiter au maximum de ses vacances.
« Vous savez, dans les films comiques, en dehors de l’effet purement comique, le gag visuel, le dialogue, la bonne réplique ou l’effet sonore qui est fait pour distraire et amuser les spectateurs, je crois qu’il se cache toujours un petit peu de drame. Chaque construction dramatique d’un film comique est tout de même basée sur un effet dramatique. Monsieur Hulot a envie de passer de bonnes vacances et malgré tout l’homme d’affaires continue à faire ses affaires, l’intellectuel veut toujours réorganiser l’Europe et l’ancien commandant continue à raconter ses faits de guerre. Hulot, lui, est venu là pour passer des vacances. Eh bien ! malgré tout il n’est pas accepté par l’ensemble de la société. Faut bien le dire ! » Jacques Tati
C’est jour de fête à Sainte-Sévère : les forains débarquent avec des roulottes, un manège et même un cinéma ambulant pour montrer aux villageois impressionnés un documentaire sur les méthodes modernes de la Poste en Amérique. Avec son vieux vélo et sa simple détermination, François le facteur va tout faire pour imiter ses homologues américains.
Premier long-métrage de Jacques Tati, Jour de fête est un chef d’œuvre incontournable du septième art qui a su renouveler le genre du burlesque dans le paysage cinématographique français. Ce film au rythme trépidant regorge de gags aussi bien visuels que sonores, tous plus hilarants les uns que les autres, et devant en grande partie leur force au personnage de François le facteur, interprété avec humour et grâce par Tati. Le réalisateur des Vacances de Monsieur Hulot nous fait ici pénétrer dans son univers personnel empreint de poésie et de réalisme, de logique et d’absurde, teinté ça et là d’un soupçon de nostalgie face à un monde rural aujourd’hui disparu. Sainte-Sévère reste ce village joyeux qui bat à son rythme, loin de la fureur de la ville et de l’influence croissante de l’Amérique. Jour de fête est une oeuvre magique et atemporelle à découvrir d’urgence !
Un groupe de touristes américaines débarque à Paris pour visiter la capitale. Pendant ce temps, M. Hulot se rend dans les bureaux d’une grande entreprise pour y passer un entretien, mais finit par se perdre dans l’immensité du bâtiment. Au gré de ses déambulations et de ses rencontres, M. Hulot va se trouver embarqué dans ce Paris ultramoderne où sa route croisera immanquablement celle des Américaines…
Avec ce quatrième long-métrage sorti sur les écrans en 1967, Jacques Tati signe son oeuvre la plus ambitieuse. C’est lors de la tournée de son précédent film, Mon Oncle, que le cinéaste a l’idée de réaliser cette satire joyeuse et incisive dépeignant une société globalisée et superficielle où particularismes culturels et rapports humains se font de plus en plus rares. Pour mener à bien ce projet hors normes, le réalisateur choisit de tourner en 70 mm dans un studio qu’il fait spécialement construire pour ce film, le célèbre « Tativille », repoudisant à merveille l’architecture ultramoderne de la capitale. Mais la réalisation du projet PlayTime s’avère extrêmement longu – sept années de production en tout – et beaucoup plus coûteuse que prévu, contraignant Tati à hyopthéquer sa maison et les droits de l’ensemble de ses oeuvres. Malgré l’échec commercial et critique que le film subit à sa sortie, PlayTime est aujourd’hui considéré comme le grand chef-d’œuvre d’avant-garde du maître du burlesque français, loué tant par l’Américain David Lynch que par le Finlandais Aki Kaurismäki.
Monsieur et Madame Arpel habitent une maison remarquablement moderne dans un quartier aseptisé. Dans cet univers trop bien agencé, jeu, hasard et humour n’ont aucune place et leur fils Gérard s’y ennuie. Mais voilà que fait irruption son oncle, Monsieur Hulot, le frère de Madame, personnage décalé et inadapté. Sa fantaisie est mal vécue par son entourage, d’autant plus qu’il devient un modèle pour Gérard…
Troisième long-métrage de Tati sorti en 1958, Mon Oncle est l’un des chefs-d’oeuvre burlesques du cinéma français. Cinq ans après Les Vacances de Monsieur Hulot, le cinéaste campe à nouveau le personnage du fantasque M. Hulot et, à travers lui, dénonce avec humour et subtilité les mutations de la société française des Trente Glorieuses, ou plutôt l’usage que certains en font. Avec d’un côté le monde moderne incarné par les Arpel, et de l’autre le monde « ancien » représenté par M. Hulot et son voisinage, Mon Oncle témoigne de la modernité grandissante et de l’artificialité des relations qui en découle, à travers une mise en scène d’une précision quasi géométrique et une utilisation habile du son. Plus d’un demi-siècle plus tard, Mon Oncle reste toujours aussi drôle et percutant : sa réédition en version numérique restaurée en 2K sera un spectacle qui ravira petits et grands !
Monsieur Hulot, dessinateur d’un camping-car expérimental, accompagne celui-ci sur les autoroutes de France et de Belgique en direction du salon de l’automobile d’Amsterdam où le modèle doit être exposé. Mais entre les nombreuses pannes, les problèmes mécaniques, la fouille à la douane, l’accident, la route est longue et semée d’embûches, qui mettent en péril la réussite commerciale de l’opération, menaçant Hulot et son camping car de ne pas arriver à temps pour l’ouverture du salon…
Quatre ans après l’entreprise colossale qu’était PlayTime, Jacques Tati endosse une nouvelle et dernière fois le personnage de M. Hulot dans ce long-métrage réalisé en 1971, Trafic. L’acteur-réalisateur prend ici pour thème l’explosion de l’automobile qui a lieu au tournant des années 1970, avec l’essor spectaculaire de ce moyen de transport chez les classes moyennes occidentales. Les autoroutes deviennent, dans l’univers de Jacques Tati, des jungles modernes où les hommes se transforment en véritables bêtes de foire, enfermés dans leur voiture. Le réalisateur de Mon Oncle poursuit une nouvelle fois son expérimentation sur l’image et le son – le film est ici tourné en décors naturels -, en recourant à un genre cinématographique encore peu exploité à l’époque : le road movie. À l’instar d’un Jean-Luc Godard avec Week-end (1967), Tati traque le quotidien sur les routes – déjà bien encombrées – d’Europe de l’Ouest, annonçant la société globalisée de demain.
À travers un spectacle de cirque participatif et délirant, Tati redonne vie à ses célèbres mimes sportifs et assure la transition des numéros de musiciens, jongleurs, magiciens et acrobates, devenant le Monsieur Loyal de Stockholm Circus.
Commandé par la télévision suédoise et majoritairement tourné en vidéo, c’est pourtant bien pour la salle que le film Parade a été conçu. Tati passe ainsi le témoin à de nombreux jeunes artistes, auprès de qui il aimait transmettre son expérience. Plus le spectacle avance et moins sont manifestes les frontières qui séparent l’avant et l’après, les artistes, les techniciens et les spectateurs. Ce dernier film de Jacques Tati résonne comme un hommage vibrant au spectacle vivant évoquant ses débuts au music-hall.