Les Harmonies Werckmeister

Tarr Béla

HU2H252003


Cycle #26 AnimalitésFocus : Bela Tarr


János, jeune homme simple, assiste à l'escalade de la violence et du désordre dans sa petite ville de la plaine hongroise, où vient de débarquer un étrange cirque itinérant qui transporte une baleine.

Inspiré de La Mélancolie de la résistance de László Krasznahorkai, Les Harmonies Werckmeister signe la seconde collaboration du romancier et du cinéaste. Ce sont deux versions de l’harmonie – cosmique et musicale – qu’incarnent dans le film les utopies jumelles de János, l’Innocent, et de M. Eszter, le vieux musicien. Le premier tente de faire incarner la trajectoire circulaire des planètes par les derniers consommateurs éméchés d’un café lugubre. Le second désire revenir à la gamme naturelle, fondée sur l’harmonie des sphères, avant que l’ordre « rationnel » de la gamme tempérée ne se soit imposé dans la musique occidentale. Mais les deux rêveurs vont être confrontés à l’Histoire. Une menace plane sur la ville. Des scènes de pillage auraient eu lieu alentour. Un cirque s’installe sur la grand-place. L’attraction, une gigantesque baleine momifiée, attire en masse des hommes surgis de nulle part. Tous attendent, en silence, les prophéties d’un mystérieux prince qui tarde à apparaître. À la nuit tombée, faute de prince, la foule exaspérée se met en marche, en un inexorable mouvement rectiligne. Comme le cercle parfait des utopistes, la trajectoire linéaire de la masse se révèlera un leurre. Le « sens » de l’Histoire, c’est qu’elle n’en a aucun. Son mouvement est celui de l’entropie : tout tend vers la ruine et l’immobilité. Le film subvertit ainsi radicalement la structure prophétique de la fable biblique de Jonas et la baleine : la catastrophe annoncée imminente est devenue immanente.
-Sylvie Rollet et Corinne Maury pour La Cinémathèque Française

Le pays est en proie au désordre, des gangs errent dans la capitale. Valushka, un postier, s’extasie sur le miracle de la création et se bat contre l’obscurantisme. Dans un café, il tente d’entraîner les clients ivres dans ses visions cosmologiques, puis, à travers la ville, chez Monsieur Eszter, un vieil homme occupé à accorder un piano pour retrouver l’harmonie du clavecin qui a été brisée par l’invention Werckmeister.