Sur une musique de Philip Glass se succèdent des images de nature, de vies sociales, d’individus, de paysages somptueux arrachés à la paix de la Création par des bulldozers, des brouillards de pollution…
Fruit de la collaboration entre Godfrey Reggio et Philip Glass Koyaanisqatsi: Life out of Balance (« la vie en déséquilibre », en hopi) aura été, en 1982, un véritable événement dans l’histoire des rapports entre musique et cinéma : le montage des images danse au rythme lancinant des formules mélodiques répétitives, dans l’alternance entre les visions d’une nature imposante et la folie des flux urbains.
Réalisé en 1989, ce film est composé de huit courts-métrages, huit « rêves-cauchemars » d’Akira Kurosawa lui-même, Chaque court-métrage, plus ou moins long, met donc en scène un rêve de Kurosawa, soit quand il était enfant, soit à l’âge adulte : on pénètre ainsi dans l’intimité profonde du maître. Il nous expose ses peurs (la guerre, l’arme nucléaire, l’industrie nucléaire, la pollution de la planète) mais aussi ses passions (la peinture de Vincent van Gogh, avec un Martin Scorsese méconnaissable dans le rôle du peintre), la nature, notamment les arbres, les fées et autres personnages fantastiques…
L’un des films les plus personnels de Kurosawa. Du « Soleil sous la pluie » au « Village des moulins à eau », en passant par la fable apocalyptique, « Le Mont Fuji en rouge », ou « Les Corbeaux », vibrant hommage à Van Gogh, Rêves offre une déambulation dans l’inconscient du cinéaste, tourmenté par les excès de l’homme sur la nature. Derrière la symphonie picturale, un véritable manifeste panthéiste.
-La Cinémathèque Française
La séance initialement prévue le jeudi 7 mai à 14h10 a été décalée au lundi 11 mai, 12h.
À l’automne 1963, un vétéran de la guerre de Corée est accusé d’un crime. Pour échapper à la prison, il simule la folie et se fait admettre dans un hôpital psychiatrique, où il déclenche une révolution des patients maltraités contre la tyrannie des infirmières.
En adaptant le roman célèbre de Ken Kesey, Milos Forman mêle l’esprit frondeur de ses réalisations tchèques (L’As de pique) et les ressorts du cinéma hollywoodien de contestation. Plus qu’un réquisitoire contre le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques, le film devient, de séquences jubilatoires en moments d’émotion intenses, la métaphore d’une société qui repose sur des systèmes répressifs et des phénomènes d’exclusion. Hymne tragique à la liberté et à la résistance…
— François Guérif, Télérama
Castella est un chef d’entreprise peu porté sur la culture. Pourtant, un soir, en allant par obligation assister à une représentation de « Bérénice », il tombe en adoration du texte et de l’actrice principale, Clara. Par une coïncidence, celle-ci va lui donner des cours d’anglais, nécessaires à son travail. Castella tente de s’intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de référence et les barrières culturelles sans faire d’histoires.
25 ans après sa sortie, Le Goût des autres reste radical dans sa façon de révéler les hypocrisies de l’ordre social, mais aussi pour la sincérité et la chaleur qui résident au cœur de cette critique : il découle d’une attitude authentique et affectueuse, née de la passion que deux artistes, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avaient pour le cinéma — et aussi l’un pour l’autre. Le Goût des autres est clairement redevable à Woody Allen et ses histoires douces-amères de confusion existentielle d’adultes, telles que Annie Hall ou Manhattan. Cependant, son sens de l’humour est plus sombre, ses personnages plus abrasifs –– ils se rapprochent davantage de l’hystérie que de la névrose ; en un mot, ils sont français
– Les Acacias
Les familles Anguiano et Menchaca se livrent une lutte impitoyable depuis des années, endeuillant régulièrement leur village. Pour échapper à cette vendetta infernale, Gerardo est parti vivre en ville où il est devenu médecin. Un jour, on le somme de rentrer au village afin d’affronter le fils rival. Gerardo est alors pris dans un dilemme entre tradition familiale et désir de vivre sa propre vie…
Film de commande de la période mexicaine du cinéaste, Le Fleuve de la mort raconte comment la patience d’un médecin de campagne peut venir à bout de la rivalité sanglante opposant deux familles dans un petit village reculé du Mexique. Pour Buñuel, un simple film sur « la mort à la mexicaine », comme il l’appelle. « Cette mort facile… Vous savez, quand un homme meurt, les gens sont là qui fument et boivent des petits verres d’alcool. » On y reconnaît cependant la patte du cinéaste, sa façon de croquer les personnages – un curé qui sort un revolver – ou la reconstitution minutieuse d’un cortège funèbre, qui font d’El Río y la muerte un document passionnant sur la société mexicaine, là où « la vie est très peu de chose et où la mort ne compte pas ».
-La Cinémathèque Française
Tsuyuko quitte son village pour Osaka, où elle devient hôtesse dans un cabaret. Confrontée à de nouvelles désillusions, elle affirme peu à peu son indépendance et sa force de caractère.
Principale interprète de La Barrière de chair (1964) et d’Histoire d’une prostituée (1965), les deux premiers volets de la « Trilogie de la chair », la formidable Yumiko Nogawa reprend ici du service auprès de Seijun Suzuki pour une performance tour à tour poignante et jubilatoire, endossant l’étonnant rôle de cette Carmen du Soleil levant plongée dans le « Swinging Osaka » des années soixante, où elle métamorphose le célèbre thème de la Habanera de Georges Bizet en un irrésistible tube de surf-rock. Entre critique sociale acerbe, drame avant-gardiste et comédie corrosive, Seijun Suzuki dessine avec tendresse et audace l’inoubliable portrait d’une jeune femme intrépide, rebelle et opiniâtre, petite sœur de la Loulou incarnée par Louise Brooks chez G.W. Pabst ou de Rita Hayworth dans Gilda de Charles Vidor. Une merveille féministe et subversive jusqu’alors inédite en France, servie par l’esthétique toujours aussi virtuose du réalisateur de La Marque du tueur et Le Vagabond de Tokyo, à découvrir pour la première fois dans sa sublime restauration 4K !
Tetsu, yakuza intrépide et loyal, suit son chef Kurata qui décide de quitter le crime. Mais les clans rivaux cherchent à s’emparer de leurs affaires, forçant Tetsu à fuir Tokyo et à errer à travers le Japon, toujours poursuivi par ses ennemis.
Conçu par la Nikkatsu comme une série B au budget resserré, Le Vagabond de Tokyo devient, sous la patte iconoclaste et virtuose de Seijun Suzuki, un monument de mise en scène et une ode à la couleur d’une modernité époustouflante. Subvertissant les attentes du film de yakuzas, le réalisateur de Carmen de Kawachi les réinterprète à travers un style incomparable et touche-à-tout, mêlant pop art et théâtre traditionnel, comédie musicale et inventivité visuelle, violence stylisée et jazz nonchalant. Sa variation sur le film noir à l’américaine se pare ainsi de couleurs éclatantes, d’une richesse typiquement sixties, dans une atmosphère qui rappelle Le Samouraï ou Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville, avec un traitement des décors et des espaces – clos comme ouverts – qui anticipe le meilleur de Jim Jarmusch ou de Quentin Tarantino. À découvrir pour la première fois dans sa sublime restauration 4K !
Goro Hanada, troisième tueur le plus redouté de la pègre japonaise, est un professionnel impitoyable, perturbé seulement par un étrange fétichisme pour l’odeur du riz bouilli. Lorsqu’il rate sa cible et tue une innocente, il devient la proie de son organisation et de son insaisissable « tueur numéro 1 ».
Encensé par des personnalités aussi diverses que Jim Jarmusch, Park Chan-wook, Quentin Tarantino, Wong Kar-wai ou John Zorn, La Marque du tueur détourne toutes les conventions du film noir à travers son approche avant-gardiste, où la splendeur des compositions visuelles se mêle à une narration éclatée. Reprenant tous les codes du cinéma de genre (de l’organisation secrète à la femme fatale), Seijun Suzuki les réinvestit avec une distance satirique et un montage surréaliste qui évoquent à la fois Alphaville de Jean-Luc Godard, La Dame de Shanghai d’Orson Welles et L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, mais aussi le slapstick à l’américaine ou le kabuki japonais, tout en anticipant le cinéma punk d’un Sion Sono. Un immense polar anarchiste, d’une modernité insolente, à découvrir pour la première fois dans sa superbe restauration 4K !
Le détective Tajima joue un jeu dangereux : afin de venger la mort d’un de ses amis, il accumule les délits. Conformément à ses plans, les Yakuza le recrutent rapidement et il intègre le gang qu’il veut détruire en semant la discorde de l’intérieur. Mais alors que le massacre commence, il réalise avec stupeur que la personne à la tête du clan ne répond pas aux critères mafieux habituels.
Sorti quelques mois à peine après Détective Bureau 2-3, et produit la même année (1963), La Jeunesse de la bête en apparaît comme le versant sombre, plus sérieux et violent. Car si les deux films partagent un même acteur principal (Joe Shishido) et une intrigue assez proche (celle d’une infiltration au sein de gangs de yakuzas), La Jeunesse de la bête délaisse l’humour de son faux jumeau, tranchant par le sadisme de ses mafieux raffinés et ses étonnants moments de brutalité irruptive et sarcastique, qui semblent parfois anticiper celle de A History of Violence de David Cronenberg.
Brian Sweeney Fitzgerald, plus connu sous le nom de Fitzcarraldo, rêve de construire le plus grand opéra du monde à Iquitos, au cœur de l’Amazonie. Pour gagner l’argent nécessaire à son projet, il achète une concession de caoutchouc le long du fleuve Uycali, réputé inaccessible à cause de violents rapides. Pour atteindre sa concession, Fitzcarraldo choisit de descendre le fleuve Pachitea, séparé de l’Uycali seulement par une montagne. Il devra hisser son bateau à vapeur en haut de la montagne pour basculer sur l’autre versant…
En 1560, une troupe de conquistadors espagnols descend de la montagne à la recherche de l’Eldorado. Mais l’équipée s’enlise dans les marais. Une plus petite expédition est alors constituée, placée sous la conduite de Pedro de Ursua et de son second, Lope de Aguirre, qui devra reconnaître l’aval du fleuve sur des radeaux. Aguirre, aventurier ambitieux et brutal, manœuvre habilement pour proposer à ses compagnons un nouveau chef, le falot Fernando de Guzman, promu solennellement « empereur du Pérou et de l’Eldorado »…
Dans ses Leçons de ténèbres, Couperin reprend le texte des Lamentations du prophète Jérémie qui déplore la destruction de Jérusalem par les Babyloniens. Werner Herzog pleure ici une autre destruction, un crime contre la Terre et l’Humanité : la mise à feu de 732 puits de pétrole par les forces irakiennes qui se retirent du Koweït. Des flammes à perte de vue, des incendies qui prendront des mois à être éteints, 20 millions de tonnes de pétrole déversées dans le sol… une vision d’Apocalypse que Herzog met en scène comme un film de science-fiction, comme un long poème sur la fin de la Terre.
Werner Herzog retourne dans la forêt équatoriale sud-américaine avec Juliane Koepcke, la femme allemande unique survivante de l’accident du vol Lansa 508 survenu le 24 décembre 1971 et qui a causé la mort de 91 personnes. Ils retrouvent les restes de l’épave de l’avion et refont le trajet de dix jours que la jeune femme — dix-sept ans à l’époque — a effectué pour sortir de la jungle péruvienne et atteindre un village où elle fut retrouvée par trois hommes. L’un de ceux-ci, le docteur Ramirez, apparaît également dans le documentaire.
Dans une contrée désolée de l’Australie, deux tribus vivent a l’abri de la civilisation industrielle. Leur existence paisible se trouve brusquement menacée lorsqu’une société s’implante dans un de leurs lieux sacrés : le pays où rêvent les fourmis vertes…
Après la Seconde Guerre mondiale, dans un Japon meurtri, cinq prostituées vivent en groupe dans un ghetto de Tokyo. Telles une famille unie, elles défendent leur territoire et leurs intérêts communs. Mais l’arrivée d’une nouvelle fille et d’un ancien soldat blessé pourrait mettre en péril leur unité.
Premier grand film de Seijun Suzuki pleinement centré sur des héroïnes avides de liberté, La Barrière de chair reprend un cadre classique du cinéma nippon, celui de l’immédiat après-guerre, pour le peindre aux couleurs vives d’un western italien, dont il adopte avec brio les codes naissants à travers sa bande originale et, surtout, ses décors où la désolation règne, entre rues poussiéreuses, planque sordide et cimetière halluciné… Jouant magistralement sur les surimpressions d’images pour évoquer un Japon hanté par la défaite, le film mêle érotisme, ivresse, anarchisme, sadisme et spectre de la mort, dans un tourbillon de féminité rebelle où resplendit l’actrice Yumiko Nogawa (Les Plaisirs de la chair), et où la venue d’un ancien soldat, vagabond hors-la-loi (interprété par l’incontournable Joe Shishido), semble, par son amertume et sa rébellion, anticiper l’inflexible Rambo de Ted Kotcheff.
Considéré comme l’un des plus grands films de l’histoire du cinéma français, La Règle du jeu de Jean Renoir dresse, à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, le tableau au vitriol de la grande bourgeoisie, et notamment de ses relations avec les domestiques à son service. Une satire sociale dont les mécanismes font écho à ceux qui sont à l’œuvre dans Les Noces de Figaro de Mozart.
Le marquis de la Chesnaye organise une partie de chasse sur son domaine de Sologne. Une pléiade d’invités arrive au château, dont André Jurieu, héros national depuis sa traversée de l’Atlantique en 23 heures. Un exploit réalisé pour les beaux yeux de la marquise Christine La Chesnaye, en vain.
En rebond à l’opéra Les Noces de Figaro, présenté à l’OnR du 28 avril au 31 mai 2026
Tarifs habituels, tarif réduit sur présentation d’un billet pour Les Noces de Figaro à l’OnR.