L’itinéraire de Michel, jeune homme solitaire, fasciné par le vol, qu’il élève au niveau d’un art, persuadé que certains êtres d’élite auraient le droit d’échapper aux lois.
« Rarement, par exemple, on aura vu un cinéaste raconter une histoire plus vite que Bresson, par un usage implacable de l’ellipse, qui transforme le travail de montage en une opération de chirurgie consistant à couper tout ce qui ne sert à rie, sans vergogne, ni pitié. ”Tout art est abstrait… et suggestif”, disait-il, lui qui s’acharnait à aller à l’essentiel, à la moelle des choses et surtout des êtres humains. Un simple mouvement des yeux, chez Bresson, sert à créer un hors-champ, hors-champ qu’il n’est quasiment plus besoin de montrer. (…) Cet art de l’essentiel est porté à son paroxysme dans le film qui est considéré, sans doute à juste titre, comme son chef-d’œuvre : Pickpocket, bouleversant, hallucinant, d’une virtuosité et d’une folle radicalité, que toute personne désirant devenir cinéaste devrait regarder en boucle pendant une semaine d’affilée avant de se mettre au boulot. » Jean-Baptiste Morain, Les Inrockuptibles
Dix ans après une révolution socialiste aux États-Unis, la structure patriarcale est toujours en place. Science-fiction politique dans le style documentaire, “Born in flames” nous entraîne dans un New York au bord de la faillite, bouillonnant d’énergie frondeuse. À l’appel de l’Armée des femmes, plusieurs groupes d’activistes se solidarisent finalement en un réseau mouvant et non hiérarchique qui déroute le FBI. Elles combattent dans une atmosphère explosive, une société dont les institutions sont à la fois racistes, classistes et sexistes.
Et si, poussées par la violence ordinaire de l’État, quelques femmes s’armaient pour prendre le contrôle des médias et y raconter elles-mêmes ce qui se passe ? Occuper les ondes pour couper court au discours dominé par l’hypocrisie sociale, la norme hétérosexuelle traditionnelle et le féminisme blanc. Sur des chaînes de radios pirates féministes, deux voix dissidentes de l’underground new-yorkais diffusent des chansons punks, nouveaux récits dont la rythmique soutient le mouvement de révolte. Cinéma guérilla, kaléidoscope d’actions directes et de stratégies incisives, « Born in Flames » invente ses propres représentations, porté par une joie rebelle. Charlène Dinhut, programmatrice et commissaire d’exposition et Charlotte Ferchaud, membre du comité éditorial de la revue Panthère Première
À l’issue d’un séjour de cinq ans derrière les barreaux, Johnny Clay met la touche finale au plan de braquage d’un hippodrome. Butin estimé : 2 millions de dollars. Largement de quoi modifier radicalement le cours de la vie de plusieurs personnes. Autour de lui, Clay rassemble non seulement des hommes qui connaissent bien les lieux pour y travailler, mais aussi un policier endetté, un tireur d’élite et un ancien catcheur apte à déclencher une bagarre au moment opportun. S’il ne laisse rien au hasard et semble avoir tout prévu dans les moindres détails, le braqueur oublie toutefois qu’un grain de sable suffit parfois à gripper les mécaniques les mieux huilées…
Premier succès de Kubrick, le film bouscule les conventions du polar et opte pour une forme de narration qui multiplie les points de vue, influence majeure de Tarantino pour Reservoir Dogs.
-La cinémathèque française
A New York, à la fin de la prohibition, Noodles se réfugie dans une fumerie d’opium après un coup qui a mal tourné. Plus de trente ans plus tard, il est de retour en ville et se remémore son passé de gangster : de sa jeunesse de voyou dans les années 20, marquée par sa rencontre avec son ami Max et leurs nombreux trafics dans le ghetto juif de la ville, jusqu’à la période de prohibition où leur bande, liée par une profonde amitié, s’enrichit et marque son ascension dans la pègre grâce au commerce illégal d’alcool. Noodles se rappelle aussi de sa relation amoureuse échouée avec Deborah durant toute sa vie…
Avec son dernier film, Sergio Leone abandonne ses variations mi-opératiques, mi-parodiques sur le western, et change radicalement de genre et d’époque. Il était une fois en Amérique est en effet un film de gangsters qui se déploie sur une bonne moitié du XXème siècle, du début des années 1920 à la fin des années 1960. Cette fresque crépusculaire et testamentaire condense tout le savoir-faire du grand metteur en scène, ses thèmes et ses obsessions – mais également ses ambiguïtés et ses zones d’ombre.
-Sébastien Chapuys pour Critikat
Neil McCauley est un braqueur qui a de l’expérience. Il veille, au cours de ses vols, à ne pas commettre d’impairs. Ses complices n’ont pas autant de scrupules ni de «conscience professionnelle». Lors d’une opération pourtant bien planifiée, l’un d’entre eux tire sur deux vigiles. Ce double meurtre intéresse au plus au point le lieutenant Hanna, qui ne met guère de temps à identifier McCauley comme étant le cerveau de la bande. Les deux hommes apprennent à se connaître par dossier et surveillance interposée. A tel point qu’il finissent par se rencontrer. Chacun jure alors de mettre l’autre en échec. Un duel s’engage, à la limite de la légalité. Robert De Niro et Al Pacino, deux monstres du cinéma, se livrent à un numéro d’anthologie.
Un hold-up raté provoque un jeu du chat et de la souris entre un policier un peu louche (Pacino) et un braqueur (De Niro). Superbe affrontement entre deux monstres sacrés. Une tension mélancolique parcourt ce film qui a fait la réputation de Michael Mann.
– Télérama
A l’époque de la Prohibition, le gangster Tom Reagan, bras droit d’un caïd irlandais, trahit et manipule son entourage, l’utilisant à ses propres fins, même par la violence, afin de se faire une place.
Les frères Coen aiment jouer avec les codes du cinéma américain patrimonial. Ils s’y glissent même à la manière de talentueux parasites. Ici, ils visitent avec un soin maniaque le dérisoire et somptueux bric-à-brac du film noir. Rien ne manque au tableau, de la collection d’objets fétiches (borsalino, mitraillettes et whisky) au ballet des trahisons et autres fausses pistes. Pourtant, la perspective y est comme génialement déformée, faussée. Miller’s Crossing n’est ni un exercice de style, ni une parodie : c’est un film mutant, un imitateur pervers. Un plan-séquence onirique, un gag inattendu, un peu trop de ténèbres dans un appartement, une réplique grinçante y sèment autant de principes d’étrangeté, d’éléments discordants. —Télérama
Dans une favela qui a vu le jour à Rio de Janeiro dans les années soixante, Fusée est un gamin noir, pauvre, trop fragile pour devenir hors-la-loi, mais assez malin pour ne pas se contenter d’un travail sous payé. Il grandit dans un environnement violent, mais tente de voir la réalité autrement, avec l’oeil d’un artiste. Il rêve de devenir photographe professionnel. Petit Dé, un enfant de onze ans, emménage dans la Cité. Il souhaite pour sa part devenir le plus grand criminel de Rio et commence son apprentissage en rendant de menus services à la pègre locale. Il admire Tignasse et son gang, qui arraisonnent les camions et cambriolent à tout va. Tignasse donne à Petit Dé l’occasion de commettre un meurtre, le premier d’une longue série…
Le casting de La Cité de Dieu est minutieux. Fernando Meirelles décide de faire appel à des non-professionnels et s’appuie sur sa coréalisatrice Kátia Lund, qui a signé plusieurs documentaires sur les favelas et connaît bien le terrain. Ils organisent des auditions et sélectionnent 200 jeunes qui participent ensuite à des ateliers menés par un acteur. Leur jeu naturel renforce l’authenticité du film, qui adopte par ailleurs un style flamboyant et virtuose. Le montage, souple et rapide, insuffle une tension permanente, tandis que l’image brille, plongeant le spectateur dans une ambiance électrique. -Le Festival Lumière
La tranquillité d’un petit village japonais est troublée par les attaques répétées d’une bande de pillards. Sept samouraïs sans maître acceptent de défendre les paysans impuissants.
Avec Steve Buscemi, Seymour Cassel, Jennifer Beals, Sam Rockwell, Stanley Tucci, Jim Jarmusch…
AVANT-PREMIÈRE AU COSMOS LE 12 JANVIER EN PRÉSENCE DU RÉALISATEUR, Alexandre Rockwell.
In the Soup d’Alexandre Rockwell suit les déboires d’un jeune new-yorkais, Adolfo, qui rêve de créer un film indépendant et exigeant, loin des codes de l’industrie cinématographique. Il vit dans l’illusion de la philosophie, de la littérature et du cinéma européen. Or, il habite dans les États-Unis des années 90, où le « Rêve Américain » s’est transformé depuis la fin des années 70 en impasse, et où la création artistique se heurte à la précarité et au cynisme. Celleux qui travaillent dur, à l’instar de la voisine du protagoniste, Angelica, ont du mal à joindre les deux bouts, et ceux qui, comme Aldolfo, ne croient plus en rien, préfèrent attendre dans leur canapé qu’un miracle leur tombe dessus.
Comédie assez jubilatoire, In the Soup est une véritable (re)découverte du meilleur de ce qu’a pu être le cinéma indépendant américain du début des années 90 version no wave. On pense beaucoup à Cassavetes (le noir et blanc granuleux, Seymour Cassel). Steve Buscemi y est à son meilleur, et cerises sur le gâteau : Jim Jarmusch dans une apparition hilarante et l’une des principales personnages de The L Word...
Jeanne, abusée par le seigneur de son village, pactise avec le Diable dans l’espoir d’obtenir vengeance. Métamorphosée par cette alliance, elle se réfugie dans une étrange vallée, la Belladonna…
Un véritable opéra-rock, une aventure graphique à la folle imagination, adapté de La Sorcière de Michelet et inscrit dans la culture underground. Avec sa cohorte de femmes brûlées, torturées ou crucifiées de peur que leur puissance ne renverse la domination masculine, Belladonna respecte à la lettre le caractère visionnaire et féministe du livre de Michelet.
-La Cinémathèque
⚠ TW : Jeanne est victime d’un viol, celui-ci n’étant pas frontalement montré mais figuré.
Interdit aux – de 12 ans
Séances précédées par le court métrage I would like to rage de Leho Galibert-Lainé
(FR | 2023 | 12 min)
Des jeux de rôle aux GIF animés, des performances reconstituées à l’écriture poétique, cet essai vidéo pose la question suivante : qu’est-ce qu’une expression authentique de la colère ?
Une jeune femme agitée et abrasive évite l’affection d’un jeune artiste sensible, préférant courir après des chanteurs de punk dans un désir malavisé de gloire et de fortune à Greenwich Village de New York.
Dès son premier long métrage, sélectionné à Cannes, Seidelman redéfinit l’image du personnage féminin, indocile et déterminée, qu’elle établit dans le New York mal famé des années 80. Comme une grande sœur de Susan dans le film suivant, l’égocentrique Wren, lunettes noires et bas résilles, cherche sa place dans les milieux underground de la ville, entre un musicien cynique et un gentil provincial. Une œuvre âpre, rugueuse, frénétique, à l’image de la BO signée The Feelies
-La Cinemathèque
Ada McGrath, jeune femme muette, veuve et passionnée de musique, débarque avec Flora, sa fille, sur une plage de Nouvelle-Zélande où elle doit épouser Alistair Stewart, un colon qu’elle ne connaît que par courrier. Le voyage pour rejoindre la ferme est difficile et Stewart préfère troquer l’encombrant piano auquel elle tient tant contre des terres appartenant à son voisin, George Baines, un être fruste qui vit comme les Maoris.
Palme d’or du Festival de Cannes de 1993, La Leçon de piano est seulement le troisième film de la cinéaste néo-zélandaise Jane Campion après les remarqués Sweetie (1989) et Un ange à ma table (1990). Grande amatrice de littérature romanesque et gothique, marquée notamment par les oeuvres des soeurs Brontë ou d’Ann Radcliffe, Jane Campion transpose avec succès ce genre typiquement anglais dans les contrées sauvages de la Nouvelle-Zélande, à l’aura tout aussi mystérieuse que celle des landes. La scénariste-réalisatrice joue brillamment avec les codes du classicisme pour raconter l’histoire de ce triangle amoureux à haute tension érotique, magnifiquement incarné par Holly Hunter (Crash), Harvey Keitel (Reservoir Dogs) et Sam Neill (Jurassic Park). Comme toujours chez Campion, l’histoire est envisagée à travers le prisme féminin : le personnage d’Ada est une femme forte et affirmée, prête à affronter toutes les batailles pour récupérer son piano, son unique moyen d’expression avec sa fille Flora – interprétée par l’impressionnante Anna Paquin (True Blood), alors âgée de neuf ans. Jane Campion signe là une oeuvre charnelle – où le plaisir féminin est pour une fois mis en avant – autour de personnages tiraillés entre la culture qui leur a été inculquée, et leurs instincts et pulsions naturels. Avec ses paysages ensorcelants et sa musique enivrante, La Leçon de piano est une peinture aussi délicate qu’embrasée de la passion amoureuse sublimée par un fabuleux quatuor d’acteurs, à contempler pour la première fois dans sa version restaurée 4K !
Médée est la fille du roi de l’île de Colchide. Jason, à la tête des Argonautes, débarque sur l’île pour s’emparer de la Toison d’or. Médée s’éprend de Jason et, grâce à ses dons de magicienne, parvient à obtenir le trophée. Après avoir tué le frère de Médée qui s’opposait à leur départ, Médée et Jason vivent d’heureuses années à Iolchos, puis à Corinthe. Jusqu’au jour où Jason tombe amoureux de Glauce, la fille du roi de Corinthe, Créon.
Adaptation de la célèbre tragédie d’Euripide, Médée est une œuvre sublime qui déborde de toute la démesure sanglante du mythe grec. Pier Paolo Pasolini clôt ici avec brio sa trilogie entamée avec L’Évangile selon saint Matthieu et Œdipe roi. C’est au cours de la décennie 1960 que le cinéaste redécouvre avec passion l’Antiquité et ses grands mythes, et qu’il effectue en parallèle des voyages à travers l’Afrique, le Moyen- Orient et l’Asie – certaines scènes en extérieur de Médée furent notamment tournées en Syrie et en Turquie. Pasolini voit dans ces nouveaux paysages un moyen de se rapprocher du sacré, loin de l’Italie et de son capitalisme politique qu’il exècre. Incarnée par la cantatrice Maria Callas dans son unique rôle au cinéma, extraordinaire dans son interprétation pleine de grâce et de passion, elle insuffle une humanité qui n’avait jusque-là jamais été admise à cette figure classique de femme coupable. Œuvre totale et fulgurante, Médée est un subtile mélange de mythologie classique et de critique sociale contemporaine.
Don Lope est un grand bourgeois tolédan d’âge mûr, oisif, libéral, anticlérical et don juan. Orpheline, Tristana est recueilli par cet aristocrate vieillissant de Tolède, qui devient son tuteur, puis son amant. Bientôt, elle l’abandonne et part vivre avec un peintre, Horacio. Quelques années après, la jeune femme revient malade d’une tumeur à la jambe.
Tristana est seulement le troisième film de Luis Buñuel tourné en Espagne après Las Hurdes (Terre sans pain) en 1932 et Viridiana en 1961. Le réalisateur célèbre ici ses retrouvailles avec la ville de Tolède, où il se rendait régulièrement depuis Madrid avec ses amis Salvador Dalí et Federico García Lorca. Les pérégrinations de ses personnages à travers la ville traduisent la nostalgie du cinéaste pour la cité de sa jeunesse. Tristana dénote également la fascination de Buñuel pour les petites choses de la vie qui peuvent changer le cours de l’existence – par exemple, le simple choix de s’engager dans une ruelle plutôt qu’une autre transformera à jamais la vie de la jeune femme car c’est là qu’elle fait la rencontre de son amant. Mais ce film sert avant tout de catalyseur au réalisateur car il fait confronter les décors de sa jeunesse à son angoisse de la vieillesse. Alors âgé de soixante-neuf ans, Buñuel s’identifie au personnage de Don Lope, vieil homme bourré de contradictions qu’il a peur de devenir, ce bourgeois anticlérical qui finit par boire un chocolat chaud avec les curés. À travers ce film, le cinéaste prouve finalement sa passion pour les personnages extrêmes et passionnés plutôt que pour les sages et les pragmatiques comme Horacio, l’amant italien de Tristana. Catherine Deneuve, qui a elle-même sollicité Buñuel pour retravailler avec lui, excelle à montrer la transformation de son personnage, de la jeune fille innocente des débuts à la femme froide et manipulatrice qu’elle finit par devenir. Plus elle s’affranchit de Don Lope – auquel elle reste malgré tout attirée tel un aimant – plus sa beauté se révèle, dévoilant un érotisme troublant malgré son corps mutilé. Considéré comme l’un des films les plus personnels de Buñuel, dernier film de la veine romanesque du réalisateur, Tristana montre de la plus belle des façons le passage du désir à l’amour véritable de la personne à travers sa blessure et son handicap.
La photographe Molly travaille à mi-temps dans une maison close de Manhattan. En une journée, elle jongle entre tous ses clients, ses collègues, et fait face à sa patronne ambitieuse. Là où la frontière entre le personnel et le professionnel s’efface aisément, Molly lutte pour défendre son identité.
Alors que l’opinion commune était salace et plein de jugements, Lizzie Borden a dédramatisé le travail du sexe dans ce film féministe, intelligent et chaleureux. Au rythme du travail et de ses banalités—mauvais patrons, longues heures—le réalisme est ici saisissant et magnifiquement restauré.
-MUBI
Le professeur Genessier kidnappe des jeunes filles dont il utilise la peau pour tenter d’offrir un nouveau visage à sa fille défigurée.
Avec Boileau et Narcejac, Franju a conçu un scénario diabolique : un chirurgien kidnappe des jeunes filles pour greffer leur peau sur le visage de sa fille, défigurée. Une 2CV, le ciré noir d’Alida Valli. Le regard pur d’Édith Scob derrière son masque inexpressif. Les noirs profonds et les blancs aveuglants signés Eugen Schüfftan, qui marquent chaque scène d’une beauté glaçante. Une référence de l’épouvante à la française, merveille poétique, qui inspirera des générations de cinéastes, de Jess Franco à John Carpenter ou Leos Carax.
⚠ TW : Le film comporte une scène de chirurgie réaliste, ainsi que des situations de violence. Ces éléments peuvent heurter.
Tous publics avec avertissement