Macho Dancer

Après le départ de son amant américain, le jeune Pol décide de suivre son ami Greg à Manille, afin de subvenir aux besoins de sa famille. Là-bas, il fait rapidement la connaissance de Noel, un call-boy adepte du macho dancing, qui le prend sous son aile et lui trouve une place dans un club gay de la capitale. Pol va alors découvrir le monde interlope du strip-tease masculin, entre prostitution, drogue et corruption policière…

Réalisé en 1988, peu après la chute de la dictature de Ferdinand Marcos, Macho Dancer s’affirme comme l’un des longs-métrages les plus audacieux et controversés de Lino Brocka. Le cinéaste y déploie en effet un double regard : filmant avec une sensualité assumée de longues séquences de strip-tease masculin, tout en déconstruisant méthodiquement l’érotisme de ces images et la mécanique – notamment coloniale – qui les produit. Au-delà de cette puissance formelle, le film double thématiquement son mélodrame social d’un authentique acte de résistance politique : le réalisateur d’Insiang et Bona expose ici sans fard l’étendue de la corruption des institutions de son pays, la pauvreté structurelle du peuple philippin et son exploitation sexuelle, alimentée par le tourisme occidental et l’occupation américaine. Lino Brocka, lui-même ouvertement homosexuel dans une société conservatrice, signe avec Macho Dancer un témoignage brut, loin de tout misérabilisme, qui évoque par moments les premiers films de Martin Scorsese (en particulier Mean Streets) et demeure un jalon du cinéma queer asiatique. -Carlotta Films

Film interdit aux moins de 16 ans.

La Persécution

Au XVIIe siècle, une jeune femme devient la cible d’une communauté dominée par la peur. Avec une grande économie de moyens, Anja Breien met à nu les mécanismes collectifs de persécution pour mieux dépeindre un conformisme qui transforme l’ordinaire en violence silencieuse. Une fable historique à la résonance contemporaine.

Avec une grande économie de moyens, Anja Breien met à nu les mécanismes collectifs de persécution pour mieux dépeindre un conformisme qui transforme l’ordinaire en violence silencieuse. Une fable historique à la résonance contemporaine.
-Festival de La Cinémathèque française

Le Viol (le cas Anders)

Une banlieue banale couverte de neige. Au petit matin, un viol est commis, bientôt suivi d’une autre tentative. Anders a été remarqué non loin de la scène du crime. La police l’arrête et se livre à une enquête pour savoir quelles pourraient être les raisons qui auraient poussé ce jeune homme ordinaire à commettre deux crimes. Anders ne peut se reconnaître dans le portrait que l’on fait de lui. Mais les rouages implacables de la machine judiciaire se sont enclenchés.

« Au début des années 70, les grands mouvements féministes émergeaient et Anja Breien posait déjà les vraies questions qui gênaient. Paradoxalement dans son premier long métrage, Le Viol, elle s’intéressait plus à l’auteur présumé qu’à la victime. Par une approche quasi documentaire, voulant être au plus près de la réalité – en prenant même comme acteur, un avocat socialement engagé –, elle critique le système pénal norvégien en insistant sur ses carences. […] Film sobre, rigoureux, posant les motivations éventuelles du viol, mais aussi s’interrogeant sur la culpabilité, le processus de la mise en cause d’un inculpé. »
-Marceau Aidan, Jeune Cinéma n°289, mai-juin 2004

La Randonnée

Deux adolescents Australiens, un frère et une sœur, se retrouvent abandonnés dans le bush. Survivant tant bien que mal dans le désert hostile, ils rencontrent un jeune Aborigène en plein « walkabout », une errance initiatique rituelle.

Hypnotique. C’est l’effet que produit la « balade sauvage » à laquelle nous convie Nicolas Roeg dans Walkabout, méditation panthéiste et cruelle sur la société occidentale et les rapports troublés entre l’homme et la nature. Après quelques plans furtifs d’une métropole bruissante, où l’activité humaine semble incessante, le cinéaste arrache à la « civilisation » une adolescente et son petit frère pour les projeter, seuls, dans une vaste étendue désertique. C’est alors que leur trajectoire de survie commence – ou plutôt, leur réapprentissage de la vie. Car il s’agit bien du parcours initiatique de deux enfants qui, à travers leur odyssée sauvage et leur rencontre avec un jeune Aborigène, vont peu à peu se réapproprier le monde. Les images de ces hommes affairés, au début du film, puis, bien plus tard, de ce boucher qui coupe mécaniquement la viande ou de ces scientifiques lorgnant une jeune femme d’un œil concupiscent sont comme annonciatrices de l’inexorable aliénation à laquelle la soi-disant modernité destine nos deux jeunes protagonistes : tels Robinson Crusoé face à Vendredi, l’adolescente et le petit garçon abandonnent leurs réflexes occidentaux, se débarrassent de leur uniforme d’écolier et finissent même par se défaire de leur radio, ultime lien qui les rattachait encore à la société contemporaine. La séquence où la jeune fille, qu’on a découverte corsetée dans sa jupe et son costume, s’ébat, nue, dans un lac d’eau claire est emblématique de sa libération physique et mentale. Mais Walkabout n’est pas un hymne pastoral et candide à la Nature. Malgré la majesté des paysages et la chaude lumière qui vient caresser les personnages, Nicolas Roeg filme les dangers qui guettent les enfants à leur insu, à l’instar de Charles Laughton dans La nuit du chasseur : ici un python, là un scorpion, plus loin encore un étrange animal qui en dévore un autre et, bien entendu, l’omniprésence d’un soleil implacable brûlant tout sur son passage. Face à cette nature parfois hostile, le jeune Aborigène se révèle un guide bienveillant avec les deux Occidentaux. Et surtout, le cinéaste montre qu’entre êtres humains, la communication peut s’établir, en dépit de la barrière de la langue. Dans cette magnifique relation qui se tisse entre les trois protagonistes, le petit garçon est un médiateur poétique, dans la grande tradition du cinéma fantastique où les enfants assurent le lien entre le monde réel et le fantasmagorique. Décidément, Walkabout n’en finit pas de dévoiler ses merveilles…

Bye Bye Brésil

Une troupe d’artistes sillonne en camion les routes boueuses de l’Amazonie. Ils présentent leur spectacle dans les villages mais doivent faire face à la forte concurrence de la télévision. Un jeune couple désireux de connaître la mer les rejoint. Ayant tout perdu aux jeux, la troupe se sépare et se retrouve quelque temps plus tard à Brasilia, la nouvelle terre promise.

Une troupe de saltimbanques sillonne le Brésil en caravane dans les années 1970, époque où la pauvreté gagne du terrain dans les campagnes. Entre la sécheresse et l’essor de la télévision, la petite troupe a de plus en plus de mal à vendre des billets pour leurs pauvres spectacles. Ils se lancent à travers l’Amazonie pour rejoindre Brasilia, où, pensent-ils, se trouve l’avenir du pays. Leur périple sur la Transamazonienne devient une métaphore du passage de l’ancien au nouveau monde, confrontant les personnages à une réalité en constante évolution.

Le Fleuve de la mort

Les familles Anguiano et Menchaca se livrent une lutte impitoyable depuis des années, endeuillant régulièrement leur village. Pour échapper à cette vendetta infernale, Gerardo est parti vivre en ville où il est devenu médecin. Un jour, on le somme de rentrer au village afin d’affronter le fils rival. Gerardo est alors pris dans un dilemme entre tradition familiale et désir de vivre sa propre vie…

Film de commande de la période mexicaine du cinéaste, Le Fleuve de la mort raconte comment la patience d’un médecin de campagne peut venir à bout de la rivalité sanglante opposant deux familles dans un petit village reculé du Mexique. Pour Buñuel, un simple film sur « la mort à la mexicaine », comme il l’appelle. « Cette mort facile… Vous savez, quand un homme meurt, les gens sont là qui fument et boivent des petits verres d’alcool. » On y reconnaît cependant la patte du cinéaste, sa façon de croquer les personnages – un curé qui sort un revolver – ou la reconstitution minutieuse d’un cortège funèbre, qui font d’El Río y la muerte un document passionnant sur la société mexicaine, là où « la vie est très peu de chose et où la mort ne compte pas ».
-La Cinémathèque Française

Le Goût des autres

Castella est un chef d’entreprise peu porté sur la culture. Pourtant, un soir, en allant par obligation assister à une représentation de « Bérénice », il tombe en adoration du texte et de l’actrice principale, Clara. Par une coïncidence, celle-ci va lui donner des cours d’anglais, nécessaires à son travail. Castella tente de s’intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de référence et les barrières culturelles sans faire d’histoires.

25 ans après sa sortie, Le Goût des autres reste radical dans sa façon de révéler les hypocrisies de l’ordre social, mais aussi pour la sincérité et la chaleur qui résident au cœur de cette critique : il découle d’une attitude authentique et affectueuse, née de la passion que deux artistes, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri avaient pour le cinéma — et aussi l’un pour l’autre. Le Goût des autres est clairement redevable à Woody Allen et ses histoires douces-amères de confusion existentielle d’adultes, telles que Annie Hall ou Manhattan. Cependant, son sens de l’humour est plus sombre, ses personnages plus abrasifs –– ils se rapprochent davantage de l’hystérie que de la névrose ; en un mot, ils sont français
– Les Acacias

Vol au-dessus d’un nid de coucou

La séance initialement prévue le jeudi 7 mai à 14h10 a été décalée au lundi 11 mai, 12h.

À l’automne 1963, un vétéran de la guerre de Corée est accusé d’un crime. Pour échapper à la prison, il simule la folie et se fait admettre dans un hôpital psychiatrique, où il déclenche une révolution des patients maltraités contre la tyrannie des infirmières.

En adaptant le roman célèbre de Ken Kesey, Milos Forman mêle l’esprit frondeur de ses réalisations tchèques (L’As de pique) et les ressorts du cinéma hollywoodien de contestation. Plus qu’un réquisitoire contre le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques, le film devient, de séquences jubilatoires en moments d’émotion intenses, la métaphore d’une société qui repose sur des systèmes répressifs et des phénomènes d’exclusion. Hymne tragique à la liberté et à la résistance…
— François Guérif, Télérama

Le Cid

Pour venger l’honneur de son père, don Diègue, publiquement insulté, Rodrigue tue don Gormas, le père de celle qu’il aime, Chimène. Celle-ci crie vengeance et promet au comte Ordonez de l’épouser s’il tue Rodrigue. Mais ce dernier est sauvé par un émir arabe à qui, jadis, il avait laissé la vie sauve.

Entre l’histoire et la légende, la vie de Rodrigo Díaz de Bivar, chevalier espagnol du XIe siècle, en lutte contre les envahisseurs maures. C’est le film de la revanche pour Anthony Mann, débarqué du tournage de Spartacus un an plus tôt. Projet pharaonique produit par Samuel Bronston, Le Cid s’inscrit dans la lignée des superproductions des années 60 et répond à tous les canons du genre. Foules innombrables, batailles, duels, tournois et cavalcades fantastiques rythment ce péplum de luxe, inondé de fracas d’armes, de cris et de bannières qui claquent au vent, sur fond de terre brûlée espagnole et de châteaux castillans. Chimène a la beauté de Sofia Loren, Rodrigue, le cœur de Charlton Heston. Emportés par la musique élégiaque de Miklós Rózsa, ils brillent de mille feux dans l’un des plus grands films épiques jamais tournés.
– La Cinémathèque Française

Personne ne rira

Un professeur d’histoire de l’art promet de signer une critique élogieuse du manuscrit d’un collègue… sans l’avoir lu. Lorsqu’il découvre le texte en question, d’une affligeante médiocrité, il se retrouve prisonnier de sa parole. Pour s’en sortir, il s’enfonce dans une spirale de mensonges dont les répercussions burlesques vont peu à peu bouleverser sa carrière, ses relations et sa vie personnelle.

« La nouvelle Personne ne va rire de Milan Kundera m’a plu parce qu’elle traite de choses graves sous une forme légère, presque anecdotique. Je mets l’accent sur ce qui est sérieux dans le film, tout en gardant un ton comique. Ce qui m’a frappé dans la nouvelle, c’est que certaines personnes, sans aucun droit moral, se sentent obligées d’intervenir dans la vie privée de quelqu’un qui ne correspond pas à leurs normes. Ils le font souvent au nom de la morale socialiste, mais ce n’est rien d’autre que de la petite bourgeoisie moderne. »
-Hynek Bočan

The Grandmaster

ATTENTION : La séance de mercredi 25, initialement prévue à 15h45, a été annulée. Une séance a été ajoutée, en remplacement, le même jour à midi.

Chine, 1936. Désigné par le Grand Maître Baosen pour lui succéder à la tête de l’Ordre des Arts Martiaux, Ip Man, maître légendaire de Wing Chun (Kung Fu), doit affronter un à un les plus grands maîtres du kung-fu. Tiraillé entre un amour impossible avec Gong-er, la fille du Grand Maître et l’occupation japonaise qui plonge le pays dans le chaos, Ip Man va forger pendant 20 ans, combat après combat, sa propre légende.

C’est dans de somptueux décors que Wong Kar-wai décline des combats aussi variés que stylisés. Œuvre climatique évoquant les saisons de la vie, The Grandmaster voyage de la moiteur du Sud aux territoires enneigés du Nord, et jusqu’à Hong Kong en marge des conflits politiques. En découlent des batailles de rue nocturnes, sous des trombes d’eau, ou des entraînements transcendés par une nature glacée

L’étrange obsession

D’âge avancé, un professeur respectable ne parvient plus à satisfaire les désirs de sa jeune épouse, Ikuko. Il découvre que la jalousie agit sur lui comme un stimulant. Il décide alors de rapprocher sa femme d’un jeune médecin, Kimura, également fiancé à leur fille. Profitant du sommeil d’Ikuko, il met son plan à exécution…

Une perle rare du cinéma japonais pour la première fois en version restaurée 4K ! Kenmochi, expert en objets d’art à Kyoto, ne parvient plus à satisfaire les désirs sexuels de sa jeune épouse Ikuko. Découvrant que la jalousie le stimule, il pousse sa femme dans les bras du jeune médecin Kimura, fiancé de leur fille. Son plan machiavélique entraîne toute la famille dans une spirale de désir et de vengeance. Prix du Jury – Festival de Cannes 1960 (ex æquo avec L’Avventura de Michelangelo Antonioni) ,Venice Classics 2025.
– La Filmothèque

Feux dans la plaine

Les derniers jours de l’armée impériale japonaise aux Philippines en 1945. Au centre de l’histoire, le soldat Tamura, qui fuit désespérément dans les plaines comme tant de ses compagnons traqués par les guérilleros qui les signalent au moyen de feux. Dans une atmosphère de fin du monde, les derniers survivants s’entretuent pour survivre.

Pendant la déroute japonaise dans le Pacifique, un jeune soldat est livré à lui-même. Ichikawa filme l’humanité confrontée à la barbarie la plus folle, pousse à l’extrême son souci de réalisme, obligeant ses comédiens à jeûner et traitant ses personnages comme des zombies. Une œuvre puissante, âpre, où se fondent les genres de la guerre et de l’horreur, et où la crudité, traversée par des éclairs de poésie, devient principe esthétique.
-La Cinémathèque

Le Quai des brumes

Par une nuit ténébreuse, un déserteur du nom de Jean arrive au Havre dans l’espoir de quitter la France. En attendant un bateau, il trouve refuge au bout des quais, dans une baraque autour de laquelle gravitent plusieurs marginaux. Il y fait la rencontre de Nelly, dont le regard le bouleverse. Cette dernière vit dans la terreur de son tuteur, le misérable Zabel, lui-même racketté par une bande de voyous. Par amour, Jean se mêle aux affaires de Nelly et met les pieds dans un engrenage périlleux…

Avec Les Enfants du paradis, Le Quai des brumes est le chef-d’œuvre qui a consacré Marcel Carné comme l’un des maîtres du cinéma français classique. Par sa reconstitution onirique du port du Havre tout en nuances de gris et son histoire d’amour impossible au cœur d’un épais brouillard, le film diffuse une atmosphère inimitable. Transcendés par les monstres sacrés que sont Michel Simon ou Pierre Brasseur, les dialogues de Jacques Prévert insufflent au récit un air de mélancolie et une poésie du désespoir. Si sa noirceur de ton a valu au film d’être vivement critiqué à une époque où l’optimisme patriotique était de mise, la noirceur de la photographie a permis l’une des plus belles scènes du cinéma, celle où le regard lumineux de Michèle Morgan perce l’obscurité et fait dire à Jean Gabin : « T’as de beaux yeux, tu sais ? ». Chef-d’œuvre du réalisme poétique français, Le Quai des brumes est disponible pour la première fois dans sa sublime restauration 4K.
-Carlotta