Dans l'école d'une ville de banlieue, une bagarre éclate entre des enfants. Cet événement apparemment anodin dégénère en une grosse affaire qui implique toute la communauté et les médias. Un jour, ces enfants disparaissent soudainement.
L’Innocence étonne dans la filmographie d’Hirokazu Kore-Eda. Premier de ses films qu’il n’a pas lui-même écrit, Kore-Eda a seulement restructuré un scénario écrit par Yūji Sakamoto : selon Jean Labadie, distributeur du film en France, qui a confié l’information lors d’une avant-première à Paris, le scénario était à l’origine linéaire. Hirokazu Kore-Eda s’est détaché de cette logique afin de privilégier des entrecroisements temporels où se jouent les drames passés et à venir. L’Innocence prend ainsi forme dans un récit en trois parties, où se succèdent respectivement les points de vue de Saori, de Michitoshi et de Minato. À travers ce dispositif, le cinéaste revient sur des évènements cruciaux pour faire avancer l’intrigue mais ne cesse de creuser d’autres trous, de revenir en boucle et d’explorer d’autres chemins – autant d’images et de sons venant troubler les perceptions – où chacun apparait comme le monstre qu’il n’est pas. Il s’agit pour Kore-Eda d’interroger l’imagination des personnages face à des situations dont ils ne sont que partiellement témoins et de réunir les émotions autour de plusieurs hantises et consolations. Après les détours policiers et les films internationaux, L’Innocence semble s’inscrire dans la continuité de ses premiers films dont les spectres imbibaient déjà les récits.