A l'époque de la Prohibition, le gangster Tom Reagan, bras droit d'un caïd irlandais, trahit et manipule son entourage, l'utilisant à ses propres fins, même par la violence, afin de se faire une place.
Les frères Coen aiment jouer avec les codes du cinéma américain patrimonial. Ils s'y glissent même à la manière de talentueux parasites. Ici, ils visitent avec un soin maniaque le dérisoire et somptueux bric-à-brac du film noir. Rien ne manque au tableau, de la collection d'objets fétiches (borsalino, mitraillettes et whisky) au ballet des trahisons et autres fausses pistes. Pourtant, la perspective y est comme génialement déformée, faussée. Miller's Crossing n'est ni un exercice de style, ni une parodie : c'est un film mutant, un imitateur pervers. Un plan-séquence onirique, un gag inattendu, un peu trop de ténèbres dans un appartement, une réplique grinçante y sèment autant de principes d'étrangeté, d'éléments discordants. ---Télérama