Benoît vit en Dordogne, à quelques kilomètres du village où il a grandi. Il a construit son paradis à l’abri des regards, s’est émancipé à sa manière, seul, dans la nature, avec ses couleurs. Il a trouvé ses manières de résister, de s’affranchir des stigmates du passé pour continuer à habiter le territoire de son enfance. Sur le chemin qu’il est parvenu à ouvrir, il reste des ronces qui continuent à le blesser. Alors ensemble on avance, on défriche parce que nos histoires résonnent, parce qu’on s’est trouvé. Et puis, avec les autres queers du coin, on décide d’organiser une Pride, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace qu’on n’a jamais eu, pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.
Il se dégage de ce documentaire deux sentiments. La joie — celle qu’on éprouve en étant niché·e dans un refuge — et l’admiration : devant la beauté des confidences, comme devant le parcours de Benoît, qui, d’abord isolé et terrifié par la politisation de son homosexualité, devient peu à peu moteur. Du refuge, on retient celui de la maison de Benoît, ceinturée de verdure, et l’autre — celui qu’il se recrée au sein d’une communauté choisie. Cette communauté regroupe les queers du coin, les pédales rurales et lesbiennes des champs, que l’on suit tout au long du film œuvrer à l’organisation de la première Pride de Dordogne. Avec tout ce que cela implique : convaincre les élu·es, dépasser sa peur — et les peurs — dans des territoires où l’homosexualité reste bien souvent au placard.
Un documentaire très émouvant, mais aussi passionnant par sa forme. Son réalisateur, Antoine Vazquez, personne concernée, se met en scène pour raconter, en toile de fond, l’amitié qui le lie à Benoît, mais aussi pour faire écho à son propre parcours : lui-même a grandi dans le Béarn. Quand faire un film devient aussi une manière de réparer.
-Cécile Becker, membre du Conseil de programmation