Animēshon + Play it Again !
semaine 4

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20.09 26.09

Deuxième semaine du cycle « Animēshon ».
Du 20 au 26 septembre.

Animeshōn, nouveau cycle consacré à l’animation japonaise continue ! Ce cycle a été co-construit par Jean-François Pey, auteur et enseignant à l’Université de Strasbourg, membre du Conseil de programmation du Cosmos et par Nathalie Bittinger, maître de conférences. Fine connaisseuse de l’animation japonaise, elle est l’autrice du livre Au Pays des Merveilles sorti en 2022 chez Gallimard qui regarde et analyse avec passion de nombreux films d’animation japonaise.

En parallèle du cycle Animēshon, le Festival Play it Again ! continue : des films de patrimoine dans les salles d’aujourd’hui, avec cette année, une édition placée sous le signe des héroïnes. Dans ce cadre, en plus d’autres films passionnants, Le Cosmos accueille un focus sur la comédienne et réalisatrice Delphine Seyrig et également une séance inclusive ouverte à tous·tes autour du film Peau d’Âne.

Côté animations, vendredi 22 septembre, Clément du café Kohi à Mulhouse viendra vous initier au thé japonais dans le Salon du Cosmos et dimanche 24 septembre à 14h, une séance spéciale autour du film Tatouage de Yasuzo Masumura est prévue avec un débat qui suivra la séance et des vrais et faux tatouages !

INFOS :

  • La particularité de ce cycle c’est que de nombreux films sont accessibles aux jeunes publics, plutôt que de faire une section et des séances dédiées, nous avons pour chaque film donné les âges à partir desquels ils sont accessibles.
  • Afin que les enfants puissent voir les films dans des conditions adaptées, les films seront tous montrés (sauf La Belladonne de la Tristesse et Millennium Actress, films disponibles uniquement en VOST) en VF les mercredis après-midi (séances de 13h à 18h) et les samedis et dimanches (séances entre 10h et 16h). Toutes les autres séances seront en VOST.

ACCESSIBILITÉ :

Le film Ponyo sur la Falaise (VF) et les films Peau d’ÂneVivre sa Vie et L’Amour fou sont disponibles en audiodescription. Des boîtiers ainsi que des casques peuvent être récupérés à la billetterie. Appelez nous au 03 88 52 09 35 pour réserver votre boîtier et afin que nous puissions préparer votre venue et vous accueillir dans les meilleures conditions.

> Voir la suite de la programmation : semaine 5, du 27 au 3 octobre

MER. 20.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 14h00 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Aspirational de Matthew FROST (court-métrage) suivi de Sois Belle et tais-toi ! de Delphine SEYRIG (long-métrage documentaire)
    (US – 2017 – VOST – 0h03) + (FR – 1976 – 1h52)
    Long-métrage en version restaurée
  • 14h00 | Petite salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée
  • 15h30 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 16h10 | Grande salle | Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal ACKERMAN
    (BEL + FR – 1975 – 3h14)
    Version restaurée
  • 17h20 | Petite salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 19h00 | Petite salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 19h40 | Grande salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 21h20 | Petite salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 21h50 | Grande salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans

La programmation en détail

ASPIRATIONAL, de Matthew FROST
(US – 2017 – VOST – 0h03)
avec Kirsten Dunst, Lauren Robertson, Maria Blasucci…
Kirsten Dunst est abordée par deux fans, plus intéressées par des selfies, des partages et des likes que par un vrai échange avec la star…

Associer un court-métrage à un long-métrage aussi disert, révoltant et admirable que Sois Belle et tais-toi ! n’est pas chose aisée. Nous avions d’abord pensé au court-métrage récompensé Maria Schneider, 1983, une de ses interviews rejouées par plusieurs femmes. La redondance de la forme interview nous aura dissuadé·es. Quand soudain, Aspirational, tout petit film de Matthew Frost, est réapparu : si le propos du film de Delphine Seyrig est toujours d’une sidérante actualité, transposer ce Sois Belle et tais-toi ! à la culture de l’image contemporaine fait émerger un nouveau discours : et si notre regard de spectateur·rices conditionnait le regard qu’on nous offre au cinéma ? Et si nous nous interrogions avec plus de force encore sur la condition de comédienne ? (C.B.)

SOIS BELLE ET TAIS-TOI !, de Delphine SEYRIG
(FR – 1976 – 1h52)
avec Jane Fonda, Maria Schneider, Shirley MacLaine, Ellen Burstyn…
Delphine Seyrig interroge une vingtaine d’actrices sur leur métier et les stéréotypes qu’on leur a imposés, dont Maria Schneider, Juliet Berto, Jane Fonda et la percutante Ellen Burstyn.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois Belle et tais-toi ! devrait être programmé dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme. Histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne le laisse présager.
Chaque homme de plus de 35 ans qui viendra au Cosmos pour cette séance, se verra offrir un cadeau… (A.B.)

> Regarder la bande-annonce

LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

> Regarder la bande-annonce

UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.) 

> Regarder la bande-annonce

JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, de Chantal AKERMAN
(BEL + FR – 1975 – 3h14)
avec Delphine Seyrig, Jan Decorte…
Ce film-phare de la modernité, montrant l’aliénation d’une ménagère qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, détaille en lancinants plans-séquences un quotidien qui s’apprête à dérailler.

Je me demande comment les spectateur·rices de 1975 ont réagi à ce film ? Au cinéma, à l’époque, on oscille entre femme transie d’amour, femme préparant le dîner en attendant le retour de l’homme repu de sa journée à faire tomber le fric sur le foyer ou à la tromper. Femme maman ou putain la plupart du temps assignée à résidence ou à l’homme. Jeanne est seule. Elle a une adresse. Elle répète les mêmes gestes. L’espace domestique est ritualisé, filmé presque chirurgicalement. À l’intérieur : le tout pour le tout pour s’en sortir. Voilà ce que peut être la vraie vie des femmes. Voilà aussi ce qui peut se passer quand la coupe est pleine et c’est pas joli-joli. J’imagine le choc à la hauteur du mien. Il paraîtrait même que c’est le meilleur film de tous les temps et je n’ai rien pour affirmer le contraire. (C.B.)

> Regarder la bande-annonce

TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

> Regarder la bande-annonce

LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

> Regarder la bande-annonce

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

> Regarder le trailer (en VO)

PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

 

JEU. 21.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 14h00 | Grande salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée
  • 14h15 | Petite salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 15h30 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 16h30 | Petite salle | L’Amour fou de Jacques RIVETTE
    (FR – 1968 – 2h13)
    Version restaurée
  • 17h20 | Grande salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 19h00 | Grande salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 21h00 | Petite salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans
  • 21h20 | Grande salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire Version restaurée

La programmation en détail

LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

> Regarder la bande-annonce

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer. 

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.)

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L’AMOUR FOU, de Jacques RIVETTE
(FR – 1968 – 2h13)
avec Bulle Ogier, Josée Destoop, Jean-Pierre Kalfon, Dennis Berry…
Le film-fleuve mythique de Rivette dissèque la désagrégation d’un couple pendant les répétitions d’Andromaque de Racine, à l’aide d’une caméra pseudo-documentaire et d’un couple inoubliable : Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon.

Serge Daney disait (au sujet de la sortie de La Bande des Quatre en 1989) : « Ce qui est beau dans ce film, dans sa durée, c’est qu’on n’est jamais totalement pris et en même temps on ne peut pas ne pas avoir envie de voir la séquence d’après. » Oui L’Amour fou marche comme ça aussi. Il nous met sur une chaise dans la salle de spectacle où se déroulent les répétitions, nous émeut, nous perd. Mais on attend la suite, porté par la vérité des longues improvisations et l’alternance de scènes qui se jouent entre l’art et la vie, deux natures d’image, des regards, des émotions qui se croisent. Claire (Bulle Ogier) dérive, aime, dérive, … s’enregistre, les mots d’Hermione mêlés à ceux de son désespoir. André S. Labarthe interroge les comédiens, micro tendu, voix basse : « Les gens de théâtre n’accordent que peu d’importance à leur vie? » Sébastien lui aussi aime, doute et cherche un rythme nouveau à la langue de Racine, celui de la parole pour « faire que les gens se parlent ». Plasticité du théâtre, plasticité de l’amour et de la création dans la société de 1968 qui aime, se déchire et invente.
Ce film presque introuvable, a été restauré cette année en version intégrale, c’est un événement, un film rare ! (N.M.)

> Regarder la bande-annonce

TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

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LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

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PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

> Regarder le trailer (en VO)

 

VEN. 22.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 14h00 | Grande salle | Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal ACKERMAN
    (BEL + FR – 1975 – 3h14)
    Version restaurée
  • 14h15 | Petite salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 16h00 | Petite salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 17h35 | Grande salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 18h20 | Petite salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 19h45 | Grande salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans
  • 19h50 | Petite salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée
  • 21h20 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 21h30 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Aspirational de Matthew FROST (court-métrage) suivi de Sois Belle et tais-toi ! de Delphine SEYRIG (long-métrage documentaire)
    (US – 2017 – VOST – 0h03) + (FR – 1976 – 1h52)
    Long-métrage en version restaurée

LES ANIMATIONS :

  • VENDREDI 22 SEPTEMBRE
    Atelier découverte : Initiation thé japonais
    À 14H, 15H30 et 17H
    ____________________________________________
    Intervenant : Clément du coffee shop Kōhī
    5 € par personne
    15 personnes maximum par créneau
    Durée : 45 minutes
    Réservation par téléphone ou en billetterie

    ____________________________________________
    Kōhī, est LE « coffee shop de l’amour » installé à Mulhouse. Du café de spécialité à gogo, oui, mais aussi un sérieux amour pour le thé (notamment japonais), que Clément et Franck choisissent et importent avec soin. Dans le cadre du cycle animēshon, ils nous feront découvrir 5 thés japonais et nous apprendront tout l’art de la préparation et de la dégustation du thé japonais. Leur sélection sera pour l’occasion à la carte du Bardu et accompagnée de pâtisseries japonaises, notamment préparées par Maéva, la cheffe du Bardu…

La programmation en détail

JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, de Chantal AKERMAN
(BEL + FR – 1975 – 3h14)
avec Delphine Seyrig, Jan Decorte…
Ce film-phare de la modernité, montrant l’aliénation d’une ménagère qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, détaille en lancinants plans-séquences un quotidien qui s’apprête à dérailler.

Je me demande comment les spectateur·rices de 1975 ont réagi à ce film ? Au cinéma, à l’époque, on oscille entre femme transie d’amour, femme préparant le dîner en attendant le retour de l’homme repu de sa journée à faire tomber le fric sur le foyer ou à la tromper. Femme maman ou putain la plupart du temps assignée à résidence ou à l’homme. Jeanne est seule. Elle a une adresse. Elle répète les mêmes gestes. L’espace domestique est ritualisé, filmé presque chirurgicalement. À l’intérieur : le tout pour le tout pour s’en sortir. Voilà ce que peut être la vraie vie des femmes. Voilà aussi ce qui peut se passer quand la coupe est pleine et c’est pas joli-joli. J’imagine le choc à la hauteur du mien. Il paraîtrait même que c’est le meilleur film de tous les temps et je n’ai rien pour affirmer le contraire. (C.B.)

> Regarder la bande-annonce

TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

> Regarder la bande-annonce

LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

> Regarder la bande-annonce

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

> Regarder le trailer (en VO)

PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

> Regarder la bande-annonce

UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.)

> Regarder la bande-annonce

ASPIRATIONAL, de Matthew FROST
(US – 2017 – VOST – 0h03)
avec Kirsten Dunst, Lauren Robertson, Maria Blasucci…
Kirsten Dunst est abordée par deux fans, plus intéressées par des selfies, des partages et des likes que par un vrai échange avec la star…

Associer un court-métrage à un long-métrage aussi disert, révoltant et admirable que Sois Belle et tais-toi ! n’est pas chose aisée. Nous avions d’abord pensé au court-métrage récompensé Maria Schneider, 1983, une de ses interviews rejouées par plusieurs femmes. La redondance de la forme interview nous aura dissuadé·es. Quand soudain, Aspirational, tout petit film de Matthew Frost, est réapparu : si le propos du film de Delphine Seyrig est toujours d’une sidérante actualité, transposer ce Sois Belle et tais-toi ! à la culture de l’image contemporaine fait émerger un nouveau discours : et si notre regard de spectateur·rices conditionnait le regard qu’on nous offre au cinéma ? Et si nous nous interrogions avec plus de force encore sur la condition de comédienne ? (C.B.)

SOIS BELLE ET TAIS-TOI !, de Delphine SEYRIG
(FR – 1976 – 1h52)
avec Jane Fonda, Maria Schneider, Shirley MacLaine, Ellen Burstyn…
Delphine Seyrig interroge une vingtaine d’actrices sur leur métier et les stéréotypes qu’on leur a imposés, dont Maria Schneider, Juliet Berto, Jane Fonda et la percutante Ellen Burstyn.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois Belle et tais-toi ! devrait être programmé dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme. Histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne le laisse présager.
Chaque homme de plus de 35 ans qui viendra au Cosmos pour cette séance, se verra offrir un cadeau… (A.B.)

> Regarder la bande-annonce

 

SAM. 23.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 10h00 | Grande salle | La Boîte à Malice de Koji YAMAMURA
    Programme de 5 courts-métrages – 38 min.
    Animation
    Dès 2 ans
  • 10h10 | Petite salle | Ponyo sur la Falaise de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2009 – VF – 1h42)
    Animation
    Dès 5 ans
  • 10h50 | Grande salle | Le Serpent blanc de Taiji YABUSHITA
    (JAP – 1958 – VF – 1h20)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 13h45 | Petite salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 14h00 | Grande salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 15h30 | Grande salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée
  • 16h00 | Petite salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans
  • 17h00 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 17h40 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Aspirational de Matthew FROST (court-métrage) suivi de Sois Belle et tais-toi ! de Delphine SEYRIG (long-métrage documentaire)
    (US – 2017 – VOST – 0h03) + (FR – 1976 – 1h52)
    Long-métrage en version restaurée
  • 18h50 | Grande salle | L’Amour fou de Jacques RIVETTE
    (FR – 1968 – 2h13)
    Version restaurée
  • 19h50 | Petite salle | Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal ACKERMAN
    (BEL + FR – 1975 – 3h14)
    Version restaurée

La programmation en détail

PROGRAMME DE COURTS-MÉTRAGES
LA BOÎTE À MALICE – 38 MIN., de Koji YAMAMURA
Les plus petit·es aussi ont droit à leur séance d’animation japonaise ! Dans cette série, réunie par Les Films du Préau, 5 courts-métrages poétiques et avant-gardistes sont présentés pour une durée totale de 38 minutes. Le format idéal pour les 2 ans et plus et pour les premières sorties au cinéma ! Koji Yamamura met en scène le quotidien avec beauté pour le plus grand bonheur des tout petit·es et des plus grand·es.

– Une maison
JAP – 1993 – Sans dialogue – 4 mn
En survolant un paysage enneigé, Karo l’oiseau bleu et Piyobuputo l’oiseau rose, découvrent un vieil arbre. Ils vont construire leur maison sur l’une de ses branches.

– Les sandwiches
JAP – 1993 – Sans dialogue – 4 mn 20
Confortablement installés dans leur nouvelle maison, Karo et Piyobuputo préparent des sandwiches pour un pique nique. Une préparation très festive…

– Imagination
JAP – 1993 – Sans dialogue – 4 mn 20
Il pleut averse. Karo rentre vite à la maison et raconte à Piyobuputo qu’il a croisé un poisson volant… Ce dernier éclate de rire et entraîne à son tour son ami dans un monde imaginaire.

– Kipling Junior
JAP – 1995 – VO – 15 mn
Kipling Junior vit avec ses parents dans une petite maison à la campagne. Il a pour amis une bande d’insectes musiciens et décide de les accompagner en ville pour un concert. Est-ce vraiment une bonne idée ?

– Quel est ton choix ?
JAP – 1999 – VO – 10 mn
Raoul l’alligator a mal aux dents, mais il a également besoin d’une coupe de cheveux. Il hésite : ira-t-il chez le coiffeur ou chez le dentiste ?

PONYO SUR LA FALAISE, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2009 – VF – 1h42)
– Alors qu’il joue sur la plage, le petit Sosuke découvre une petite fille poisson rouge nommée Ponyo, piégée dans un pot de confiture. Sosuke la sauve et décide de la garder avec lui. Le petit garçon lui promet de la protéger et de s’occuper d’elle, mais le père de Ponyo, Fujimoto la force à revenir avec lui dans les profondeurs. 

On porte un regard naïf sur un sujet complexe : celui, cher à Miyazaki, d’une confrontation entre le monde des Hommes et le monde naturel. Le réalisateur, habitué des fables écologiques, propose ici une lecture plus simplifiée qu’à son habitude : il souhaite s’adresser à des enfants et proposer une histoire dans laquelle les petit·es tiennent les premiers rôles. Simplifiée mais pas simpliste ! On est loin du monde manichéen occupé par des gentil·les et des méchant·es.
Ponyo, c’est une créature mi-enfant mi-poisson au caractère bien trempé, dotée d’un coeur pur et ayant parfois des agissements aux conséquences bien lourdes… Sosuke, c’est cet enfant solitaire mais pas farouche qui aime d’un amour tendre celles et ceux qui l’entourent. Il fait partie du monde humain qui a plutôt tendance à occuper et abimer les profondeurs aquatiques.
De leur rencontre s’en suit un voyage initiatique qui permettra à nos personnages de grandir sans jamais perdre la bonté qui les caractérise. Simple, touchante et naïve jusque dans ses traits de crayons, cette histoire vous entraînera au plus profond de l’océan dans un conte qui parvient à saisir l’absolue beauté de l’enfance. (M.F.)

> Regarder la bande-annonce

LE SERPENT BLANC, de Taiji YABUSHITA
(JAP – 1958 – VF – 1h20)
Dans la Chine ancienne, un enfant achète au marché un petit serpent blanc. Mais ses parents n’en veulent pas. Il doit donc se résigner, la mort dans l’âme, à le relâcher. Quelques années plus tard, l’enfant est devenu un jeune homme, tandis que le reptile refait son apparition sous la forme d’une princesse…

Une pierre fondatrice… Le Serpent blanc est le tout premier long-métrage d’animation de la Tôei Dôga, fondée en 1956, qui aspire à devenir le « Disney de l’Orient ». Avant de s’attaquer aux classiques de la littérature jeunesse occidentale, le studio s’inspire de légendes chinoises : du Serpent blanc (1958) à la série Dragon Ball (1986-1989). Maintes fois porté à l’écran, le conte oppose une femme-serpent, amoureuse d’un simple mortel, à un moine qui pourfend les esprits. Objet de plusieurs adaptations en Chine, il met en scène une figure féminine plus ou moins ambivalente, amoureuse transie ou amante maléfique. Fourmillant de merveilles, la version animée de la Tôei met l’accent sur l’amour indéfectible du couple, par-delà ses différences. (N.B.)

> Regarder la bande-annonce

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

> Regarder le trailer (en VO)

LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.) 

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PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

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UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.) 

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ASPIRATIONAL, de Matthew FROST
(US – 2017 – VOST – 0h03)
avec Kirsten Dunst, Lauren Robertson, Maria Blasucci…
Kirsten Dunst est abordée par deux fans, plus intéressées par des selfies, des partages et des likes que par un vrai échange avec la star…

Associer un court-métrage à un long-métrage aussi disert, révoltant et admirable que Sois Belle et tais-toi ! n’est pas chose aisée. Nous avions d’abord pensé au court-métrage récompensé Maria Schneider, 1983, une de ses interviews rejouées par plusieurs femmes. La redondance de la forme interview nous aura dissuadé·es. Quand soudain, Aspirational, tout petit film de Matthew Frost, est réapparu : si le propos du film de Delphine Seyrig est toujours d’une sidérante actualité, transposer ce Sois Belle et tais-toi ! à la culture de l’image contemporaine fait émerger un nouveau discours : et si notre regard de spectateur·rices conditionnait le regard qu’on nous offre au cinéma ? Et si nous nous interrogions avec plus de force encore sur la condition de comédienne ? (C.B.)

SOIS BELLE ET TAIS-TOI !, de Delphine SEYRIG
(FR – 1976 – 1h52)
avec Jane Fonda, Maria Schneider, Shirley MacLaine, Ellen Burstyn…
Delphine Seyrig interroge une vingtaine d’actrices sur leur métier et les stéréotypes qu’on leur a imposés, dont Maria Schneider, Juliet Berto, Jane Fonda et la percutante Ellen Burstyn.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois Belle et tais-toi ! devrait être programmé dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme. Histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne le laisse présager.
Chaque homme de plus de 35 ans qui viendra au Cosmos pour cette séance, se verra offrir un cadeau… (A.B.)

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L’AMOUR FOU, de Jacques RIVETTE
(FR – 1968 – 2h13)
avec Bulle Ogier, Josée Destoop, Jean-Pierre Kalfon, Dennis Berry…
Le film-fleuve mythique de Rivette dissèque la désagrégation d’un couple pendant les répétitions d’Andromaque de Racine, à l’aide d’une caméra pseudo-documentaire et d’un couple inoubliable : Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon.

Serge Daney disait (au sujet de la sortie de La Bande des Quatre en 1989) : « Ce qui est beau dans ce film, dans sa durée, c’est qu’on n’est jamais totalement pris et en même temps on ne peut pas ne pas avoir envie de voir la séquence d’après. » Oui L’Amour fou marche comme ça aussi. Il nous met sur une chaise dans la salle de spectacle où se déroulent les répétitions, nous émeut, nous perd. Mais on attend la suite, porté par la vérité des longues improvisations et l’alternance de scènes qui se jouent entre l’art et la vie, deux natures d’image, des regards, des émotions qui se croisent. Claire (Bulle Ogier) dérive, aime, dérive, … s’enregistre, les mots d’Hermione mêlés à ceux de son désespoir. André S. Labarthe interroge les comédiens, micro tendu, voix basse : « Les gens de théâtre n’accordent que peu d’importance à leur vie? » Sébastien lui aussi aime, doute et cherche un rythme nouveau à la langue de Racine, celui de la parole pour « faire que les gens se parlent ». Plasticité du théâtre, plasticité de l’amour et de la création dans la société de 1968 qui aime, se déchire et invente.
Ce film presque introuvable, a été restauré cette année en version intégrale, c’est un événement, un film rare ! (N.M.)

> Regarder la bande-annonce

JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, de Chantal AKERMAN
(BEL + FR – 1975 – 3h14)
avec Delphine Seyrig, Jan Decorte…
Ce film-phare de la modernité, montrant l’aliénation d’une ménagère qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, détaille en lancinants plans-séquences un quotidien qui s’apprête à dérailler.

Je me demande comment les spectateur·rices de 1975 ont réagi à ce film ? Au cinéma, à l’époque, on oscille entre femme transie d’amour, femme préparant le dîner en attendant le retour de l’homme repu de sa journée à faire tomber le fric sur le foyer ou à la tromper. Femme maman ou putain la plupart du temps assignée à résidence ou à l’homme. Jeanne est seule. Elle a une adresse. Elle répète les mêmes gestes. L’espace domestique est ritualisé, filmé presque chirurgicalement. À l’intérieur : le tout pour le tout pour s’en sortir. Voilà ce que peut être la vraie vie des femmes. Voilà aussi ce qui peut se passer quand la coupe est pleine et c’est pas joli-joli. J’imagine le choc à la hauteur du mien. Il paraîtrait même que c’est le meilleur film de tous les temps et je n’ai rien pour affirmer le contraire. (C.B.)

> Regarder la bande-annonce

 

DIM. 24.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 10h00 | Grande salle | Le Mystère des Pingouins d’Ishida HIROYASU
    (JAP – 2019 – VF – 1h48)
    Animation
    Dès 6 ans
  • 10h15 | Petite salle | La Chance sourit à Madame Nikuko d’Ayumu WATANABE
    (JAP – 2021 – VF – 1h36)
    Animation
    Dès 12 ans
  • 13h30 | Petite salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 14h00 | Grande salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 15h00 | Petite salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée
  • 16h30 | Grande salle | L’Amour fou de Jacques RIVETTE
    (FR – 1968 – 2h13)
    Version restaurée
  • 16h30 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 18h20 | Petite salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 20h30 | Petite salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST + VF – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 21h00 | Grande salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans

LA SÉANCE SPÉCIALE

  • DIMANCHE 24 SEPTEMBRE
    Projection + débat autour de Tatouage de Yasuzo Masumura à 14H
    La projection sera suivie par un débat avec les tatoueur·euses Andrée la Raclée, Kim Tran, Cpen et Acide Amer
    + Vrais et faux tatouages dans le Salon à partir de 16H30

    ____________________________________________
    Vrais tatouages par Andrée La Raclée, Kim Tran, Cpen et Acide Amer (ce dernier pratique le handpoke).

    Premier·ères arrivé·es, premier·ère servi·es, pas de réservation ! 50 > 120 € pour les flashs
    Prévoir des espèces pour le règlement
    Faux tatouages par ses illustrateur·rices de Central Vapeur
    Tarifs habituels pour la séance de cinéma.

    ____________________________________________
    Tatouage de Yasuzo Masumura tourne autour de ce mystérieux tatouage : une araignée à tête humaine censée délivrer un pouvoir… L’occasion d’échanger autour de la culture du tatouage, particulièrement japonaise (mais pas que), avec quatre tatoueur·euses strasbourgeois·es : Andrée la Raclée, Kim Tran, Cpen et Acide Amer. À la suite du film, les quatre tatoueur·euses tatoueront des flash prévus pour l’occasion (révélés une quinzaine de jour avant l’événement sur nos réseaux sociaux et au cinéma). Des faux tatouages seront également proposé·es pour les petit·es et grand·es par des illustrateur·rices membres de l’association Central Vapeur !

La programmation en détail

LE MYSTÈRE DES PINGOUINS, d’Ishida HIROYASU
(JAP – 2019 – VF – 1h48)
Quand des pingouins apparaissent partout dans sa petite ville, semant au passage une joyeuse pagaille, le jeune Aoyama se dit qu’il y a là une enquête à mener.

Quand des pingouins jaillissent de bouteilles de Coca-Cola, envahissent la ville, puis sont aimantés vers une mystérieuse sphère aqueuse apparue dans un champ, Aoyama est bien décidé à percer ces phénomènes surnaturels grâce aux méthodes scientifiques. Débute pour le jeune garçon et ses amis une véritable odyssée, support d’une fable écologique mais surtout d’un délire surréaliste au sein de mondes abracadabrants. (N.B.)

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LA CHANCE SOURIT À MADAME NIKUKO, d’Ayumu WATANABE
(JAP – 2021 – VF – 1h36)
Nikuko est une mère célibataire bien en chair et fière de l’être, tout en désir et joie de vivre – un véritable outrage à la culture patriarcale japonaise ! Après avoir ballotté sa fille Kikurin la moitié de sa vie, elle s’installe dans un petit village de pêcheurs et trouve un travail. Mais un secret du passé ressurgit…

Après Les Enfants de la Mer, Ayumu Watanabe se penche sur une relation mère-fille et dessine une famille minimale où la gêne le dispute à la tendresse. Kikurin aime-t-elle sa mère ou en a-t-elle honte ? Mme Nikuko est-elle pudique, apprêtée, discrète (toutes qualités attendues chez la femme nippone) ? Non ! Mme Nikuko parle, rit, ronfle haut et fort, boit sec et ne s’embarrasse d’aucune convenance. La beauté du film repose pour partie dans la manière dont Watanabe transpose sur le plan graphique le conflit moral de la jeune fille. Le corps brut, libre, expressionniste de Nikuko se heurte en permanence à un univers normé (trop beau pour être honnête ?). (J.-F.P.)

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HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent. 

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

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TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

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LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

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L’AMOUR FOU, de Jacques RIVETTE
(FR – 1968 – 2h13)
avec Bulle Ogier, Josée Destoop, Jean-Pierre Kalfon, Dennis Berry…
Le film-fleuve mythique de Rivette dissèque la désagrégation d’un couple pendant les répétitions d’Andromaque de Racine, à l’aide d’une caméra pseudo-documentaire et d’un couple inoubliable : Bulle Ogier et Jean-Pierre Kalfon.

Serge Daney disait (au sujet de la sortie de La Bande des Quatre en 1989) : « Ce qui est beau dans ce film, dans sa durée, c’est qu’on n’est jamais totalement pris et en même temps on ne peut pas ne pas avoir envie de voir la séquence d’après. » Oui L’Amour fou marche comme ça aussi. Il nous met sur une chaise dans la salle de spectacle où se déroulent les répétitions, nous émeut, nous perd. Mais on attend la suite, porté par la vérité des longues improvisations et l’alternance de scènes qui se jouent entre l’art et la vie, deux natures d’image, des regards, des émotions qui se croisent. Claire (Bulle Ogier) dérive, aime, dérive, … s’enregistre, les mots d’Hermione mêlés à ceux de son désespoir. André S. Labarthe interroge les comédiens, micro tendu, voix basse : « Les gens de théâtre n’accordent que peu d’importance à leur vie? » Sébastien lui aussi aime, doute et cherche un rythme nouveau à la langue de Racine, celui de la parole pour « faire que les gens se parlent ». Plasticité du théâtre, plasticité de l’amour et de la création dans la société de 1968 qui aime, se déchire et invente.
Ce film presque introuvable, a été restauré cette année en version intégrale, c’est un événement, un film rare ! (N.M.)

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UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.)

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INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

> Regarder la bande-annonce

LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

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PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

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LUN. 25.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 14h00 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 14h00 | Petite salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 15h50 | Grande salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 16h10 | Petite salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans
  • 17h30 | Grande salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 17h50 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Aspirational de Matthew FROST (court-métrage) suivi de Sois Belle et tais-toi ! de Delphine SEYRIG (long-métrage documentaire)
    (US – 2017 – VOST – 0h03) + (FR – 1976 – 1h52)
    Long-métrage en version restaurée
  • 19h50 | Grande salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 20h00 | Petite salle | Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal ACKERMAN
    (BEL + FR – 1975 – 3h14)
    Version restaurée
  • 21h20 | Grande salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée

La programmation en détail

UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement.

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.)

> Regarder la bande-annonce

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio. 

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

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TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

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PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

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LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

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ASPIRATIONAL, de Matthew FROST
(US – 2017 – VOST – 0h03)
avec Kirsten Dunst, Lauren Robertson, Maria Blasucci…
Kirsten Dunst est abordée par deux fans, plus intéressées par des selfies, des partages et des likes que par un vrai échange avec la star…

Associer un court-métrage à un long-métrage aussi disert, révoltant et admirable que Sois Belle et tais-toi ! n’est pas chose aisée. Nous avions d’abord pensé au court-métrage récompensé Maria Schneider, 1983, une de ses interviews rejouées par plusieurs femmes. La redondance de la forme interview nous aura dissuadé·es. Quand soudain, Aspirational, tout petit film de Matthew Frost, est réapparu : si le propos du film de Delphine Seyrig est toujours d’une sidérante actualité, transposer ce Sois Belle et tais-toi ! à la culture de l’image contemporaine fait émerger un nouveau discours : et si notre regard de spectateur·rices conditionnait le regard qu’on nous offre au cinéma ? Et si nous nous interrogions avec plus de force encore sur la condition de comédienne ? (C.B.)

SOIS BELLE ET TAIS-TOI !, de Delphine SEYRIG
(FR – 1976 – 1h52)
avec Jane Fonda, Maria Schneider, Shirley MacLaine, Ellen Burstyn…
Delphine Seyrig interroge une vingtaine d’actrices sur leur métier et les stéréotypes qu’on leur a imposés, dont Maria Schneider, Juliet Berto, Jane Fonda et la percutante Ellen Burstyn.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois Belle et tais-toi ! devrait être programmé dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme. Histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne le laisse présager.
Chaque homme de plus de 35 ans qui viendra au Cosmos pour cette séance, se verra offrir un cadeau… (A.B.)

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HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

> Regarder le trailer (en VO)

JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, de Chantal AKERMAN
(BEL + FR – 1975 – 3h14)
avec Delphine Seyrig, Jan Decorte…
Ce film-phare de la modernité, montrant l’aliénation d’une ménagère qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, détaille en lancinants plans-séquences un quotidien qui s’apprête à dérailler.

Je me demande comment les spectateur·rices de 1975 ont réagi à ce film ? Au cinéma, à l’époque, on oscille entre femme transie d’amour, femme préparant le dîner en attendant le retour de l’homme repu de sa journée à faire tomber le fric sur le foyer ou à la tromper. Femme maman ou putain la plupart du temps assignée à résidence ou à l’homme. Jeanne est seule. Elle a une adresse. Elle répète les mêmes gestes. L’espace domestique est ritualisé, filmé presque chirurgicalement. À l’intérieur : le tout pour le tout pour s’en sortir. Voilà ce que peut être la vraie vie des femmes. Voilà aussi ce qui peut se passer quand la coupe est pleine et c’est pas joli-joli. J’imagine le choc à la hauteur du mien. Il paraîtrait même que c’est le meilleur film de tous les temps et je n’ai rien pour affirmer le contraire. (C.B.)

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LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

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MAR. 26.09

(Presque) Tous les films du cycle Animēshon sont accessibles aux jeunes publics selon leurs âges. Les âges à partir desquels les films sont visibles sont en verts.

  • 14h00 | Grande salle | India Song de Marguerite DURAS
    (FR – 1975 – 2h00)
    Version restaurée
  • 14h00 | Petite salle | DOUBLE-PROGRAMME Une Histoire d’Eau de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT (court-métrage) suivi de Vivre sa Vie de Jean-Luc GODARD (long-métrage)
    (FR – 1958 – 0h12) + (FR – 1962 – 1h23)
    Long-métrage en version restaurée
  • 15h50 | Petite salle | Tatouage de Yasuzo MASUMARA
    (JAP – 1966 – VOST – 1h26)
    Version restaurée
    Int. aux – de 12 ans
  • 16h10 | Grande salle | Peau d’Âne de Jacques DEMY
    (FR – 1970 – 1h29)
    Version restaurée
    À partir de 6 ans
  • 17h30 | Petite salle | Le Voyage de Chihiro de Hayao MIYAZAKI
    (JAP – 2002 – VOST – 2h06)
    Animation
    Dès 8 ans
  • 17h50 | Grande salle | DOUBLE-PROGRAMME Aspirational de Matthew FROST (court-métrage) suivi de Sois Belle et tais-toi ! de Delphine SEYRIG (long-métrage documentaire)
    (US – 2017 – VOST – 0h03) + (FR – 1976 – 1h52)
    Long-métrage en version restaurée
  • 19h50 | Petite salle | High School de Frederick WISEMAN
    (US – 1968 – VOST – 1h15)
    Documentaire
    Version restaurée
  • 20h00 | Grande salle | Jeanne Dielman, 23, quai du Commerce, 1080 Bruxelles de Chantal ACKERMAN
    (BEL + FR – 1975 – 3h14)
    Version restaurée
  • 21h20 | Petite salle | Les Petites Marguerites de Věra CHYTILOVÁ
    (CZ – 1966 – VOST – 1h17)
    Version restaurée

La programmation en détail

INDIA SONG, de Marguerite DURAS
(FR – 1975 – 2h00)
avec Delphine Seyrig, Claude Mann, Michael Lonsdale, Mathieu Carrière…
Dans son plus beau film, avec des moyens dérisoires, Duras évoque une histoire d’amour impossible dans l’Inde des années 1930, dissociant image et voix off sur la musique de Carlos d’Alessio.

Imaginé suite à la création d’une pièce radiophonique, India Song est un cri d’amour désespéré, un film sensoriel, musical, et ne respectant aucune trame narrative classique. Conçu en seulement 73 plans et en ayant uniquement recours à la voix off (parce que Duras n’y connaissait rien en mixage), India Song retranscrit la moiteur de Calcutta à Boulogne-Billancourt, tout racontant le trou noir qu’est le désir. Mais India Song est aussi une chanson, une mélodie de Carlos D’Alessio immortalisée par Jeanne Moreau et qui est, pour paraphraser Michael Lonsdale, vice-consul de Lahore, « un air qui donne envie d’aimer, alors que l’on a jamais aimé. » (G.G.)

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UNE HISTOIRE D’EAU, de Jean-Luc GODARD et François TRUFFAUT
(FR – 1958 – 0h12)
avec Jean-Claude Brialy, Caroline Dim, Jean-Luc Godard…
Un couple veut rejoindre Paris. Il y a des inondations. Ils rencontrent quantité de difficultés qui sont prétextes à divertissement. 

Ce film, tourné par Truffaut et monté par Godard est un petit bijou : un maître-étalon de la Nouvelle Vague qui présage À Bout de Souffle. L’histoire est bête comme chou : une étudiante, coincée par les inondations, tente de rejoindre Paris, elle est prise en stop par un jeune homme qui la séduit. Le génie se situe ailleurs : dans le montage frénétique, les faux-raccords, le son qui cavale, les images d’un road trip charmeur entrecoupé par celles de d’eau et ce texte, logorrhéique et sublimement écrit, dit à la fois par Caroline Dim et Jean-Luc Godard. (C.B.)

VIVRE SA VIE, de Jean-Luc GODARD
(FR – 1962 – 1h23)
avec Anna Karina, Sady Rebbot, André S. Labarthe, Guylaine Schlumberger, Brice Parain…
Godard filme un poème d’amour à Anna Karina en même temps qu’un constat social sur la déchéance d’une jeune femme, avec références à la Loulou de Pabst et à la Jeanne d’Arc de Dreyer.

Désormais Godard comme Karina sont deux figures tutélaires qui nous manquent et à qui l’on s’adresse en regardant des images depuis l’outre-monde des vivants. On a trop peu démontré que les œuvres godardiennes étaient celles de couple au travail (bien après Anna il y aura Miéville, et avant Miéville il y aura eu Gorin). Au fond, Vivre sa Vie est un essai d’impression du sublime sur pellicule : du fameux champ-contrechamp avec Renée Falconetti au Portrait ovale d’Edgar Poe, « après tout, tout est beau. » (R.S.)

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TATOUAGE, de Yasuzo MASUMARA
(JAP – 1966 – VOST – 1h26)
avec Ayako Wakao, Akio Hasegawa, Gaku Yamamoto, Kei Satō…
La sublime Ayako Wakao incarne une jeune noble déclassée devenant « femme-araignée » criminelle, dans ce film érotique gore façon années 1960, mis en scène comme un opéra flamboyant.

Otsuya et son amant fuient la maison familiale et se retrouvent chez un escroc qui vend Otsuya à un tenancier d’une maison de geishas. L’homme lui tatoue une araignée à tête humaine. Censée l’annihiler, cette araignée va au contraire donner toute la force à Otsuya de briser tout système oppressif la bridant, l’entourant, la surplombant même. Scènes de nuit magnifiques et extermination d’hommes au menu ! Masumura considérait les hommes comme « inefficaces » et « stupides » et les femmes comme puissantes. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour nous… (C.B.)

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PEAU D’ÂNE, de Jacques DEMY
(FR – 1970 – 1h29)
avec Catherine Deneuve, Delphine Seyrig, Jacques Perrin, Jean Marais…
Delphine Seyrig est l’exquise fée des Lilas volant au secours de la princesse sa filleule : le rayonnement de Deneuve, la musique de Legrand et la mise en scène de Demy font de ce conte cruel un enchantement.

La situation mérite attention. Plus de 50 ans après sa sortie, Peau d’Âne reste un chef-d’œuvre absolu, drôle et méchant, subversif, kitsch et nageant en pleine vague flower power. Un cake d’amour, une robe couleur du temps, un perroquet et un hélicoptère dans la forêt de Chambord, une rose qui parle et une sorcière qui crache des crapauds… Franchement, que demande le peuple ! Le film se termine d’ailleurs par les vers du conte original de Charles Perrault : « Le conte de Peau d’Âne est difficile à croire, mais tant que dans le monde on aura des enfants, des mères et des mères grands, on en gardera la mémoire. » (G.G.)

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LE VOYAGE DE CHIHIRO, de Hayao MIYAZAKI
(JAP – 2002 – VOST – 2h06)
Chihiro, une fillette de 10 ans, est en route vers sa nouvelle demeure en compagnie de ses parents. Au cours du voyage, la famille fait une halte dans un parc à thème qui leur paraît délabré. Lors de la visite, les parents s’arrêtent dans un des bâtiments pour déguster quelques mets très appétissants, apparus comme par enchantement…

Le film de la reconnaissance internationale (acclamé par la critique, Oscar du meilleur film d’animation, Ours d’or, des recettes à faire pâlir bien des blockbusters d’aujourd’hui). Chihiro brille par sa capacité à inventer un monde magique, fou et poétique, peuplé d’esprits du Japon (fleuves, sources, montagnes) venus se purifier des souillures qui leur sont infligées par les humains. L’aventure est spirituelle, chargée d’une vision shintoïste du monde. On en sort comme on finit un rêve étrange et pénétrant. Un chef-d’œuvre (de plus) ! (J.-F.P.)

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ASPIRATIONAL, de Matthew FROST
(US – 2017 – VOST – 0h03)
avec Kirsten Dunst, Lauren Robertson, Maria Blasucci…
Kirsten Dunst est abordée par deux fans, plus intéressées par des selfies, des partages et des likes que par un vrai échange avec la star…

Associer un court-métrage à un long-métrage aussi disert, révoltant et admirable que Sois Belle et tais-toi ! n’est pas chose aisée. Nous avions d’abord pensé au court-métrage récompensé Maria Schneider, 1983, une de ses interviews rejouées par plusieurs femmes. La redondance de la forme interview nous aura dissuadé·es. Quand soudain, Aspirational, tout petit film de Matthew Frost, est réapparu : si le propos du film de Delphine Seyrig est toujours d’une sidérante actualité, transposer ce Sois Belle et tais-toi ! à la culture de l’image contemporaine fait émerger un nouveau discours : et si notre regard de spectateur·rices conditionnait le regard qu’on nous offre au cinéma ? Et si nous nous interrogions avec plus de force encore sur la condition de comédienne ? (C.B.)

SOIS BELLE ET TAIS-TOI !, de Delphine SEYRIG
(FR – 1976 – 1h52)
avec Jane Fonda, Maria Schneider, Shirley MacLaine, Ellen Burstyn…
Delphine Seyrig interroge une vingtaine d’actrices sur leur métier et les stéréotypes qu’on leur a imposés, dont Maria Schneider, Juliet Berto, Jane Fonda et la percutante Ellen Burstyn.

Déjà sorti en salles en 2023, déjà passé sur Arte, déjà vu peut-être, et vous pensez que ça suffit ? Sérieusement ? Sois Belle et tais-toi ! devrait être programmé dès le collège et être revu régulièrement, comme les leçons de secourisme. Histoire que ça ne s’évapore pas complètement à l’approche du premier blockbuster qui passe. Ce film est rare et surprenant. Plus que l’on imagine. Plus que la bande-annonce ne le laisse présager.
Chaque homme de plus de 35 ans qui viendra au Cosmos pour cette séance, se verra offrir un cadeau… (A.B.)

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HIGH SCHOOL, de Frederick WISEMAN
(US – 1968 – VOST – 1h15)
1968. Dans un grand lycée public de Philadelphie, les cours de langue, de cuisine, de mathématiques et de sport rythment le quotidien des élèves. Au fil de rencontres entre enseignants, étudiants, parents et responsables administratifs, l’idéologie et les valeurs sociales de l’École se révèlent.

Dans High School, on explore, on s’étonne, on sourit et on grince des dents ! La caméra, souvent en gros plans, observe impitoyablement les corps en rythme ou les expressions des élèves, hésitant·es ou bien décidé·es, face à celles des parents ou de l’autorité scolaire. En cours, des mots émergent : « Obéir, être un homme, mort de [Martin Luther] ‘King’, inégalités, système matriarcal, femelle passive, blessé, mines… » Les séquences s’enchaînent et constituent lentement la carte mentale qui s’exerce sur ces jeunes esprits aux prises avec une guerre et pris dans une grande vague de mouvements contestataires. (N.M.)

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JEANNE DIELMAN, 23, QUAI DU COMMERCE, 1080 BRUXELLES, de Chantal AKERMAN
(BEL + FR – 1975 – 3h14)
avec Delphine Seyrig, Jan Decorte…
Ce film-phare de la modernité, montrant l’aliénation d’une ménagère qui se prostitue pour subvenir à ses besoins, détaille en lancinants plans-séquences un quotidien qui s’apprête à dérailler.

Je me demande comment les spectateur·rices de 1975 ont réagi à ce film ? Au cinéma, à l’époque, on oscille entre femme transie d’amour, femme préparant le dîner en attendant le retour de l’homme repu de sa journée à faire tomber le fric sur le foyer ou à la tromper. Femme maman ou putain la plupart du temps assignée à résidence ou à l’homme. Jeanne est seule. Elle a une adresse. Elle répète les mêmes gestes. L’espace domestique est ritualisé, filmé presque chirurgicalement. À l’intérieur : le tout pour le tout pour s’en sortir. Voilà ce que peut être la vraie vie des femmes. Voilà aussi ce qui peut se passer quand la coupe est pleine et c’est pas joli-joli. J’imagine le choc à la hauteur du mien. Il paraîtrait même que c’est le meilleur film de tous les temps et je n’ai rien pour affirmer le contraire. (C.B.)

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LES PETITES MARGUERITES, de Věra CHYTILOVÁ
(CZ – 1966 – VOST – 1h17)
avec Jitka Cerhová, Ivana Karbanová…
Un poème punk féministe, débridé et loufoque, aussi psychédélique et pop que subversif et audacieux. Un film majeur des sixties !

Dans les cieux de l’Histoire du cinéma, cette œuvre – fondamentale, séditieuse, à jamais nécessaire – est un feu d’artifice. De ces feux qui nous illuminent sans jamais s’éteindre. Voilà une véritable destruction créatrice : patriarches de tous les pays, sachez qu’une marguerite est une fleur corrosive, qui explose les cadres et remonte le réel dans un tourbillon de couleurs, de sons, et d’affronts jouissifs. Et retenons une leçon : puisque le monde est si mauvais, il faut être aussi mauvais que lui. (R.S.)

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