Après avoir refusé de rejoindre un groupe de criminels, Franz est poursuivi par Bruno. Très vite les deux hommes se lient d’amitié et trouvent en Joanna la femme idéale. Mais se lassant trop vite de Bruno, elle le dénonce à la police…
L’Amour est plus froid que la mort est le premier film de R.W. Fassbinder. Il explore, à la manière des films noirs américains, les relations conflictuelles d’un triangle amoureux fondé sur une hypothétique confiance. Hanna Schygulla, lumineuse, incarne à la perfection la femme fatale, icône indispensable au genre représenté.
Après avoir quitté la rébellion naxalite, encore active à l’est de l’Inde, Somi et son mari vivent avec leurs deux enfants en bas âge dans un camp installé par le gouvernement, en vue de leur réintégration. Mais l’organisation sociale qu’ils ont combattue les armes à la main fait semblant de leur offrir un avenir et une rédemption.
Implantés dans l’est de la péninsule, les Naxalites luttent depuis la fin des années 1960 pour les droits des « tribaux » et des « dalits » (hors-castes) qui représentent le quart de la population indienne et vivent dans une extrême pauvreté. Pour New Dehli, ils constituent la plus grande menace sur la sécurité intérieure du pays, conjurée par une politique de « pardon », en échange de leur reddition. Somi attend un nouvel enfant. Avec son mari, elle a déposé son fusil pour vivre dans un camp aux côtés d’autres repentis, et offrir à leur aîné, Dadu, l’éducation qu’ils n’ont pas reçue. En immersion, Arya Rothe, Isabella Rinaldi et Cristina Hanes ont filmé sur une longue période leur parcours d’ex-combattants. Car les époux se trouvent dans une situation presque inextricable. Le « pardon » gouvernemental se limite à l’incessante mise en cause d’un passé avec lequel ils essayent de rompre, compliqué de surcroît par une bureaucratie tatillonne. « A Rifle and a Bag » montre avec finesse les ressorts d’une introuvable réinsertion au sein d’une organisation sociale rigide, dont Somi et sa famille se retrouvent otages. Emmanuel Chicon Programmateur à Visions du Réel, membre du collectif Sans Canal Fixe (Tours)
Dans sa cavale, construite selon le principe de la traversée de multiples paysages et d’une succession d’épreuves, Marcelle, surnommée Ultraviolette, va défier l’école, la maladie, les médecins, la mort, embrasant de vie tous ceux qu’elle croise sur sa route, pour finalement se retrouver seule au monde, épuisée mais pas vaincue, l’amour fou toujours en tête…
« À sa mort, Emma, notre mère et grand-mère, nous avait laissé ses cahiers intimes. En 2006, dans une coopération entre deux générations, mère et fils, nous avions réfléchi ensemble au roman familial qui avait surgi sous nos yeux, et nous en avions écrit un film documentaire, Où sont nos amoureuses, dont Emma était le personnage principal. Ce film racontait comment dans les années 30 et 40, des jeunes gens à la fois politisés et romanesques furent pris dans la grande Histoire du XXe siècle. Ici, nous poursuivons le travail d’exploration de la vie d’Emma à partir des documents qu’elle avait laissés derrière elle. Cette fois, nous n’avons pas puisé dans ses cahiers personnels, mais dans les centaines de lettres qu’une très jeune fille, Marcelle, 16 ans, son premier amour, lui avait adressées, bien plus tôt, dans les années 20, et qu’Emma, 17 ans, avait conservées. Marcelle avait rencontré Emma, au milieu des années 20 dans une Ecole normale à Dijon. Elles se sont alors follement aimées tout en haut de leur tour d’ivoire. Puis Marcelle, tombée malade, a dû quitter Emma pour entrer au sanatorium. Ce film est donc d’abord l’histoire d’un premier amour qui a marqué deux adolescentes à jamais. Il démarre au moment de leur séparation, au moment où le grand amour se mue en absolu d’amour, puisque la passion se nourrit d’absence. »
Dans une favela qui a vu le jour à Rio de Janeiro dans les années soixante, Fusée est un gamin noir, pauvre, trop fragile pour devenir hors-la-loi, mais assez malin pour ne pas se contenter d’un travail sous payé. Il grandit dans un environnement violent, mais tente de voir la réalité autrement, avec l’oeil d’un artiste. Il rêve de devenir photographe professionnel. Petit Dé, un enfant de onze ans, emménage dans la Cité. Il souhaite pour sa part devenir le plus grand criminel de Rio et commence son apprentissage en rendant de menus services à la pègre locale. Il admire Tignasse et son gang, qui arraisonnent les camions et cambriolent à tout va. Tignasse donne à Petit Dé l’occasion de commettre un meurtre, le premier d’une longue série…
Le casting de La Cité de Dieu est minutieux. Fernando Meirelles décide de faire appel à des non-professionnels et s’appuie sur sa coréalisatrice Kátia Lund, qui a signé plusieurs documentaires sur les favelas et connaît bien le terrain. Ils organisent des auditions et sélectionnent 200 jeunes qui participent ensuite à des ateliers menés par un acteur. Leur jeu naturel renforce l’authenticité du film, qui adopte par ailleurs un style flamboyant et virtuose. Le montage, souple et rapide, insuffle une tension permanente, tandis que l’image brille, plongeant le spectateur dans une ambiance électrique. -Le Festival Lumière
Julia est une jeune fille qui vit de petites combines et est obsédée par la pratique de la moto. Un jour d’été, elle rencontre une bande de cross-motards et commence à s’incruster dans cette dernière. Cependant, un accident commence à fragiliser sa relation avec la bande…
« Putain, j’ai l’impression que j’ai pris un shoot avec ta moto ! » Une phrase du film. Celle qui décrit le mieux la sensation que Julia éprouve lorsqu’elle s’élance à toute berzingue, fougue au vent, sur ses bécanes volées. Trucs et astuces bien fourrés dans son sac pour truander le moindre gus flanqué d’une moto à vendre – jusqu’aux casses ultimes –, solitaire mais jamais sur le bord de la route, elle fonce, animale, se carrant bien du moindre code et surtout de celui imposé par une bande de motards bien obligée de se ranger à sa fougue. D’un naturel désarmant, presque naïf, Julia impose son style : les conventions, bâtard, c’est pour l’ancien monde. Un western en roues levées, flirtant avec le fantastique… c’est dingue ce qu’on peut faire quand on envoie valdinguer les genres… Cette animalité, chevillée à une propension dingue pour la liberté, justement, ça nous a explosé à la tronche. On a rarement ressenti ça : agrippant limite les bras du siège de la salle de cinéma quand la gomme des pneus frotte sur le bitume, ressentant le plaisir de la ride jusqu’au fin fond des tripes, jouissant des rugissements des moteurs comme de la bande originale larguant des litres de basses au gramme près. La précision des plans, la précision du jeu – brut et donné par une majorité de non-professionnel·les –, la précision à décrire (sans vraiment le faire, c’est là le génie) ce que la rivalité et la virilité viennent voler au reste, ouais, ça nous a scié. Putain, Lola Quivoron, on a pris un shoot avec ton film.
-Cécile Becker, directrice et membre du conseil de programmation du Cosmos.
Séances précédées du court métrage In Der Luft de Guillaume Erbs
(FR | 2024 | 25min)
Au cœur de Sarreguemines, une cite faïencière franco allemande… Hugo vit l’été de ses 15 ans entre la gare et les friches industrielles de la ville. Quand il n’est pas sur sa moto, il trompe son manque d’assurance en s’improvisant leader de son trio de copains. Aujourd’hui, il vient de mettre la main sur un authentique pistolet : c’est l’occasion ou jamais de prouver sa valeur auprès des adultes de la zone commerciale. Dans ce monde ou règnent les roues arrières, la chicha a l’alcool et le tabac pas cher, Hugo va devoir mener le braquage d’une station-service de l’autre côté de la frontière… ne sachant pas parler un seul mot d’allemand !
Le village de Bacurau dans le sertão brésilien fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que Bacurau a disparu de la carte.
Bacurau mélange la chronique néoréaliste, le western, le film de survie… et la fable dystopique. Les cinéastes représentent habilement la corruption, le manque d’eau, la ghettoïsation de régions entières, les nouvelles formes de colonisation des pays dominants. Leur clairvoyance politique est associée à un imaginaire fort. Des figures inattendues peuplent cette guerre ouverte, terriblement proche du safari, où la violence va crescendo. À Bacurau, comme chez Astérix, on trouve aussi une potion magique : des psychotropes puissants, gobés par tous les habitants. Pour à la fois s’échapper et résister à l’horreur environnante. – Télérama
A l’époque de la Prohibition, le gangster Tom Reagan, bras droit d’un caïd irlandais, trahit et manipule son entourage, l’utilisant à ses propres fins, même par la violence, afin de se faire une place.
Les frères Coen aiment jouer avec les codes du cinéma américain patrimonial. Ils s’y glissent même à la manière de talentueux parasites. Ici, ils visitent avec un soin maniaque le dérisoire et somptueux bric-à-brac du film noir. Rien ne manque au tableau, de la collection d’objets fétiches (borsalino, mitraillettes et whisky) au ballet des trahisons et autres fausses pistes. Pourtant, la perspective y est comme génialement déformée, faussée. Miller’s Crossing n’est ni un exercice de style, ni une parodie : c’est un film mutant, un imitateur pervers. Un plan-séquence onirique, un gag inattendu, un peu trop de ténèbres dans un appartement, une réplique grinçante y sèment autant de principes d’étrangeté, d’éléments discordants. —Télérama
Neil McCauley est un braqueur qui a de l’expérience. Il veille, au cours de ses vols, à ne pas commettre d’impairs. Ses complices n’ont pas autant de scrupules ni de «conscience professionnelle». Lors d’une opération pourtant bien planifiée, l’un d’entre eux tire sur deux vigiles. Ce double meurtre intéresse au plus au point le lieutenant Hanna, qui ne met guère de temps à identifier McCauley comme étant le cerveau de la bande. Les deux hommes apprennent à se connaître par dossier et surveillance interposée. A tel point qu’il finissent par se rencontrer. Chacun jure alors de mettre l’autre en échec. Un duel s’engage, à la limite de la légalité. Robert De Niro et Al Pacino, deux monstres du cinéma, se livrent à un numéro d’anthologie.
Un hold-up raté provoque un jeu du chat et de la souris entre un policier un peu louche (Pacino) et un braqueur (De Niro). Superbe affrontement entre deux monstres sacrés. Une tension mélancolique parcourt ce film qui a fait la réputation de Michael Mann.
– Télérama
A New York, à la fin de la prohibition, Noodles se réfugie dans une fumerie d’opium après un coup qui a mal tourné. Plus de trente ans plus tard, il est de retour en ville et se remémore son passé de gangster : de sa jeunesse de voyou dans les années 20, marquée par sa rencontre avec son ami Max et leurs nombreux trafics dans le ghetto juif de la ville, jusqu’à la période de prohibition où leur bande, liée par une profonde amitié, s’enrichit et marque son ascension dans la pègre grâce au commerce illégal d’alcool. Noodles se rappelle aussi de sa relation amoureuse échouée avec Deborah durant toute sa vie…
Avec son dernier film, Sergio Leone abandonne ses variations mi-opératiques, mi-parodiques sur le western, et change radicalement de genre et d’époque. Il était une fois en Amérique est en effet un film de gangsters qui se déploie sur une bonne moitié du XXème siècle, du début des années 1920 à la fin des années 1960. Cette fresque crépusculaire et testamentaire condense tout le savoir-faire du grand metteur en scène, ses thèmes et ses obsessions – mais également ses ambiguïtés et ses zones d’ombre.
-Sébastien Chapuys pour Critikat
À l’issue d’un séjour de cinq ans derrière les barreaux, Johnny Clay met la touche finale au plan de braquage d’un hippodrome. Butin estimé : 2 millions de dollars. Largement de quoi modifier radicalement le cours de la vie de plusieurs personnes. Autour de lui, Clay rassemble non seulement des hommes qui connaissent bien les lieux pour y travailler, mais aussi un policier endetté, un tireur d’élite et un ancien catcheur apte à déclencher une bagarre au moment opportun. S’il ne laisse rien au hasard et semble avoir tout prévu dans les moindres détails, le braqueur oublie toutefois qu’un grain de sable suffit parfois à gripper les mécaniques les mieux huilées…
Premier succès de Kubrick, le film bouscule les conventions du polar et opte pour une forme de narration qui multiplie les points de vue, influence majeure de Tarantino pour Reservoir Dogs.
-La cinémathèque française
Dix ans après une révolution socialiste aux États-Unis, la structure patriarcale est toujours en place. Science-fiction politique dans le style documentaire, “Born in flames” nous entraîne dans un New York au bord de la faillite, bouillonnant d’énergie frondeuse. À l’appel de l’Armée des femmes, plusieurs groupes d’activistes se solidarisent finalement en un réseau mouvant et non hiérarchique qui déroute le FBI. Elles combattent dans une atmosphère explosive, une société dont les institutions sont à la fois racistes, classistes et sexistes.
Et si, poussées par la violence ordinaire de l’État, quelques femmes s’armaient pour prendre le contrôle des médias et y raconter elles-mêmes ce qui se passe ? Occuper les ondes pour couper court au discours dominé par l’hypocrisie sociale, la norme hétérosexuelle traditionnelle et le féminisme blanc. Sur des chaînes de radios pirates féministes, deux voix dissidentes de l’underground new-yorkais diffusent des chansons punks, nouveaux récits dont la rythmique soutient le mouvement de révolte. Cinéma guérilla, kaléidoscope d’actions directes et de stratégies incisives, « Born in Flames » invente ses propres représentations, porté par une joie rebelle. Charlène Dinhut, programmatrice et commissaire d’exposition et Charlotte Ferchaud, membre du comité éditorial de la revue Panthère Première
L’itinéraire de Michel, jeune homme solitaire, fasciné par le vol, qu’il élève au niveau d’un art, persuadé que certains êtres d’élite auraient le droit d’échapper aux lois.
« Rarement, par exemple, on aura vu un cinéaste raconter une histoire plus vite que Bresson, par un usage implacable de l’ellipse, qui transforme le travail de montage en une opération de chirurgie consistant à couper tout ce qui ne sert à rie, sans vergogne, ni pitié. ”Tout art est abstrait… et suggestif”, disait-il, lui qui s’acharnait à aller à l’essentiel, à la moelle des choses et surtout des êtres humains. Un simple mouvement des yeux, chez Bresson, sert à créer un hors-champ, hors-champ qu’il n’est quasiment plus besoin de montrer. (…) Cet art de l’essentiel est porté à son paroxysme dans le film qui est considéré, sans doute à juste titre, comme son chef-d’œuvre : Pickpocket, bouleversant, hallucinant, d’une virtuosité et d’une folle radicalité, que toute personne désirant devenir cinéaste devrait regarder en boucle pendant une semaine d’affilée avant de se mettre au boulot. » Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles
Le commissaire Mattei, de la brigade criminelle, est chargé de convoyer le détenu Vogel dans le train de nuit reliant Marseille à Paris. Malgré toutes les précautions prises, ce dernier parvient à s’évader en pleine campagne. Au même moment, un homme nommé Corey sort de prison après cinq années de détention. Il décide de se rendre à Paris car l’un des gardiens lui a parlé d’un coup à faire dans une bijouterie place Vendôme. Alors que Corey fait une halte dans un restaurant, Vogel trouve refuge dans le coffre de sa voiture. Le conducteur le repère et les deux hommes font connaissance. Ensemble, ils vont œuvrer sur le casse, bientôt rejoints par Jansen, un ancien flic devenu criminel…
A partir du Samouraï (1967), Jean-Pierre Melville place en exergue de ses films des citations qui chargent le récit d’une profondeur philosophique. Pour Le Cercle rouge, le cinéaste convoque le père du bouddhisme, Siddhartha Gautama, chef spirituel ayant vécu au VI avant J.C. « Quand des hommes, même s’ils l’ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d’entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge. » C’est donc la fatalité qui recouvre d’un voile quasi religieux ce polar.
Pour retrouver les braqueurs responsables de 26 attaques de banques, Johnny Utah, jeune inspecteur du FBI inexpérimenté et naïf, s’infiltre dans le milieu des surfeurs de Los Angeles.
Première réalisatrice oscarisée dans l’histoire du cinéma américain, Kathryn Bigelow se glisse au sein d’un gang de surfeurs dont elle filme les exploits en tout genre, de l’océan aux cambriolages, avec maestria. —-Télérama
Précédé d’un avant-programme Sur les Plages du Pacifique, issu de la Collection MIRA, Mémoire des Images Réanimées d’Alsace (1972, 3 min.)
L’idée de génie qu’eut Madame Souza en offrant un vélo à son neveu alla bien au-delà de ses espérances. L’entraînement, une alimentation adaptée et le Tour de France n’étaient pas loin… La « mafia française » non plus qui, repérant le futur champion cycliste, l’enlève. Madame Souza, accompagnée de trois vieilles dames, les Triplettes, devenues ses complices, devra braver tous les dangers dans une course poursuite ébouriffante.
« Ce film un peu déjanté surprend et charme par son esthétique et son originalité, qui nous sort un peu de nos habitudes de spectateur. Toute la famille appréciera sans doute de suivre des personnages inhabituels (des vieilles femmes), dans une époque peu représentée (les années 50), à travers une ville imaginaire dont la hauteur des bâtiments est vertigineuse, le tout sur un fond musical groovy qui met de bonne humeur. »
-Benshi
Dans la banlieue de Tokyo, sous le plancher d’une vieille maison perdue au cœur d’un grand jardin, la minuscule Arrietty vit en secret avec sa famille. Ce sont des Chapardeurs. Arrietty connaît les règles : on n’emprunte que ce dont on a besoin, en si petite quantité que les habitants de la maison ne s’en aperçoivent pas. Plus important encore, on se méfie du chat, des rats, et interdiction absolue d’être vus par les humains sous peine d’être obligés de déménager. Arrietty sait tout cela. Pourtant, lorsqu’un jeune garçon, Sho, arrive à la maison pour se reposer avant une grave opération, elle sent que tout sera différent. Entre la jeune fille et celui qu’elle voit comme un géant se noue une amitié que personne ne pourra oublier…