Les Harmonies Werckmeister

János, jeune homme simple, assiste à l’escalade de la violence et du désordre dans sa petite ville de la plaine hongroise, où vient de débarquer un étrange cirque itinérant qui transporte une baleine.

Inspiré de La Mélancolie de la résistance de László Krasznahorkai, Les Harmonies Werckmeister signe la seconde collaboration du romancier et du cinéaste. Ce sont deux versions de l’harmonie – cosmique et musicale – qu’incarnent dans le film les utopies jumelles de János, l’Innocent, et de M. Eszter, le vieux musicien. Le premier tente de faire incarner la trajectoire circulaire des planètes par les derniers consommateurs éméchés d’un café lugubre. Le second désire revenir à la gamme naturelle, fondée sur l’harmonie des sphères, avant que l’ordre « rationnel » de la gamme tempérée ne se soit imposé dans la musique occidentale. Mais les deux rêveurs vont être confrontés à l’Histoire. Une menace plane sur la ville. Des scènes de pillage auraient eu lieu alentour. Un cirque s’installe sur la grand-place. L’attraction, une gigantesque baleine momifiée, attire en masse des hommes surgis de nulle part. Tous attendent, en silence, les prophéties d’un mystérieux prince qui tarde à apparaître. À la nuit tombée, faute de prince, la foule exaspérée se met en marche, en un inexorable mouvement rectiligne. Comme le cercle parfait des utopistes, la trajectoire linéaire de la masse se révèlera un leurre. Le « sens » de l’Histoire, c’est qu’elle n’en a aucun. Son mouvement est celui de l’entropie : tout tend vers la ruine et l’immobilité. Le film subvertit ainsi radicalement la structure prophétique de la fable biblique de Jonas et la baleine : la catastrophe annoncée imminente est devenue immanente.
-Sylvie Rollet et Corinne Maury pour La Cinémathèque Française

L’Extraordinaire Voyage de Marona

Victime d’un accident, une chienne se remémore ses différents maîtres qu’elle a aimés tout au long de sa vie. Par son empathie sans faille, sa vie devient une leçon d’amour.

« L’histoire de Marona est d’autant plus fascinante qu’elle est racontée à partir de ses yeux de chienne. Abandonnée très vite peu après sa naissance, elle est recueillie d’abord par un jeune artiste saltimbanque qui lui fait découvrir le monde merveilleux du spectacle au fil de ses acrobaties. L’imaginaire des moments tendres vécus par Marona prend différentes couleurs avec des dessins qui quittent facilement la représentation réaliste du quotidien pour épouser le rêve. Dans son deuxième foyer, Marona est également accueillie avec affection par un grand homme puissant qui semble pouvoir déplacer des montagnes et dont le cœur est très tendre. Pour sa troisième étape de vie, c’est d’abord une petite fille puis tout une famille qui l’accueillent lentement, chacun avec ses réserves, ses secrets et sa tendresse profonde. Le voyage de Marona est celui de ses sensations décuplées propres à une chienne dont l’affection est infinie. Chaque rencontre permet à Marona de découvrir une nouvelle facette tendre de l’humanité tout en tenant compte des difficultés de la vie. De ce point de vue, Marona ressemble au personnage de Charlot, belle âme errante, toujours prête à partager son affection et son amitié avec ceux qui souffrent de la solitude. Le sens de l’aventure passe ici par une profusion de couleurs, d’animations diverses des personnages en fonction de leur personnalité pour toucher du doigt rien de moins que les mystérieuses beautés de l’histoire de la vie. »
-Benshi