Dans les années 1930, Harumi est une prostituée dont l’amant vient de se marier à une femme qu’il n’aime pas. Dépitée, elle se rend en Mandchourie, en plein conflit sino-japonais, pour y travailler avec d’autres filles. Elle y devient vite le souffre-douleur d’un officier violent.
Preuve éclatante de l’incroyable polyvalence de Seijun Suzuki, Histoire d’une prostituée s’écarte radicalement de l’ironie et des couleurs pop typiques du cinéaste pour embrasser une fresque amoureuse aux sentiments exacerbés, dans le cadre d’un film de guerre âpre, servi par un noir et blanc somptueux. Loin de l’aspect scabreux que pourrait annoncer son titre, le film fait avant tout le récit d’une passion dévorante, totale, tragique, où les scènes d’amour, d’une fragilité bouleversante, évoquent parfois la splendeur visuelle déchirante de L’Aurore de Murnau ou des Désaxés de John Huston.