Hair, Paper, Water…

Dans une grotte, il y a plus de 60 ans, elle est née. Aujourd’hui, elle vit dans un village, entourée de ses enfants et petits-enfants. Parfois, dans ses rêves, sa mère défunte l’appelle – là-bas, dans la grotte. Le film recueille des instants fugaces de sa vie quotidienne, et la transmission fragile de sa langue, le ruc, à ses petits-enfants.

Le duo de cinéastes nous offre un tout autre objet cinématographique après le salué Viet and Nam de Trong Minh Quy (Un certain Regard 2024). On y découvre Madame Hậu, une vieille femme de l’ethnie Rục qui s’occupe de ses enfants et petits-enfants à qui elle a consacré toute sa vie. Tout en douceur, les réalisateurs la filme dans ses gestes quotidiens : cueillette, soin du bébé… Mais Hair, Paper, Water…, c’est aussi et surtout une affaire de transmission, à laquelle s’acharne Madame Hậu en tentant d’apprendre sa langue ancestrale à son petit-fils. Cheveux, Papier, Eau, mais aussi Lumière, Sang… sont martelés à l’écran et rythment le film, l’imprégnant de cet apprentissage comme de poésie. Ce film court (1h10) n’est pas non plus dénué de touches d’humour, ni de politique à travers le regard porté sur la modernité : immeubles, déforestation, travail ouvrier… Un geste cinématographique brut mais délicat, du réel à la poésie, tourné en 16mm, qui nous livre (aussi et surtout) une belle leçon d’altérité.
-Mathilde Rolland, assistante de coordination et d’animation, MaCaO 7ème art – Association de salles de cinéma en Normandie