Carmen de Kawachi

Tsuyuko quitte son village pour Osaka, où elle devient hôtesse dans un cabaret. Confrontée à de nouvelles désillusions, elle affirme peu à peu son indépendance et sa force de caractère.

Principale interprète de La Barrière de chair (1964) et d’Histoire d’une prostituée (1965), les deux premiers volets de la « Trilogie de la chair », la formidable Yumiko Nogawa reprend ici du service auprès de Seijun Suzuki pour une performance tour à tour poignante et jubilatoire, endossant l’étonnant rôle de cette Carmen du Soleil levant plongée dans le « Swinging Osaka » des années soixante, où elle métamorphose le célèbre thème de la Habanera de Georges Bizet en un irrésistible tube de surf-rock. Entre critique sociale acerbe, drame avant-gardiste et comédie corrosive, Seijun Suzuki dessine avec tendresse et audace l’inoubliable portrait d’une jeune femme intrépide, rebelle et opiniâtre, petite sœur de la Loulou incarnée par Louise Brooks chez G.W. Pabst ou de Rita Hayworth dans Gilda de Charles Vidor. Une merveille féministe et subversive jusqu’alors inédite en France, servie par l’esthétique toujours aussi virtuose du réalisateur de La Marque du tueur et Le Vagabond de Tokyo, à découvrir pour la première fois dans sa sublime restauration 4K !

Le Vagabond de Tokyo

Tetsu, yakuza intrépide et loyal, suit son chef Kurata qui décide de quitter le crime. Mais les clans rivaux cherchent à s’emparer de leurs affaires, forçant Tetsu à fuir Tokyo et à errer à travers le Japon, toujours poursuivi par ses ennemis.

Conçu par la Nikkatsu comme une série B au budget resserré, Le Vagabond de Tokyo devient, sous la patte iconoclaste et virtuose de Seijun Suzuki, un monument de mise en scène et une ode à la couleur d’une modernité époustouflante. Subvertissant les attentes du film de yakuzas, le réalisateur de Carmen de Kawachi les réinterprète à travers un style incomparable et touche-à-tout, mêlant pop art et théâtre traditionnel, comédie musicale et inventivité visuelle, violence stylisée et jazz nonchalant. Sa variation sur le film noir à l’américaine se pare ainsi de couleurs éclatantes, d’une richesse typiquement sixties, dans une atmosphère qui rappelle Le Samouraï ou Le Cercle rouge de Jean-Pierre Melville, avec un traitement des décors et des espaces – clos comme ouverts – qui anticipe le meilleur de Jim Jarmusch ou de Quentin Tarantino. À découvrir pour la première fois dans sa sublime restauration 4K !

La Marque du tueur

Goro Hanada, troisième tueur le plus redouté de la pègre japonaise, est un professionnel impitoyable, perturbé seulement par un étrange fétichisme pour l’odeur du riz bouilli. Lorsqu’il rate sa cible et tue une innocente, il devient la proie de son organisation et de son insaisissable « tueur numéro 1 ».

Encensé par des personnalités aussi diverses que Jim Jarmusch, Park Chan-wook, Quentin Tarantino, Wong Kar-wai ou John Zorn, La Marque du tueur détourne toutes les conventions du film noir à travers son approche avant-gardiste, où la splendeur des compositions visuelles se mêle à une narration éclatée. Reprenant tous les codes du cinéma de genre (de l’organisation secrète à la femme fatale), Seijun Suzuki les réinvestit avec une distance satirique et un montage surréaliste qui évoquent à la fois Alphaville de Jean-Luc Godard, La Dame de Shanghai d’Orson Welles et L’Année dernière à Marienbad d’Alain Resnais, mais aussi le slapstick à l’américaine ou le kabuki japonais, tout en anticipant le cinéma punk d’un Sion Sono. Un immense polar anarchiste, d’une modernité insolente, à découvrir pour la première fois dans sa superbe restauration 4K !

Histoire d’une prostituée

Dans les années 1930, Harumi est une prostituée dont l’amant vient de se marier à une femme qu’il n’aime pas. Dépitée, elle se rend en Mandchourie, en plein conflit sino-japonais, pour y travailler avec d’autres filles. Elle y devient vite le souffre-douleur d’un officier violent.

Preuve éclatante de l’incroyable polyvalence de Seijun Suzuki, Histoire d’une prostituée s’écarte radicalement de l’ironie et des couleurs pop typiques du cinéaste pour embrasser une fresque amoureuse aux sentiments exacerbés, dans le cadre d’un film de guerre âpre, servi par un noir et blanc somptueux. Loin de l’aspect scabreux que pourrait annoncer son titre, le film fait avant tout le récit d’une passion dévorante, totale, tragique, où les scènes d’amour, d’une fragilité bouleversante, évoquent parfois la splendeur visuelle déchirante de L’Aurore de Murnau ou des Désaxés de John Huston.

La Jeunesse de la bête

Le détective Tajima joue un jeu dangereux : afin de venger la mort d’un de ses amis, il accumule les délits. Conformément à ses plans, les Yakuza le recrutent rapidement et il intègre le gang qu’il veut détruire en semant la discorde de l’intérieur. Mais alors que le massacre commence, il réalise avec stupeur que la personne à la tête du clan ne répond pas aux critères mafieux habituels.

Sorti quelques mois à peine après Détective Bureau 2-3, et produit la même année (1963), La Jeunesse de la bête en apparaît comme le versant sombre, plus sérieux et violent. Car si les deux films partagent un même acteur principal (Joe Shishido) et une intrigue assez proche (celle d’une infiltration au sein de gangs de yakuzas), La Jeunesse de la bête délaisse l’humour de son faux jumeau, tranchant par le sadisme de ses mafieux raffinés et ses étonnants moments de brutalité irruptive et sarcastique, qui semblent parfois anticiper celle de A History of Violence de David Cronenberg.

La Barrière de chair

Après la Seconde Guerre mondiale, dans un Japon meurtri, cinq prostituées vivent en groupe dans un ghetto de Tokyo. Telles une famille unie, elles défendent leur territoire et leurs intérêts communs. Mais l’arrivée d’une nouvelle fille et d’un ancien soldat blessé pourrait mettre en péril leur unité.

Premier grand film de Seijun Suzuki pleinement centré sur des héroïnes avides de liberté, La Barrière de chair reprend un cadre classique du cinéma nippon, celui de l’immédiat après-guerre, pour le peindre aux couleurs vives d’un western italien, dont il adopte avec brio les codes naissants à travers sa bande originale et, surtout, ses décors où la désolation règne, entre rues poussiéreuses, planque sordide et cimetière halluciné… Jouant magistralement sur les surimpressions d’images pour évoquer un Japon hanté par la défaite, le film mêle érotisme, ivresse, anarchisme, sadisme et spectre de la mort, dans un tourbillon de féminité rebelle où resplendit l’actrice Yumiko Nogawa (Les Plaisirs de la chair), et où la venue d’un ancien soldat, vagabond hors-la-loi (interprété par l’incontournable Joe Shishido), semble, par son amertume et sa rébellion, anticiper l’inflexible Rambo de Ted Kotcheff.