Au milieu de la taïga sibérienne, à 700 km du moindre village, se sont installées deux familles, les Braguine et les Kiline. Aucune route ne mène là-bas. Seul un long voyage sur le fleuve Ienissei en bateau, puis en hélicoptère, permet de rejoindre Braguino. Elles y vivent en autarcie, selon leurs propres règles et principes. Au milieu du village : une barrière. Les deux familles refusent de se parler. Sur une île du fleuve, une autre communauté se construit : celle des enfants. Libre, imprévisible, farouche. Entre la crainte de l’autre, des bêtes sauvages, et la joie offerte par l’immensité de la forêt, se joue ici un conte cruel dans lequel la tension et la peur dessinent la géographie d’un conflit ancestral.
Clément Cogitore s'est enfoncé loin en Sibérie pour trouver ses personnages — la famille Braguine, qui vit depuis des décennies au fin fond de la taïga, en autarcie complète. Avec eux et le paysage, il met en scène les éléments dramaturgiques de son film : un camp choisi, celui de ceux qui vivent une vie présentée comme sobre et respectueuse de son milieu. Une frontière, la rivière, qui les sépare d'ennemis jurés, complices des "corrompus" qui viennent braconner la forêt en hélicoptères chargés de fusils. Et au milieu, une sorte d'innocence où les enfants des deux camps osent se côtoyer, faute de fraterniser. C'est un film de tranchées, d'aventure, c'est un western, et c'est la découverte d'un endroit spectaculaire et fou, où il est parfois nécessaire de dépecer un ours.
-Jérémie Jorrand Responsable de l'éditorial et de la programmation de Tënk