Antoine Vazquez parle de « Pédale Rurale »

04.03  >  29.03

Le Labo Média, c’est l’outil du Cosmos pour parler des films à l’affiche et de cinéma en général. Cette fois-ci, nous recevons Antoine Vazquez pour parler de son film Pédale Rurale, au Cosmos à partir du 4 mars 2026.

Le synopsis du film :
Benoît vit en Dordogne, à quelques kilomètres du village où il a grandi. Il a construit son paradis à l’abri des regards, s’est émancipé à sa manière, seul, dans la nature, avec ses couleurs. Il a trouvé ses manières de résister, de s’affranchir des stigmates du passé pour continuer à habiter le territoire de son enfance. Sur le chemin qu’il est parvenu à ouvrir, il reste des ronces qui continuent à le blesser. Alors ensemble on avance, on défriche parce que nos histoires résonnent, parce qu’on s’est trouvé. Et puis, avec les autres queers du coin, on décide d’organiser une Pride, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace qu’on n’a jamais eu, pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

L’avis du Cosmos :
Il se dégage de ce documentaire deux sentiments. La joie — celle qu’on éprouve en étant niché·e dans un refuge — et l’admiration : devant la beauté des confidences, comme devant le parcours de Benoît, qui, d’abord isolé et terrifié par la politisation de son homosexualité, devient peu à peu moteur. Du refuge, on retient celui de la maison de Benoît, ceinturée de verdure, et l’autre — celui qu’il se recrée au sein d’une communauté choisie. Cette communauté regroupe les queers du coin, les pédales rurales et lesbiennes des champs, que l’on suit tout au long du film œuvrer à l’organisation de la première Pride de Dordogne. Avec tout ce que cela implique : convaincre les élu·es, dépasser sa peur — et les peurs — dans des territoires où l’homosexualité reste bien souvent au placard.
Un documentaire très émouvant, mais aussi passionnant par sa forme. Son réalisateur, Antoine Vazquez, personne concernée, se met en scène pour raconter, en toile de fond, l’amitié qui le lie à Benoît, mais aussi pour faire écho à son propre parcours : lui-même a grandi dans le Béarn. Quand faire un film devient aussi une manière de réparer.
-Cécile Becker, membre du Conseil de programmation

Tous les horaires (du 4 au 29 mars) et résas sont par ici !

Cheikh Sakho parle de « Soundtrack to a Coup d’état » de Johan Grimonprez

15.12  >  05.01Voir les prochaines séances

Le Labo Média, c’est l’outil du Cosmos pour parler des films à l’affiche et de cinéma en général. En discussion ? Le documentaire de Johan Grimonprez, Soundtrack to a Coup d’état avec Cheikh Sakho.

Nous avons profité de la venue de Cheikh Sakho, docteur en histoire contemporaine, pour discuter de l’importance des pages souvent méconnues de l’histoire au coeur du documentaire Soundtrack to a Coup d’Etat de Johan Grimonprez. Ce récit parfois très surprenant est nourri par des images d’archives édifiantes mises à la lumière des études postcoloniales. Pour découvrir le film, il reste encore quelques dates au Cosmos !

Le synopsis du film :
Jazz, politique et décolonisation s’entremêlent dans ce récit d’un épisode méconnu de la guerre froide. En 1961, la chanteuse Abbey Lincoln et le batteur Max Roach, militants des droits civiques et figures du jazz, interrompent une session du Conseil de sécurité de l’ONU pour protester contre l’assassinat de Patrice Lumumba, Premier ministre du Congo nouvellement indépendant. L’ONU devient alors l’arène d’un bras de fer géopolitique majeur et Louis Armstrong, nommé “Ambassadeur du Jazz », est envoyé en mission au Congo par les États-Unis, pour détourner l’attention du coup d’État soutenu par la CIA.

L’avis du GNCR :
Le projet est dingue : comment raconter une histoire de la décolonisation en la croisant avec des légendes du jazz américain tout en se réappropriant ses codes. De fait, c’est exactement ce qu’annonce le titre du film : travailler à une bande originale qui accompagne les mouvements d’émancipation et, plus particulièrement, le destin tragique de Patrice Lumumba.

Et, outre son univers graphique qui emprunte son élégance aux riches heures du label Blue Note, la structure du film ressemble beaucoup à un air de bebop. Il suffit de regarder sa définition exacte : « style de jazz (…] qui se caractérise par des tempos rapides où l’improvisation est basée plus sur une structure harmonique sophistiquée que sur la mélodie. La section rythmique est éclatée et fait usage d’harmonies chromatiques et dissonantes. »

Voilà exactement comment se déploie le film, pour aboutir à un ensemble qui nous permet d’entrevoir de manière très limpide les enjeux de la guerre froide appliqués au continent africain. Dans un monde parfait, le film devrait être montré à tous les élèves qui étudient l’histoire contemporaine au lycée.
– Séverine Rocaboy, Cinéma Les Toiles, Saint-Gratien