Billy, enfant solitaire, a une mère dépassée, un frère violent et des camarades de classe dont il est le souffre-douleur. Un jour d’école buissonnière, il trouve dans la lande un faucon crécerelle qu’il entreprend de dresser.
Loach adapte le roman de Barry Hines, avec sa complicité, et filme avec austérité – sa marque de fabrique –, le nord de l’Angleterre, le Yorkshire, une petite ville minière grisâtre. À travers l’oiseau, la nature s’oppose à la tristesse urbaine, la liberté au déterminisme social. Loach pose un regard désenchanté sur le système scolaire britannique, qu’il tacle avec une rage froide (un match de foot, les examens de passage trop décisifs). Cousin de Léaud/Doinel, l’espièglerie en moins, son jeune interprète est époustouflant. Et Kes, avec son empathie, sa force quasi documentaire, est absolument bouleversant.
En version restaurée !
À San Francisco, Melanie fait la connaissance du séduisant Mitch chez un marchand d’oiseaux. Apprenant qu’il se rend à Bodega Bay pour l’anniversaire de sa jeune sœur, elle achète un couple d’« inséparables », et décide de le rejoindre.
L’un des morceaux de roi d’Alfred Hitchcock, catégorie film d’invasion, qui met en scène des attaques inexpliquées d’oiseaux dans la petite ville californienne de Bodega Bay. Un budget colossal dévolu aux effets spéciaux, pas de musique mais un jeu sur les sons savamment orchestré par Bernard Herrmann, et la blonde Tippi Hedren (Golden Globe de la meilleure révélation) qui paya beaucoup de sa personne sur le tournage : délicieusement effroyable
-La Cinémathèque Française
Précédé du court-métrage An owl is an owl is an owl de Chris Marker
(1990 | 3 minutes | Expérimental)
Extrait de la collection de courts métrages Petit Bestiaire, An owl is an owl is an owl est une courte méditation sur le regard et les mouvements de la chouette, parfois immobile, parfois en vol, observée discrètement par la caméra de Chris Marker dans le style et le rythme caractéristiques de ses travaux tardifs.
À la suite d’un dérèglement de l’écosystème, un scientifique observe dans le désert d’Arizona le rassemblement d’espèces différentes de fourmis autrefois en conflit. Il remarque aussi la disparition de leurs prédateurs naturels : mantes religieuses, scarabées, araignées…
Écrit par les scénaristes Mayo Simon et Michael Murphy, Phase IV, sorti en 1984, est le premier film de Saul Bass, le graphiste génial et signataire de génériques mémorables. Ce sera aussi son dernier. Produit par Paramount Pictures, le film s’avère un échec commercial, interrompant aussitôt la carrière de réalisateur de Bass. Phase IV connaîtra pourtant une forme de succès, après plusieurs diffusions à la télévision. Il remporte aussi le Grand Prix Award au Festival international de films de science-fiction à Trieste, en 1985.
Précédé du court-métrage Équarrisseurs d’Hippolyte Burkhart-Uhlen
2025 | 10 minutes | Expérimental | Production strasbourgeoise : un film Sancho & Co
Un soleil intense rayonne sur les falaises des montagnes. Dans le ciel, des centaines d’oiseaux se mettent à tournoyer au-dessus d’une place, où gisent plusieurs cadavres de brebis. Le silence est intense. Tout à coup, d’un seul mouvement tumultueux, des dizaines de vautours fondent sur les carcasses, comme une vague de plumes, de becs et d’os.
David et Jack, deux jeunes routards américains, effectuent un périple européen de plusieurs mois. En pleine campagne anglaise, et malgré les mises en garde des habitants, ils s’aventurent dans la lande. Traqués par une créature mythique et sanguinaire, les deux voyageurs vont voir leur vie bouleversée…
Alors qu’il connaît enfin le succès à Hollywood (American College, The Blues Brothers), Landis s’attèle à un projet de longue date avec cette comédie d’horreur biberonnée au gore et aux sarcasmes délirants. Une date dans l’histoire des effets spéciaux, et la naissance d’un monstre de cinéma mémorable, qui sera l’inspiration de Michael Jackson pour le clip de Thriller, réalisé par le cinéaste.
En version restaurée !
Les tribulations d’un âne dans les Pyrénées des années 1960, prétexte à la peinture des travers humains.
Encore un film sur la « culture jeunes » : Gérard, le blouson noir, se voit offrir par la boulangère un transistor et une mobylette, qui ne seront pas pour rien dans la séduction qu’il exerce sur Marie. François Mauriac laisse jouer sa petite-fille, Anne Wiazemsky, bien que, lui avait-il dit après avoir lu le scénario : « C’est toujours le mal qui l’emporte ! C’est presque un monde sans Dieu ! »
— Antoine Compagnon
En version restaurée !
Après s’être fait renverser par une voiture, un chien blanc, dressé pour attaquer les hommes de couleur, est recueilli par Julie, une jeune femme qui cherche à lui faire oublier la haine.
Dernier film tourné à Hollywood par Samuel Fuller avant son exil en France, Dressé pour tuer succède à Au-delà de la gloire (1980), film de guerre autour de la première division d’infanterie américaine, la « Big Red One ». Cinéaste qui n’aura eu de cesse de scruter les horreurs dont l’homme est capable, Fuller réalise avec Dressé pour tuer (White Dog en version originale) une réflexion autour du racisme ordinaire aux Etats-Unis, et la manière dont la haine est peut-être insoluble et incurable.
Chine, 1936. Désigné par le Grand Maître Baosen pour lui succéder à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux, Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (Kung Fu), doit affronter un à un les plus grands maîtres du kung-fu. Tiraillé entre un amour impossible avec Gong-er, la fille du Grand Maître et l’occupation japonaise qui plonge le pays dans le chaos, Ip Man va forger pendant 20 ans, combat après combat, sa propre légende.
C’est dans de somptueux décors que Wong Kar-wai décline des combats aussi variés que stylisés. Œuvre climatique évoquant les saisons de la vie, The Grandmaster voyage de la moiteur du Sud aux territoires enneigés du Nord, et jusqu’à Hong Kong en marge des conflits politiques. En découlent des batailles de rue nocturnes, sous des trombes d’eau, ou des entraînements transcendés par une nature glacée
Un professeur d’histoire de l’art promet de signer une critique élogieuse du manuscrit d’un collègue… sans l’avoir lu. Lorsqu’il découvre le texte en question, d’une affligeante médiocrité, il se retrouve prisonnier de sa parole. Pour s’en sortir, il s’enfonce dans une spirale de mensonges dont les répercussions burlesques vont peu à peu bouleverser sa carrière, ses relations et sa vie personnelle.
« La nouvelle Personne ne va rire de Milan Kundera m’a plu parce qu’elle traite de choses graves sous une forme légère, presque anecdotique. Je mets l’accent sur ce qui est sérieux dans le film, tout en gardant un ton comique. Ce qui m’a frappé dans la nouvelle, c’est que certaines personnes, sans aucun droit moral, se sentent obligées d’intervenir dans la vie privée de quelqu’un qui ne correspond pas à leurs normes. Ils le font souvent au nom de la morale socialiste, mais ce n’est rien d’autre que de la petite bourgeoisie moderne. »
-Hynek Bočan
Malgré leurs différences, Al et Birdy sont devenus inséparables. Dans leur banlieue défavorisée de Philadelphie, Al, sportif, exubérant et populaire, ne pense qu’à séduire les filles, quand Birdy, réservé et étrange aux yeux des autres, voue une admiration sans bornes aux oiseaux… Mais la guerre a mis fin au temps de l’insouciance et les deux amis ont vécu le traumatisme du Viêt Nam. Revenu défiguré, Al est appelé à l’hôpital militaire pour aider Birdy : totalement mutique, il semble persuadé d’être une créature pouvant voler…
Ode à la liberté construite en flashbacks, Birdy évoque plus largement la perte de l’innocence. Film phare de sa génération, ce grand manifeste humaniste s’est vu décerner le Grand Prix du jury à Cannes. «Birdy n’est pas un film sur la folie. C’est un film sur une obsession. Les garçons ne sont pas fous, c’est le monde autour d’eux qui est fou. Et le psychiatre, bien sûr, est le méchant. Il est l’autorité aveugle, l’esprit des institutions (…). Birdy n’est pas un film sur la guerre. C’est un film sur toutes les guerres» (Alan Parker).
–La Cinémathèque Suisse
1985 : les anciens du lycée Buchanan, classe 1960, se retrouvent pour leur vingt-cinquième réunion. Ce soir, ils sont venus en habit d’époque, jupes gonflantes, robes des sixties, brosse et noeuds pap’ pour les garçons. Peggy, très populaire en 1960, se retrouve reine de la soirée avec pour partenaire son mari, Charlie, le rocker. Mais ce tandem si brillant jadis est sur le point de se séparer. Revoyant son mari dans sa prime jeunesse, Peggy, encore amoureuse, s’évanouit. Elle s’enfonce dans le rêve et revit ces fameuses années 1960…
Vous voyez les films doudous des années 80/90 ? Ceux qu’on regarde comme on se glisse sous un plaid ? Bingo. L’histoire, légère et agréable, met en scène une galerie de personnages complètement stéréotypés — dont on se moque allègrement — qui gravitent autour de Peggy. La protagoniste, elle, sort des figures féminines habituellement représentées à l’époque. Fraîchement séparée, Peggy entreprend, dans ce flashback grandeur nature, de se construire une vie pour elle-même, en accordant au passage sa confiance au geek de service, Richard, risée du lycée. Un pas vers les marges, typique du cinéma de Coppola. Mais nos plaisirs vont indéniablement vers l’interprétation d’un jeune Nicolas Cage, Charlie benêt et crooner (hilarant), d’un jeune Jim Carrey faisant déjà du Jim Carrey, et l’apparition évidente de Sofia Coppola qui joue la sœur de Peggy Sue. Sans oublier les robes d’époque, les mises en pli, l’ambiance bal de promo. Un plaisir fou à (re)voir sur grand écran.
– Cécile Becker, membre du Conseil de programmation
Sur l’île de Bora Bora, l’amour d’un jeune couple est menacé lorsque le chef de la tribu locale décide d’envoyer un messager pour déclarer que la jeune fille est une vierge sacrée.
Bora Bora 1931, Murnau débarque avec Robert Flaherty, père de Nanouk et Moana, pour tourner une histoire des mers du Sud, un nouveau poème d’amour funeste, basé sur les conditions de vie paradisiaque des îles du Pacifique. Un retour à la nature, loin des décors de studio. Peu d’acteurs blancs, mais des métis et des indigènes, non professionnels, pour capter l’âme polynésienne. Trois ans après la sortie du Chanteur de jazz, Murnau, qui ne croit pas à la disparition du muet, n’a pas encore exploré toutes les possibilités visuelles de sa caméra. Son film s’ouvre sur une déferlante de corps agiles, d’éphèbes et de jeunes filles exubérants de joie. Baignades dans des torrents argentés, canoës élancés sur des flots étincelants, danses et fantaisies festives. Des images d’un esthétisme presque irréel, des gros plans sublimes, exprimant toute la sensualité des deux amants, toutes leurs émotions, du rire au désespoir. Le tabou brisé, le jour fait place à la nuit, et les voici, maudits, dans une fuite vers l’amour contre la mort.
Une malédiction en appelant d’autres dans cette contrée du Pacifique, on rapporte que plusieurs incidents mystérieux (empoisonnement, noyade, incendie) ont lieu pendant les dix-huit mois de tournage sur ces terres sacrées. Des croyances et des superstitions qui annoncent la fin tragique de Murnau lui-même. Un accident de voiture lui ôte la vie, à 42 ans, une semaine avant la première du film à New York, alors qu’un contrat de dix ans l’attend à la Paramount. Ce sont alors mille projets d’un génie du cinéma qui s’envolent à tout jamais.