Apparaissant sous un drap blanc, le fantôme d’un homme rend visite à sa femme en deuil dans la maison de banlieue qu’ils partageaient encore récemment, pour y découvrir que dans ce nouvel état spectral, le temps n’a plus d’emprise sur lui. Condamné à ne plus être que simple spectateur de la vie qui fut la sienne, avec la femme qu’il aime, et qui toutes deux lui échappent inéluctablement, le fantôme se laisse entraîner dans un voyage à travers le temps et la mémoire, en proie aux ineffables questionnements de l’existence et à son incommensurabilité.
David Lowery est un drôle de zèbre : il travaille pour Disney (Peter et Elliott le dragon, 2016) tout en étant fêté au festival du cinéma indépendant de Sundance (Les Amants du Texas, 2013). Avec A Ghost Story, il mêle le merveilleux et la radicalité. Son fantôme est à la fois naïf et conceptuel. -Télérama
Cycle : Cycle #23 Fantômes
La Chimère
Chacun poursuit sa chimère sans jamais parvenir à la saisir. Pour certains, c’est un rêve d’argent facile, pour d’autres la quête d’un amour passé… De retour dans sa petite ville du bord de la mer Tyrrhénienne, Arthur retrouve sa bande de Tombaroli, des pilleurs de tombes étrusques et de merveilles archéologiques. Arthur a un don qu’il met au service de ses amis brigands : il ressent le vide. Le vide de la terre dans laquelle se trouvent les vestiges d’un monde passé. Le même vide qu’a laissé en lui le souvenir de son amour perdu, Beniamina.
Dès son premier plan, la Chimère saisit : on entrevoit le visage d’une jeune femme vaporeuse, l’espace d’un instant, tandis qu’une voix d’homme murmure que ce pourrait bien être la dernière image vue. Il y a le son aussi, rugueux, pierreux, d’un cache qui vient masquer ce visage. Est-ce la caméra qu’on obstrue, ou un trou plus profond, plus ancien, recouvert par le noir de la terre ? Où se situe celui qui regarde avec l’espoir d’un noyé cette dernière image du monde ? La Chimère, quatrième long métrage de la prodigieuse italienne Alice Rohrwacher a beau être situé dans les années 80, il s’efforce de sillonner entre des temps moins historiques, des époques qui cohabitent plutôt qu’elles ne se succèdent et forment des strates de mémoire et d’oubli que certains remuent à leurs risques et périls.
-Libération
L’Étrange Affaire Angélica
Une nuit, Isaac, jeune photographe et locataire de la pension de Dona Rosa à Régua, est appelé d’urgence par une riche famille afin de faire le dernier portrait de leur fille Angélica, une jeune femme morte juste après son mariage. Dans la maison en deuil, Isaac découvre Angélica et reste sidéré par sa beauté. Lorsqu’il porte à son œil l’objectif de son appareil photo, la jeune femme semble reprendre vie, pour lui seul. Isaac tombe instantanément amoureux d’elle. Dès lors, Angélica le hantera nuit et jour, jusqu’à l’épuisement.
Il paraît normal qu’un homme de 102 ans bien tassés ait quelque pensée pour la mort. Mais même dans le dernier film — en date — de Manoel de Oliveira, celle-ci est tout sauf une finalité de son discours : au contraire, un moyen de rebondir vers un discours sur soi, son art et son rapport au monde — un discours tranquillement lucide, personnel mais s’adressant à tous, échappant à la décrépitude. Pas de doute : L’Étrange Affaire Angélica est l’œuvre d’un vivant qui, où qu’il aille, garde le pied et l’œil aussi alertes que sa canne.
-Benoît Smith pour Critikat
Vers l’autre rive
Au cœur du Japon, Yusuke convie sa compagne Mizuki à un périple à travers les villages et les rizières. A la rencontre de ceux qu’il a croisés sur sa route depuis ces trois dernières années, depuis ce moment où il s’est noyé en mer, depuis ce jour où il est mort. Pourquoi être revenu ?
Vers l’autre rive se présente comme un récit initiatique saisissant dans sa bouleversante étendue le mystère de la mort cohabitant avec la vie, et réciproquement le mystère même de celle-ci. « L’amour est fort comme la mort », selon la belle formule du Cantique des Cantiques : Kurosawa livre un film cosmique où s’exprime un rapport au monde entier, autant abstrait que sensible.
-Marie Gueden pour Critikat
Ring
Tokyo, fin des années 2000, une rumeur se répand parmi les adolescents : visionner une mystérieuse cassette vidéo provoquerait une mort certaine au bout d’une semaine. Après le décès inexplicable de sa nièce, la journaliste Reiko Asakawa décide de mener l’enquête mais se retrouve elle-même sous le coup de la malédiction. Pendant les sept jours qui lui restent à vivre, elle devra remonter à l’origine de la vidéo fatale et affronter le spectre qui hante les télévisions : Sadako.
Une vidéo maudite ne laisse que sept jours de vie à ses spectateurs. D’après une croyance populaire, Nakata s’approprie ce compte à rebours pour dynamiter les codes du genre et offrir une vision moderne du fantôme japonais. Mortifère au possible, baigné par une bande-son lancinante, Ring déstabilise pour susciter un malaise durable, construit sur un crescendo pétrifiant.
– La Cinémathèque Française
S.O.S. Fantômes
Peter, Raymond et Egon effectuent des recherches sur la parapsychologie. Virés par le Doyen de la faculté, ils décident de fonder une société destinée à chasser les revenants. Son nom : S.O.S. Fantômes. Le succès frappe tant et si bien à leur porte qu’ils en sont bientôt à travailler à la chaîne…
La chasse aux fantômes de « scientifiques » gentiment paumés, bientôt transformée en comédie générationnelle à fort potentiel nostalgique. Effets spéciaux d’époque, humour loufoque et personnages décalés (dont le flegmatique Bill Murray) façonnent une indémodable madeleine de Proust, irrésistible melting-pot de drôlerie, de suspense et de fantaisie.
-La Cinémathèque Française
L’Echine du diable
Alors que la guerre civile déchire l’Espagne, le jeune Carlos trouve refuge à Santa Lucia, un orphelinat perdu dans la campagne dirigé par Mme Carmen. À la nuit tombée, le garçon est mis au défi par ses camarades : il doit traverser la cour de l’établissement pour se rendre à la cuisine, l’obligeant à passer devant la maison du gardien, l’antipathique Jacinto. Une fois sur place, Carlos entend d’étranges soupirs et découvre dans le sous-sol de la bâtisse le fantôme d’un enfant mutilé…
Précurseur des films de fantômes qui marqueront le cinéma au début des années 2000, Guillermo del Toro se hisse, avec L’Échine du diable, parmi les réalisateurs les plus importants de sa génération. Porté par un univers à la fois gothique et fantastique, il signe avec L’Échine du diable un conte cruel sur l’enfance empreint d’Histoire, de nostalgie et de poésie, où l’horreur n’est pas forcément là où on l’attend.
-Carlotta Films
Les Contes de la lune vague après la pluie
Au XVIe siècle, le potier Genjuro et le paysan Tobeï abandonnent leur village ravagé par la guerre civile et partent à la ville, laissant leurs femmes derrière eux. De nombreux malheurs vont mettre leurs rêves de fortune et de gloire à l’épreuve.
Un film de fantômes inspiré de la tradition du nō, l’un des chefs-d’œuvre du cinéma japonais. Mizoguchi obtient une reconnaissance européenne avec ce conte cruel et envoûtant (Lion d’argent à Venise), grandiose évocation des expressionnistes allemands, qui confronte le mélodrame à la tentation du fantastique. Une fuite illusoire vers le bonheur, une lutte pour le pouvoir, dont les femmes sont les premières victimes. On trouve dans le cinéma de Mizoguchi tout l’imaginaire occidental de l’Orient japonais : les paysages embrumés, les histoires de fantômes, les fantasmes érotiques. Les Contes de la lune vague après la pluie en est la quintessence. S’inspirant de contes japonais et de nouvelles de Maupassant, le cinéaste y dépeint des personnages aussi archétypaux qu’actuels, prenant comme toujours le parti des femmes. Victime sociale du désir masculin, la femme assume seule la réalité, quand l’homme vit dans l’avidité, l’ambition et le besoin de domination.En 1953, lorsque le film sort et obtient le Lion d’argent à la Mostra de Venise, il installe le cinéma nippon parmi les plus importants du monde, artistiquement. Devenu un classique des plus admirés, il ne cesse d’éblouir tant par la beauté de ses images, d’une poésie surnaturelle sans pareille, que par la précision et l’élégance de la mise en scène, où chaque mouvement des personnages reflète l’expression de leur sentiment. Une fable universelle, un enchantement cinématographique intemporel.
– La Cinémathèque française.
Nostalgie de la lumière
Au Chili, à trois mille mètres d’altitude, les astronomes venus du monde entier se rassemblent dans le désert d’Atacama pour observer les étoiles. Car la transparence du ciel est telle qu’elle permet de regarder jusqu’aux confins de l’univers. C’est aussi un lieu où la sécheresse du sol conserve intacts les restes humains : ceux des momies, des explorateurs et des mineurs. Mais aussi, les ossements des prisonniers politiques de la dictature. Tandis que les astronomes scrutent les galaxies les plus éloignées en quête d’une probable vie extraterrestre, au pied des observatoires, des femmes remuent les pierres, à la recherche de leurs parents disparus…
Patricio Guzmán revient inlassablement sur l’histoire contemporaine chilienne et en sonde la mémoire dans cet essai cinématographique à la structure complexe où réflexion politique, philosophique et approche poétique s’entremêlent avec subtilité et sensibilité, se jouant d’associations improbables qu’il tisse avec grand art. Dans « Nostalgie de la lumière », sans nul doute son film le plus personnel, Patricio Guzmán explore une écriture, une approche formelle et une approche du montage qui se distinguent totalement de ses films précédents.
– Pascale Paulat et Christophe Postic Directrice et directeur artistiques des États généraux du film documentaire
Les Autres
En 1945, dans une immense demeure victorienne isolée sur l’île de Jersey située au large de la Normandie, vit Grace, une jeune femme pieuse, et ses deux enfants, Anne et Nicholas. Les journées sont longues pour cette mère de famille qui passe tout son temps à éduquer ses enfants en leur inculquant ses principes religieux. Atteints d’un mal étrange, Anne et Nicholas ne doivent en aucun cas être exposés à la lumière du jour. Ils vivent donc reclus dans ce manoir obscur, tous rideaux tirés. Un jour d’épais brouillard, trois personnes frappent à la porte du manoir isolé, en quête d’un travail. Grace, qui a justement besoin d’aide pour l’entretien du parc ainsi que d’une nouvelle nounou pour ses enfants, les engage. Dès lors, des événements étranges surviennent dans la demeure…
Diamant noir d’une filmographie brillante, « Les Autres » distille un instinct de mort oppressant. Un film envoûtant, qui interroge l’au-delà avec élégance. Nicole Kidman y est exceptionnelle.
-Ariane Allard pour Il était une fois le Cinéma
Beetlejuice
Pour avoir voulu sauver un chien, Adam et Barbara Maitland passent tout de go dans l’autre monde. Peu après, occupants invisibles de leur antique demeure ils la voient envahie par une riche et bruyante famille new-yorkaise. Rien à redire jusqu’au jour où cette honorable famille entreprend de donner un cachet plus urbain à la vieille demeure. Adam et Barbara, scandalisés, décident de déloger les intrus. Mais leurs classiques fantômes et autres sortilèges ne font aucun effet. C’est alors qu’ils font appel à un « bio-exorciste » freelance connu sous le sobriquet de Beetlejuice.
À l’époque, peu avaient repéré le nom de Tim Burton (puisque son premier long métrage, Pee-Wee’s Big Adventure, était encore inédit en France). Ce petit film frappadingue, carton aux Etats-Unis, fut donc accueilli avec des pincettes. Aujourd’hui, Beetlejuice est devenu incontournable. On y voit donc les jeunes époux Maitland vivre heureux dans la maison de leurs rêves et… mourir. Devenus fantômes, ils hantent leur coquette demeure, bientôt rachetée par des New-Yorkais qui la redécorent façon modern art. Horreur ! La guerre du goût commence, farces macabres de spectres traditionalistes contre provoc chic des avant-gardistes snobs.
– Télérama
Rebecca
C’est à Monte-Carlo que le richissime et séduisant veuf Maxim de Winter croise le chemin d’une jeune domestique qu’il ne tarde pas à séduire. Bientôt, ils se marient et retournent habiter dans le manoir de Manderley, demeure familiale de Winter, au sud de l’Angleterre. Très rapidement, dans cet endroit lugubre et froid, la nouvelle Mme. de Winter se confronte aux domestiques qui ne semblent guère l’apprécier. Surtout, c’est Mme. Danvers, la gouvernante, qui est la plus vindicative. Car depuis toujours, elle servait Rebecca, l’ex-femme de M. de Winter décédée un an plus tôt dans un accident. Son souvenir semble hanter le château…
You loved the novel, you’ll live the film… Tagline parfaite pour le premier film américain de Sir Alfred, d’après Daphné du Maurier. Devant l’objectif, une héroïne fantomatique, un veuf, sa nouvelle épouse, et une gouvernante jalouse et cruelle. Au menu : sentiment d’infériorité, culpabilité, rapports de couple conflictuels. Hitchcock exploite le malaise de Joan Fontaine, déjà en butte à l’hostilité de Laurence Olivier, en lui faisant croire que l’équipe entière la déteste. Avec délectation, il esquive le Code Hays auquel il se heurte pour la première fois, évoquant par allusions successives la relation saphique entre Mrs Danvers et Rebecca. Oscar du meilleur film, Rebecca laisse une belle descendance : du Xanadu de Citizen Kane, écho de l’imposant manoir de Manderley, à Laura de Preminger, du Secret derrière la porte de Fritz Lang jusqu’à, plus récemment, Phantom Thread, de Paul Thomas Anderson.
– La Cinémathèque Française.
Souvenirs de Marnie
Adolescente solitaire, Anna a perdu ses parents très jeune et vit en ville avec ses parents adoptifs. Lorsque son asthme s’aggrave, sa mère adoptive l’envoie chez des parents, les Oiwa, qui vivent près de la mer dans un petit village au nord d’Hokkaïdo. Pour Anna, c’est le début d’un été d’aventures qui commence par sa découverte d’une grande demeure construite au cœur des marais, non loin du village. Même si elle semble avoir quelque chose de familier pour elle, « La Maison des Marais », comme l’appellent les villageois, est inhabitée depuis bien longtemps. Et c’est là-bas qu’elle va faire la rencontre d’une étrange et mystérieuse fille : Marnie…
Ce conte intimiste a été créé dans les studios japonais Ghibli (fondés par Hayao Miyazaki), et ça se voit. À commencer par le décor, radieux coin de nature peint à la main, dont les coteaux d’un vert frémissant, les ciels purs et les maisons nichées dans les arbres semblent appartenir au même pays que Mon voisin Totoro
–Télérama